Archives Mensuelles: mars 2008

Péripéties crétoises 10

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C’est la saison des escargots.
J’accompagne Panayotta à la chasse aux baveurs.
C’est le nom que l’on donne ici aux mollusques terrestres à coquille.
(Je connais deux noms pour définir ces gastéropodes, saligkari* qui donne l’origine du mot salive et koxiliou* celui de coquille ou  de coquillage en général.)
Il faut partir à la fraîche.
Pas besoin d’un équipement très sophistiqué.
Une paire de bottes et un grand sac en toile de jute, suffit.
Un rassemblement se fait sur la place du village.
Il y a, Marina ma voisine, Kalliopi la mère de Yourgo, Maria qui tient le caféneion du haut, le vieux stellio et sa femme Dimitria, et même Elleni ‘ l’australienne ‘, on la surnomme ainsi car elle a vécut plus de quarante ans à Sydney.
Peu à peu d’autres personnes viennent s’ajouter au groupe.
Mais à partir de là, c’est chacun pour soi. (Dieu pour tous, mais pas les escargots !)
Car, elles sont malignes les villageoises.
Il ne s’agirait pas de dévoiler les bons coins à baveurs .
Oh, que non ! Elles ne vous le diront pas, même sous la torture !
Panayotta m’explique brièvement la technique à utiliser pour attraper les escargots.
Ensuite elle me laisse en plan.
De peur sans doutes, de m’en avoir trop dit concernant les arcanes du métier.
Je vois des femmes se diriger vers un certain endroit, alors nonobstant je les suis.
Il y a des murmures, des chuchotements, sur mon passage.
Rien de bien méchant à vrai dire.
Que vient faire le xénos par ici ? (Xénos signifie étranger mais cela n’est en rien péjoratif car on est déjà xénos si on vient d’un autre village.)
Bonjour, la chasse est bonne ?
Le vent me rapporte le silence éloquent des petites vieilles qui semble ignorer ma présence. Elles sont tellement occupées à leurs affaires, grattant la terre, soulevant une pierre ou une touffes d’herbe pour dénicher le plus gros colimaçon.
Il y en a beaucoup dans le coin ?
Oh, comme ci, comme ça ! Me répond laconiquement l’une d’entre elle.
Des petites bulles de baves suintent à travers le sac de toile que je devine, dissimulé sous les feuillages. Il me parait bien ventripotent.
En fait ça pullule d’escargots.
Parfois on en trouve des grappes entières agglutinées, soudées ensemble, sous les racines torses des oliviers.
Je laisse donc ces dames dans leurs occupations hélicicoles et continue mon chemin.
Il s’agit de ramasser le maximum de ces bestioles avant qu’il ne fasse trop chaud.
Finalement, je ne me débrouille pas trop mal car mon sac pèse et commence à siffler !
(Ici, il faut que je vous explique la raison de ce phénomène)
En effet, les escargots ne sont pas bavards quoique baveux, et je ne les crois guère doués de la parole. (Même si on dit muet comme une carpe et pas muet comme un escargot !)
Mais, ils émettent ce genre de petit grincement ou de sifflement si vous préférez.
Pour terminer mon ramassage, je décide de remonter par ce petit raidillon.
Un raccourci qui me ramènera à Agios Spiridon.
Je longe le cimetière. C’est un lieu bien ombragé, car les grosses branches d’un platane recouvrent de sa généreuse ramure l’ensemble du domaine.
Puis une idée me vient à l’esprit, et si j’allais jeter un coup d’œil ?
Il fait une fraîcheur idéale pour des escargots.
J’étais bien inspiré car je n’avais jamais vu de si gros colimaçons !
Je jubile, j’exulte, la tâche est très aisée, et bientôt mon sac est joliment rempli.
Pourquoi personne n’a eut l’idée de venir ici ?
Sur la route, je croise Stellio qui se doute que je viens du cimetière.
Il jette un regard scrutateur sur mon sac qui fait des bulles.
Dis donc t’en a trouvé plein de ces baveurs !
Me dit-il puis d’un air un peu effrayé il ajoute Oh, ne me dis pas que tu es allé au…. ?
Tout juste, et ils sont biens gras, bien nourris, là haut ! Lui répondis je.
Il me toise d’un regard ahuri, l’air de penser que décidément il a affaire à un farfelu.
M’enfin Christos, on ne ramasse jamais les escargots au cimetière, ça porte malheur !
Ah, bon ? Je ne le savais pas.
Puis de me chuchoter à l’oreille, ne t’inquiètes pas, je ne le dirai à personne et puis je t’avouerai, qu’il m’est arrivé parfois de faire pareil.
Ce vieux grigou de Stellio ! Je parie, dès que j’ai le dos tourné, il ira se précipiter au cimetière (à son âge c’est presque un pléonasme !) pour en faire une abondante moisson.
Ce n’est pas par hasard s’il était sur ce chemin.
Je retourne au village pas mécontent de moi.
Pour ma première sortie, ce fut une réussite.
Mais, J’avais encore des choses à connaitre dans le métier de ramasseur.
C’est le lendemain en me réveillant que j’ai vu que tous les escargots s’étaient répandus dans ma maison.
J’en trouvais partout, dans mes bottes, sur l’évier, en dessous de mon lit, dans mon lit ! D’autres qui grimpaient sur les murs,
dans les casseroles, sur ma table, sur mes vêtements, etc.
J’avais tout bonnement oublié de fermer mon sac.
Heureusement que l’acheteur ne venait que dans deux ou trois jours, ça me donnait le temps de rassembler mon troupeau.

