Péripéties crétoises 3

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Nous sommes partis tôt ce matin car en cette saison le soleil tape assez fort et il devient rapidement impossible de travailler.
Parfois dès 11 h tu dégouline, tu macère dans ta sueur,
Tu tombes dans une sorte de douce rêverie indolente.
Manoli vient de terminer de seller sa mule.
 Des deux côtés pendent les gros sacs de victuailles et au dessus surplombe le manche de la pioche, le tout bien harnacher pour que rien ne chute en cours de route.
 Nous devons aller jusqu’au cimetière qui est situé dans le haut de la colline à équidistance du village de Agios Spiridon et Néa-Pressos.
 J’ai un peu mal au coeur en pensant à cette mule qui doit non seulement porter tous les outils et le pique nique mais également les cent et vingt kilos de Manoli.
 Je lui fais la remarque en lui suppliant d’épargner cette peine à cet animal et de continuer la route à pieds.
 Il me regarde d’un air éberlué comme si  cette demande émanait d’une personne n’ayant pas tout ses esprits.
Oh, dis donc occupe toi plutôt de tes affaires, le transport c’est son travail ! dit-il en bougonnant.
 Avant d’atteindre l’endroit, il y a d’abord un raidillon pas facile à aborder car le passage est à peine plus large que notre équipage et parfois un gros caillou roule en dessous des pattes de l’animal, ce qui risque à tout moment de le déstabiliser.
La mule est un peu réticente et à un moment donné semble comme se figer par la peur.
 Elle ne veut plus avancer.
Mais enfin, pousse donc derrière cette mule, on n’arrivera jamais au cimetière ainsi ! Me dit-il avec humeur.
Quelques temps plus tard voici qu’apparaissent enfin les premiers ifs du cimetière. 
 J’ignore ce que nous sommes venus faire ici car Manoli ne m’a rien dit quand au travail à effectuer.
Ce matin