 (Voir plus haut : saligkari* et koxiliou* est la prononciation phonétique en français)

Péripéties crétoises 9

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On entend le crissement caractéristique des pneus de la voiture de Yannis, l’agent des assurances agricoles.
Je puis reconnaître le bruit de son moteur à cinq cent mètres.
 J’ai l’impression d’être un chien fidèle qui attend patiemment son maître, à part que je ne frétille pas de la queue et qu’il ne me prend pas l’envie de tourner autour de lui en poussant des jappements de joie.
 C’est un ami et aussi mon afendiko. (patron en grec)
 C’est la période de la chasse.
 Il est vêtu d’une jaquette safari avec de multiples poches et d’un genre de ceinturon pour y loger les balles, qui brillent de toutes leurs rutilances cuivrées.
Leurs formes font penser à des suppositoires (des suppositoires en cuivre ? C’est une supposition que je suppute !)
 Il porte également de jolies bottes en cuir qui sont trop neuves et qui couinent sans arrêts. (Car des bottes en ‘cuivre ‘seraient sans doutes du plus bel effet, mais complètement farfelues et pas très pratiques !)
 Dans le cafénéion , nous sommes en grande discussion car je lui reproche cette activité massacrante.
T’as pas besoin de ça pour vivre lui dis-je !
Yannis est un des plus riche homme du village, il possède une splendide oliveraie d’un bon millier d’arbres, une maison à Sitia, et et un bureau d’assurance dont il est le gérant et le responsable pour tout le secteur de la province.
La dernière fois quand j’ai ramené de la perdrix, tu en as mangé, non ? Me dit-il avec humeur. Je suis contradictoire en le culpabilisant de la sorte.
Je propose alors de venir avec lui. Nous nous dirigeons vers Mavrodasos, ce qui signifie en grec ‘la forêt noire’.
Le terme de forêt noire est très superlatif car en fait ce sont de simples buissons assez denses accrochés à la colline.
 Rien à voir avec la Forêt Noire d’Allemagne qui est assez vaste.
Je me souviens de l’avoir traversé  en bus pullman en partance vers Alexandropolis. 
 Pendant une bonne partie de la journée, nous n’avions vu qu’un long défilement ininterrompu d’arbres, sur une route toute aussi interminable. 
 J’espère en mon for intérieur que nous tuerons aucun animal et que nous rentrerons bredouilles.
Tout en parcourant le chemin, je me dis que j’ai eu une idée bien singulière en l’accompagnant.
Il a beau être mon ami, je ne comprends pas le plaisir que l’on peut avoir en tuant ainsi des animaux.
 Un bruissement de feuilles dénonce le mouvement d’un animal s’apprêtant à sortir du fourré et….C’est une chèvre qui en émerge, une chèvre appartenant à Yourgo, et qui se serait égarée dans les parages.
Le doigt était sur la gâchette prêt à tirer.
 Mais connaissant le sang froid et la placidité de mon ami, l’accident a pu être évité.
Yannis me demande d’ouvrir l’œil et de l’aider à dénicher du gibier.
 Tout à coup, je stoppe net, comme pris d’une soudaine inspiration.
Je prends la position du chien d’arrêt quand il a flairé une bonne piste, le nez frémissant et la patte arrière légèrement levée et je reste ainsi sans bouger.
Yannis s’esclaffe de rire en me disant, dis donc arrête de faire l’idiot !
Nous poursuivons nos exploits cygénétiques ainsi pendant un certains temps sans avoir pu débusquer quoique se soit.
Oh, bien sûr il y eut des coups de feu qui ont traversés l’air tel un vibrant tonnerre.
 Des fausses alertes.
 Par exemple, Marina surgissant tout à coup  d’une broussaille avec un panier d’osier sous le bras. J’ignore si elle avait ramassée des champignons ou été cueillir certaines plantes, nous n’allions quand même pas l’abattre à bout portant !
Qu’on puisse la confondre avec une chèvre ou une grosse bécasse. Un comble !
Au loin, une forme sombre à moitié cachée dans les fourrées.
 Nous nous approchons tout doucement, usant de mille ruses pour ne pas se faire voir et puis…. C’est une mule qui est attaché à une branche de genévrier.
 Mais où est son propriétaire ?
Ah, justement le voila qui revient, il était parti faire un petit pipi.
 Bonjour mon palikare me dit-il (palikare en grec a des significations multiples, en règle général cela veut dire, un homme brave, intrépide, hardi, etc.)
 S’adressant à mon ami, bonjour monsieur Yannis, alors la chasse a été bonne ? On ne peut pas se plaindre répondit-il évasivement.
 La gibecière est vide mais pas son optimisme.
Finalement nous revenons bredouilles.
L’air a souvent retentit de coups de feu, troublant la sérénité végétale de Mavrodasos. 
 Avec ce boucan, vous pensez donc que le  gibier éventuel était bien caché.
 Aucun animal ne fut tué dans cette aventure et j’en suis ravi.
 (Avouez que je fais un ‘chasseur’ plutôt atypique. Je ne tue pas les animaux !)
 C’est pas le cas de Yannis qui déplora le gaspillage de cartouches et de surcroît ses nouvelles bottes en cuir griffées par les ronces.
(Bien sûr, on ne va pas chasser en charentaises !)
 Nous sommes retournés au caféneion de Panayotta.
Le soir, Yannis s’est consolé en mangeant des keftédès, (sortes de petites boulettes de bœuf) avec des haricots, en buvant moult carafes de raki et en réglant le sort de plusieurs bouteilles de retsina. 
 Je l’ai aidé vaillamment dans cette tâche !
Par la suite, je n’ai plus jamais accompagné quiconque à la chasse.

Péripéties crétoises 8

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J’habite une petite maison dans le haut du village de Agios Spiridon, pas loin du caféneion d’Euripide.
(Je suis toujours étonné des prénoms antiques encore en usage non seulement en Crète mais aussi dans le reste de la Grèce.
 Ils ne sont pas rares les Platon, Euripide, Homère, Aristote, Iphigénie etc.… On continue de perpétuer ces prénoms qui chez nous paraîtraient  obsolètes ou pour le moins précieux.)
Ma porte est grande ouverte et à l’extérieur, une bonne demie douzaine de chats sont assis, observant et suivant mes moindre gestes.
Ils sont farouches et extraordinairement sveltes, rien a voir avec nos matous ‘européens’, nos raminagrobis bien gros et gras.
J’avais acheté des sardines chez le poissonnier qui s’était arrêté sur la place du village.
Dans ces régions un peu isolées, c’est les marchands qui viennent proposer leurs articles.
 Il en est ainsi du boulanger, du poissonnier, de l’épicier, du marchand de pastèques etc.
 Faut dire que le plus proche magasin se trouve à  cinq kilomètres.
 Imaginez la multitude de ces bêtes à demi affamées qui miaulaient plaintivement en tournoyant autour de la camionnette, exhalant un fumet si appétissant pour des estomacs de félins.
 Je lui prends un demi kilo de petits poissons que je partage avec les chats, sous les regards désapprobateurs des clientes.
 M’enfin Christos s’exclame Marina, pourquoi les nourrir, après t’arrivera plus à t’en débarrasser ! Ce qui s’avéra  exacte par la suite.
 Marina c’est ma plus  proche voisine, elle habite juste en face de chez moi. 
 C’est une ancienne couturière qui vit seule dans sa petite demeure depuis que son mari est décédé.
  Les chats m’ont suivi obstinément depuis la place du village, jusqu’à mon domicile. Apparemment ils ont trouvés leur patron.
  La journée vient à peine de s’ébaucher.
Je décide donc d’aller faire une promenade en laissant ma porte ouverte à ce vent tiède et parfumée qui en s’engouffrant à l’intérieur, chasse tel un encens idéal les derniers relents de cuisine.
 Pour aller au w.c, je dois sortir dehors et prendre garde avant de poser mes fesses sur la lunette car j’ai déjà vu des bébés scorpions qui se baladaient dessus.
Je ne pense pas qu’ils soient très venimeux mais j’éviterai d’y mettre mon postérieur, simple mesure de précaution.
 Une autres fois, en cherchant mon savon sur le petit évier, je l’avait trouvé à moitié rongé, probablement par un rat !….Et dire qu’on les appellent de sales bêtes !
Voyez vous, ce sont de petites tracasseries quand on vit à la campagne !
 Souvent, le matin, quand je passe la tête par la fenêtre, le premier spectacle qui m’est donné de voir, c’est le cul des chèvres d’Euripide qui sont attachées à un poteau et qui attendent pour partir brouter.
Le contraire serait nettement moins bucolique !
 Je décide de prendre le sentier derrière ma maison car il mène à un endroit que j’affectionne particulièrement.
 Le chemin est bordé de câpriers et de myrtes. Le myrte a une odeur suave caractéristique. En saison, j’en cueille souvent de pleines brassées que je ramène à la maison.
Il peut rester pendant des semaines avant de se faner. Dans l’antiquité il était symbole d’amour, de beauté, et de paix.
J’arrive près de ce verger sauvage, où la présence invisible mais rafraîchissante de l’eau se fait sentir.
 Elle se cache de l’ardeur du soleil, enfouie dans de petites rigoles où pousse de la cressonnette.
  Partout on trouve de ces sillons creusés de la main de l’homme. 
 Ce sont de simples tranchées rudimentaires mais ils peuvent être également des canaux bien irrigués qui parcourent ainsi toute la colline et qui se jettent dans des réservoirs en ciment. Ces travaux de maçonneries sont parfois très anciens, j’en ai vu qui dataient de l’époque de la république vénitienne et qui remplissaient leurs fonctions.
 Une fontaine crachait encore de l’eau par la gueule d’un lion en pierre, preuve de son ancienneté. (En effet le lion est le symbole de la république de Venise qui a dominée la Crète à partir du début du 13ième siècle jusqu’au premier quart du 17ième siècle)  L’ouvrage était certes éprouvé par le passage du temps et le visage de l’animal était à moitié effacé, mais on devinait encore sous la pierre moussue, les traits léonins.
C’est en remontant par ce bois d’amandiers que je me suis souvenu de cette anecdote, un beau jour d’été alors que je me promenais avec La Brune.
 (C’est le nom de la chienne de Panayotta, la femme qui tient un caféneion du village)
 Ne supportant pas l’idée de la voir  attachée comme me l’avais conseillé Panayotta, je l’avais libérée de sa laisse dès que le village s’éloignait.
  Au début tout allait bien, je l’a voyait courir ça et là, toute folle de joie de pouvoir se dégourdir les pattes.
 Elle disparaissait dans un bosquet de genévriers, ressortait toute guillerette d’une escapade dans les fourrées de sauges et d’origans, revenait enchantée d’une fouille passionnante entre les pierres pour y déloger les petits lézards.
 Reniflait les crottes de biques, taquinait les papillons etc.
Et puis à un moment donné, je ne l’ai plus vu. Je l’ai appelé en vain mais rien à l’horizon. Pendant une demi heure, je me suis dis, bah ! Elle ne doit pas être loin.
 Ensuite, je commençai à m’inquiéter, car je me voyais revenir sans elle au village et puis qu’allait dire Panayotta ?
 C’est en remontant le sentier menant à cette ferme isolée  que j’ai eu un pressentiment.
 Le fermier était au milieu de la route et apparemment il m’attendait.
 A côté de lui il y avait La Brune toute penaude qui était attachée à un gros pieu.
  Il est à toi ce chien ? Me dit-il d’un air agacé et peu enclin à la franche rigolade.
Heu, oui et non ! Comment ça ? Je l’ai reçu à prêter,  lui répondit je.
Il haussa les épaules en me regardant d’un air plein d’animosités et de mépris, l’air de dire c’est qui celui là, on lui prête des chiens ?
 Et bien monsieur le baladeur de clèbards, je te signale que ton chien m’a fait tout un tintouin dans mon poulailler, un vrai carnage, ça va te coûter cher mon ami ! 
 Je peux vous aider à les retrouver lui proposai je.
 Pas facile de chercher ces poules car dans la panique générale, elles s’étaient répandues jusqu’en bas dans la rivière.
  Tout ce que je trouvais c’était quelques gouttelettes de sang et un peu de plumes collées sur les rochers. 
 Néanmoins je réussissais à capturer deux ou trois volailles plus mortes que vives que je rendis triomphalement à son propriétaire.
 D’autres avaient réintégrées le poulailler et picoraient à présent le maïs de la peur, en jetant des regards furtifs et méfiants.
 Le jour déclinait et je ne savais pas quoi faire.
 Le bonhomme menaçait d’appeler les gendarmes et ne voulait plus rendre la chienne.
 Par chance Yourgo le berger passait  justement dans le coin et s’enquit du problème qui nous opposait le fermier et moi.
 On parlait de cinquante poules disparues et d’une quinzaine qui avaient été dévorées.
 Non, mais sans blague, lui dis je c’est un chien que j’ai, pas un lion !
Allons nous porter cette affaire au tribunal ?
 Et pourquoi pas la cour d’assises lui rétorquai-je ! 
 Le soir s’approchait peu à peu mais le problème n’avait pas encore été résolu.
 Finalement nous avions du faire appel (pas au tribunal bien sûr) au pope Nikoli pour trouver une issue favorable à ce problème sans léser personne. 
 Le père Nikoli expliquait que j’habitais à Agios Spiridon que j’étais un  brave gars etc.
 Sur la parole de l’homme d’église, l’homme me rendit le chien.
Le compromis avait pu se faire le lendemain, quand notre plaignant s’en vint au village pour réclamer son dû.
 J’ai payer sans sourciller les prix de trois poulets (seulement trois poulets ? il a du me faire une ristourne ou un prix d’ami ! Lui qui parlait d’une véritable catastrophe dans la basse cour)  J’avais payer cash, mais croyez vous que j’eus le moindre moignon de volaille ? 
 La Brune a du faire de jolis rêves de chasses et de festins ce soir là !
 Quand aux chats dont je vous parlais au commencement du récit, la plupart était partis, excepté un, qui  se prélassait sur mon lit.
 Je n’ai pas voulu le déranger et je suis parti boire un coup au caféneion.

Péripéties crétoises 7

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Par une belle journée de printemps, je décide d’aller jusqu’au village de Katsidoni  en passant par le site archéologique de Préssos.
L’air est chargé de senteurs enivrantes qui m’entraînent délicieusement dans des rêveries indolentes et épicuriennes.
Les champs sont couverts de fleurs jaunes que l’on nomme oxalis pied-de-chèvre. (‘Boyadès’ en dialecte du terroir)
Plus loin sur la route, je rencontre Anatole vêtu d’un complet en lin écru et d’un panama sur la tête.
C’est un ancien officier de gendarmerie à la retraite, très gentil, d’une onctueuse douceur et d’une grande culture.
Malgré son age, il a encore de bonnes jambes et fait souvent la route à pieds jusqu’à son domaine.
J’avais travaillé pour lui dans ses terres qui furent florissantes et biens entretenues.
A présent sa demeure n’était plus que ruines.
Mais on devinait encore sous les vestiges enserrés par le lierre, le jardin envahi d’acacias sauvages et les traces d’un verger malmené par les ronces, la splendeur d’un lieu qui fut jadis parmi les plus conséquent de la région.
Pour diverses raisons, de revers de fortunes, et aussi à cause de la guerre, cette propriété avait été laissée à l’abandon.
Un jour, j’ai été très surpris quand il avait récité par cœur et sans fautes des poèmes entiers de Lamartine.  ( moi qui arrivais tout juste à dire le texte archi connu, le corbeau et le renard de La Fontaine, que tout le monde apprenait à l’école primaire)
Il me montre du bout de sa canne en faisant un large geste comme pour balayer un horizon à présent dominé par d’épaisses frondaisons et parsemé au loin d’oliveraies, l’étendue présumée que son domaine avait eut de par le passée.
Tu vois d’ici, jusque là bas, où se trouve la petite chapelle de Agios Nicolaos, en passant par la bergerie de Yourgo et les vignes de papa Nikoli, s’étendaient mes terrains.
Nous parlons ainsi durant un moment puis Je laisse Anatole continuer sa route et moi de poursuivre ma petite promenade en évitant de passer par un certain sentier menant à un abreuvoir, car sûrement il y a cette mule qui barre la route.
C’est une mule qui a une oreille trouée et le derrière tout pelé à cause du frottement de la selle et que son propriétaire laisse attachée près de la source.
La dernière fois, elle bloquait tout le passage, il était impossible de passer par cet endroit.
En plus comme elle était hargneuse et avait la ruade facile, j’avais toujours peur d’attraper un mauvais coup de sabot ou encore de glisser sur ses excréments qui étaient nombreux et disséminés un peu partout sur l’étroit chemin.
En outre, l’eau suintait de la fontaine et coulait par terre rendant le sol dangereusement glissant.
J’avais beau m’égosiller en appelant le propriétaire pour venir détacher sa rosse de mule mais personne ne venait m’aider à sortir de ce pétrin.
J’ai du faire tout un détour en passant vers le haut en m’agrippant aux grosses racines de sauges et en me faisant griffer par les ronces.
Je voyais du haut du talus, cette mule qui me narguait (je crois même qu’elle devait sourire !) comme pour dire, t’oses pas venir, hein !
Etait elle si méchante cette bête ? Je crois que non, mais elle devait sentir que j’avais peur et profitait donc de l’occasion.
N’empêche qu’elle n’était pas belle à voir avec son cul pelé et l’état piteux de son oreille.
Alors, pour éviter de renouveler l’expérience, je passe outre cet endroit et marche plus loin pour enfin retrouver le site archéologique de Pressos.
Parlons en de ce site archéologique qui est dans un état quasi d’abandon.
Il persiste pourtant un beau fragment d’un long pan de mur qui a du être colossal.
Des vestiges d’une maison patricienne et de quelques mosaïques que l’on devine entre les touffes d’herbes.
Le reste des fondations sont quasi au raz du sol et il faut pas mal d’imagination pour se figurer l’ensemble.
Néanmoins cet endroit est empreint de poésie nostalgique.
Rare sont les touristes qui s’égarent jusqu’ici, excepté sans doutes les brebis et les chèvres de Yourgo qui sont je présume, moins sensibles à la beauté architecturale.
Elles se contentent simplement de semer de petites pralines noires qui ressemblent aux olives, (le goût en moins !)  et de virevolter de gauche à droite en sautillant.
Je me met à l’ombre sous un platane et déballe mon pique nique en compagnie de Yourgo le berger qui me donne un gros morceau de fêta.
Il indique un meilleur chemin pour rejoindre le village de Katsidoni qui est la raison de ma petite pérégrination.
Au bout d’un certain temps, j’atteins presque mon but.
Je dois encore passer par la rivière et ensuite une petite forêt d’orangers dont l’odeur exquise embaume toute la vallée et me rend joyeux et gai.
Me voila parvenu au village .
L’endroit parait désert. J’avise une sorte de treille dont le toit est composé de feuilles de palmier et qui m’a semblé être un caféneion.
Mais vraisemblablement personne n’habite ici.
Enfin apparaît un monsieur âgé qui descend  l’unique ruelle de ce bourg  est qui me demande gentiment ce que je fais dans les parages.
Je lui dis que je cherche un bistro ( caféneion) car j’ai envie de boire un café.
Oh mon enfant, il n’y a pas de caféneion au village, du moins il n’y en a plus.
Et celui du bas avec la treille, que je viens de voir en passant ?
Bah, celui là ça fait dix ans qu’il est fermé, mais viens plutôt boire le café chez moi à la maison. J’accepte son offre et me retrouve chez lui.
Sa petite demeure ne possède que deux pièces de plain-pied.
Le sol de la pièce principale est simplement recouvert de ciment.
Le mobilier est assez modeste car à part une table, 4 ou 5 chaises, une icône de la vierge Marie, un grand lit, une armoire et un vieux fusil accroché au mur, je ne vois rien d’autres.
Reste un instant ici me dit il, je vais appeler ma mère qui va te préparer un café.
Ce détail me surprend un peu car il m’a précisé tout à l’heure qu’il avait 82 ans !
Si lui a 82 ans quelle age à donc sa mère ?
Cette brave femme me prépare un café à l’authentique, dans une sorte de petit récipient (que l’on nomme ibrik ou briki) et qui est lentement chauffé sur de la cendre chaude.
La boisson est prête quand une légère écume commence à monter, à se boursoufler.
La journée passe ainsi, calmement. Nous discutons assis à l’ombre d’un vénérable platane. Tout aussi vénérable que mon hôtesse.
Par la suite, je rencontre quelques connaissances du village de Agios Spiridon qui veulent bien me ramener à bord de leur pick-up, car le soir tombe et je n’ai pas le temps de retourner via le sentier.
Ils ont du boire quelques bonnes rasades de raki car ils sont hilares et bien, éméchés.
Je n’ai pas d’autres choix que celui d’accepter leur proposition.
En démarrant trop vite, ils ont quasi ‘déraciné’ le pylône de la compagnie du téléphone.
Cela ne les inquiètes pas outre mesure, au contraire, ça les fait hurler de rire !
En rentrant chez moi, je pense encore à cette dame et son fils octogénaire et puis à l’ensemble de cette belle journée de printemps.

 

Péripéties crétoises 6

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Yourgo est venu au caféneion du village de Agios-Spiridon, parce qu’il cherche quelqu’un pour l’accompagner à la pêche. 
Je le connais bien car son père est mon afendiko.
 Afendiko signifie le patron, le maître. N’importe qui peut être « afendiko » pourvu qu’il donne un peu de travail.
 On est déjà promu afendiko si on procure une journée de travail à un ouvrier.
 Ce terme est respectueux mais aussi teinté d’ironie et de paternalisme.
 Afendiko et mastora (ouvrier qualifié, homme habile etc.…) sont deux mots très important dans cette région.
Il commande des carafes de raki pour entamer la conversation.
 Derrière son comptoir Panayotta s’affaire aux commandes des clients.
 Le raki est servi dans des petites carafes et invariablement accompagné de petits mézés. 
 Le mézé peut dépendre de l’humeur, de l’imagination ou la possibilité du moment.
 En saison, c’est soit des petits escargot frits ‘boubouritsi’  que l’on sert avec un filet de vinaigre, d’huile d’olive, et de romarin. Des olives, de la fêta, des fèves crues, des tomates, des œufs durs et bien et d’autres choses encore laissées à l’appréciation de la patronne du caféneion.
Si tu veux me dit-il, nous irons dimanche à la pêche vers Athérinolakos, (c’est pas un village mais un lieu dit sur le rivage de la mer de Libye) évidemment il faudra se lever tôt, vers 6h du matin, ça te convient ? 
 Le lendemain nous sommes partis. Yourgo conduit son pick-up d’une manière très nonchalante en passant son gros bras poilu par la portière.
 Entre temps, Il a mis en marche un cassétophone d’où s’échappent les stridulations acidulées et rythmées de la lyre crétoise.
 Le chemin sans être excessivement long, nous prend malgré tout une bonne heure dans de la caillasse. Parfois la route est comme un véritable rodéo, il faut s’agripper furieusement pour éviter d’envoyer valser sa tête contre le toit de la voiture.
 De plus ça descend vachement et les virages flirtent avec le ravin dans les étroits défilés où deux ânes ne pourraient passer de front.
 C’est du moins mon impression. (Allez disons trois ânes et demi, ainsi nous aurons de la marge !)
Nous voici à Athérinolakos. Nous cherchons un endroit relativement plat où nous pouvons déballer le matériel. Le lieu est désert. 
Les vagues en de délicats rouleaux d’écume viennent s’abandonner contre la rugosité des parois rocheuses et se retirent avec une aspiration d’air chargée de sel et d’iode.
Il souffle une brise délicieuse telle une lascive caresse emmiellée de soleil.
Entre les anfractuosités des rochers, on trouve parfois des petits aquariums naturels, où nous mettons les poissons qui serviront d’appâts pour les plus gros.
 Mais la population piscicole se sent à l’étroit dans cette nasse improvisée et commence à se débattre piteusement pour essayer de sortir de sa prison liquide.
Yourgo, ne semble pas troublé par l’apparente émeute poissonnière et continue à taquiner le menu fretin.
Oh, dis donc Yourgo m’exclamai je, les pauvres poissons souffrent, ils vont mourir ainsi !
 Mais non, occupe toi plutôt de nous trouver les verres et le raki que l’on puisse trinquer un coup, sois gentil va chercher la bouteille dans le panier à provisions que nous avons mis au frais.
Ce que je ne lui avait pas dit, c’est que derrière son dos, j’avais quasi tout vidé ….non pas la bouteille mais tous les poissons qui s’agitaient dans le creux du rocher et hop ! Plouf, encore un ! A chaque fois qu’il me passait un poisson pour le mettre de coté, moi de l’autre je le rejetais à la mer ! 
 C’est quand il a voulu en chercher un pour le fixer au bout de la ligne, ayant remarqué au loin, quelques ondulations sinueuses qui promettait une bonne pêche, qu’il a compris que le petit bassin était vide ou presque.
 M’enfin qu’est ce que t’as foutu Christos, où sont les poissons ?
Il a bien rigolé de ma facétie et s’est contenté d’une maigrichonne crevette pour placer au bout de son hameçon  (un bigorneau ou deux aurait suffit également)
Faut voir le Yourgo, quand il descend en apnée avec son arbalète.
 Il n’a pas de sac et se contente de mettre ses prises dans son slip de bain !
 Comme il fait de l’embonpoint, il y a donc de la place. (dans le slip) On y trouve de tout, des calamars, des poulpes et que sais je encore, une véritable poissonnerie.
Vous parlez d’une bouillabaisse !
Je n’ose imaginer les tentacules des poulpes… brrr ! 
 Dès que le jour décline, nous rentrons au village tout craquelés de sel et de soleil .
Mes expériences halieutiques sont terminées pour aujourd’hui.
 Et ce soir à la place de la soupe à la fasolada, je mangerai une petite friture de poissons accompagnée d’un zeste de citron, d’une salade à la tomate et d’un bon verre de vin (un à la fois !)

Péripéties crétoises 5

Par défaut
L’higoumène de Saint Jean Prodromos m’a sollicité pour venir travailler quelques jours au monastère à partir de lundi.
J’ignore quel genre de travail je devrai  effectuer car il ne m’a pas donné plus de précisions . Comme aujourd’hui nous sommes samedi, je décide donc de prendre la route à pieds dès dimanche.
 Il y a deux possibilités soit, j’emprunte la petite route de terre derrière ma maison et qui mène vers Handras après une bonne heure de marche, ou alors je me dirige vers Néa-Pressos, la route est certes moins longue mais moins pittoresque.
 C’est à Handras que se situent la poste et l’unique magasin d’alimentation dans un rayon de cinq kilomètres.
Nous sommes dimanche, j’ai terminé mon petit sac à dos avec ce qu’il faut comme victuailles pour la journée.
 J’ai refusé poliment mais fermement le fromage de chèvre que voulait me donner Marina ma voisine car primo mon sac est déjà plein à craquer et deuzio avec cette chaleur je crains que le fromage n’exprime un peu trop son caractère caprin.
 Pour arriver au monastère, il faut bien cinq ou six heures de marche et sans doute plus si l’on est distrait et qu’on se trompe de chemin, car dans cette partie de l’île, il faut souvent passer sur des routes de terre battue, désertés par  l’asphalte.
Parfois à l’approche d’un village, tu trouves un fragment de macadam sur une certaine distance pour épargner sans doutes un peu la souffrance des essieux des voitures.
De toutes façons ils roulent tous pratiquement comme des dingues, j’en ai même connu un qui conduisait d’une main et de l’autre tenait la portière pour éviter qu’elle ne tombe en cours de route et  hurlait devant lui pour prévenir de son passage, car le klaxon était inexistant depuis belle lurette et je crois même que les freins n’étaient plus qu’un lointain souvenir.
Avant d’arriver au monastère, il y a le très charmant village de Perivolakia où l’on trouve un très bon raki. (Du moins à mon goût)
Au village je rencontre Karalambros, que je pensais être au début berger ou chevrier, car il exhalait toujours une forte odeur de fromage, d’ail et d’huile d’olive.
 Ceci dit j’aime bien les bons produits du terroir.
  Mais à la longue sentir la vieille croûte de fromage rancie, ça lasse.
Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai d’abord cherché du regard où se situaient les chèvres. Ensuite nous avions sympathisé car j’estimais qu’il avait une très bonne connaissance
des plantes et une certaine philosophie de vie.
 Il savait toujours où trouver  cette sorte de chardons sauvage comestibles que l’on nomme ici agkinara  ou encore le copanidès (nom local) qui est une plante semblable au lotus, mais à feuilles trifoliées dont on mange les gousses qui ressemblent aux petits pois frais.
 J’ai su plus tard que le nom savant de la plante était ; le tétragonolobe. Sans doutes à cause de la forme carrée de la gousse.
 Ensuite je quittai le village et continuai ma pérégrination pour finalement apercevoir au loin le clocher du monastère.
Il y avait encore du monde sur le parvis.
La messe était finie et les gens discutaient ou sirotaient un petit café, assis sur la terrasse.
 Sur le parvis de l’église nous avons un panorama assez extraordinaire et par beau temps nous pouvons distinguer l’île de Chrisonissi se dessiner au loin.
 En contre bas se trouve le jardin du monastère qui est un véritable petit paradis de verdure. On y trouve des orangers, citronniers, néfliers, grenadiers et un super potager entretenu par les bons soins de Kalogria, la vieille nonne.
Pour l’heure Kalogria fait le va et vient avec des Plateaux de cafés fumants et des 
 raha loukoums parfumés à la rose.
Ah tiens bonjour ! Me dit Pedro le mastora. (Mastora est le nom usuel que l’on donne à l’ouvrier qualifié, l’homme habile et en règle général celui qui donne les ordres et partage les différentes tâches. C’est le maître d’œuvre.)
 demain nous partirons vers les sources car nous avons un gros problème avec l’eau, chaque fois que nous ouvrons les robinets il en sort de l’eau quasi boueuse et d’une couleur de rouille., faudra donc allez voir cela sur place.
 Pedro c’est un peu l’homme à tout faire et on a l’impression qu’il sait vraiment tout faire. 
 Il a construit sa maison tout seul de la cave au grenier en allant chercher des pierres dans son champ.
 Heureusement que nous avons la réserve d’eau qui alimente le potager.
 Cette réserve d’eau est l’endroit de prédilection pour les moustiques.
Quand j’étais venu la première fois au monastère, j’avais été surpris  par le nombre restreint de ses occupants.
 A vrai dire à part L’higoumène, la sœur Kalogria et une kyrielle de chats faméliques, personne d’autre ne vivait ici.
 C’était le soir en allant dormir que j’avais compris sans doute, une des raisons de la désertion. Les moustiques ! Des masses de moustiques, des escadrons de moustiques assoiffés de sang.  Tu  n’arrives pas à fermer l’œil, tu mène une lutte sans merci, idem pour les moustiques qui  n’ont qu’un seul objectif celui de te shooter à mort ! 
 Fallait voir ma tronche qui avait été littéralement taguée pendant toute la nuit. 
 Dans ces conditions, je comprenais que les vocations se perdaient, mais en ayant vraiment la foi et un peu d’huile de citronnelle, ça devait aider.
J’avais conté mes mésaventures à l’higoumène qui s’était excusé d’avoir omis de me remettre du fumigène contre mes assaillants (j’ignore si le mot fumigène est correct mais dans ce contexte il n’aurai pas été déplacé)
Mais je reviens au petit travail de plomberie qui devait nous occuper pour toute la journée,
Pedro, l’higoumène, un autre ouvrier et moi. 
 La raison pour laquelle j’étais venu au monastère.
 IL faut que j’explique. L’eau est acheminée via de longs tuyaux de zinc qui serpentent dans la colline sur au moins deux kilomètres et qui terminent leur parcours jusqu’à un robinet principal.
 Parfois quand les tuyaux sont bouchés, il faut alors refaire le trajet  en sens inverse pour voir où se situe l’éventuel fuite.
 Deux kilomètres de tuyaux, il faut reconnaître que ce n’est pas très commun pour un plombier, il doit posseder de bons mollets.
 Finalement, nous trouvons le problème.
 De la terre s’était éboulée dans une des sources et par conséquent bloquait complètement l’arrivée d’eau.
Nous  consolidons l’ensemble avec un peu de ciment  en créant un sas pour permettre à l’eau  de s’écouler plus librement.
A l’aide de chambre à air découpées en larges lanières nous faison une sorte de pansement qui enserrent les tuyaux qui fuient.
Des fuites, il y en a souvent à cause de la vétusté de l’installation.
Nous prenons le déjeuner assis sur des rondins en mangeant de la soupe à l’haricot et au fenouil, accompagnée de keftédès, (genre de petites boulettes de viande) d’œufs durs et de tomates et en contemplant la superbe vue que l’on a depuis la petite chapelle des deux sources,
 le tout sous une douce brise accompagnée de la senteurs des tamariniers, des genévriers, et des crottins de chèvres.

Péripéties crétoises 4

Par défaut
Cela fait plusieurs jours que je suis au Village de Pano-Episkopi.
 J’ai été engagé pour donner un coup de main  à l’occasion des vendanges.
 Dans la région, on fait principalement du raisin sec, ce qui demande tout un processus que j’expliquerai une autre fois.
 Mais à présent nous étions dans les préparatifs de la fête, car le soir il y avait un mariage.
 Il fallait donc préparer une salle pour accueillir au minimum une centaine de personnes.
 C’est Yourgo, le patron du caféneion qui m’avait demandé ce service.
La cuisine était dans un état indescriptible de crasse. 
Il y avait  de grosses marmites posées à terre tartinées d’une vieille couche de graisse  et parfois un morceau de plâtras tombait dedans car des travaux s’effectuaient à l’étage.
En fait la maison n’était pas encore finie.
 Il y avait encore des ouvriers en train de gâcher du ciment, tandis que d’autres perforaient des trous un peu partout.
  Yourgo a repris les affaires du caféneion récemment et à vrai dire il n’y connaît pas grand chose dans le secteur de l’alimentation.
C’était le boucan assuré, avec le bruit de la perforeuse, le glou glou glou des dindons enfermés dans une cagette , une radio qui vociférait des chansons sirupeuses à souhait  dans le style «  Je me meurs d’amour pour toi , verse moi encore une bonne gorgée de poison »
Dans ces conditions le nettoyage devenait aléatoire et je devais sortir un peu pour prendre l’air car  j’allais craquer !
 Et puis, les ouvriers s’en s’ont allés et nous avons enfin pu terminer.
  Dans un coin recouvert d’un plastique pendaient sur des crochets deux agneaux sans leurs paletots.
Quelques femmes avaient amenées des courgettes, des tomates, des aubergines et aussi des patates et j’étais  partie prenante pour l’épluchage.
 Le tout dans une ambiance bonne enfant.
 Ce caféneion était inoccupé depuis au moins une bonne quinzaine d’année.
 ( le même âge que la couche de graisse dans les casseroles et l’infâme sirop noirâtre qui formait comme de gros bourrelets le long des la hotte aspirante) 
  Nous avons du sprinter pour arriver à boucler le travail à temps.
 Il va s’en dire que j’étais également invité au mariage. 
Je devais avoir encore un pantalon et une chemise relativement correcte pour assister à la cérémonie.
Mais il y a un détail que j’avais oublié, je n’avais pas de paire de chaussure convenable , à part une paire de botte en caoutchouc et des tennis bien fatiguées.
 Je vais donc au caféneion du bas pour demander à Yannis s’il ne possédait pas cet article indispensable pour les piétons contemporains. 
   Et non, malheureusement mon enfant, je n’ai pas ça pour toi mais pourquoi tu ne demandes pas à Yourgo ton patron ?
 Immédiatement, je remontai dans l’autre caféneion pour faire la demande à Yourgo.
Pas de problème, j’ai justement une paire pour toi, des belles noires vernies, tiens essaie les me dit-il.
J’ai oublié de signaler que Yourgo est plutôt de grande taille et qu’il chausse du 46 
  et que j’arrive facilement à glisser quatre doigts entre le talon et mon pied.
   Oh,  il n’y a pas de soucis, si elles sont un peu larges t’as qu’à mettre un peu de papier à l’intérieur me répondit il.
 J’ai beau fourrer ces godasses avec des mouchoirs en papier que je mouille préalablement, mais franchement j’ai l’air ridicule avec. 
 J’aimerai encore mieux  rester pieds nus. 
 Et je commençais à me plaindre, oh là là, je n’ai même pas une bonne paire de chaussure pour assister au mariage  que vais-je devenir ?
 A ce moment là, voila t-il pas que l’âne de Yannis se mit à braire plaintivement…. Hi han Hihaaan Hi Han Hihaaan comme pour compatir de mon désarroi.
 Bravo , ça c’est de la solidarité ! Je te passes la suite, les convives qui s’amènent, les odeurs de cuisine embaumant l’agneau de lait et le thym, les plats de mézés, le raki, la bière et le vin coulant à flots.
 Pour mes chaussures je n’avais pas trouvé de solutions mais bon ce n’était pas un drame invivable non plus.
J’ai bien profité de la fête, mais il y a quelque chose que je n’ai pas apprécié c’est quand des abrutis avinés (ok d’accord j’étais fin saoul également) s’en sont pris à ce pauvre dindon en le tenant par  les deux côtés des ailes et en essayant de le faire danser.
Ce n’était pas une farce à faire à cet infortuné volatile, du moins pas dans ce sens là.
Je me suis dirigé au milieu de la piste de danse et j’ai pris l’oiseau, tout en insultant copieusement les deux crétins.
 Puis j’ai quitté la salle en m’enfermant dans ma chambre.
Après, je ne sais plus ce qui s’est passé mais le lendemain quand le vieil Antoni est arrivé et qu’il a vu que je dormais avec cette volaille, il s’est exclamé ;
Eh bien Christos on te cherchait partout, tu nous as bien fait rire avec ton dindon !
Oh, je m’en fous mais je déteste que l’on fasse du mal aux animaux. D’ailleurs, il allait passer à la casserole  tôt ou tard me rétorque t-il.
 Et voila grâce à moi le dindon a eut un sursis et il n’a pas été mangé avec les autres congénères à plumes…..Il n’a pas été le dindon de cette farce !
 Allez, Je vous quittes , car il y a les vendanges qui m’attendent. Ciao.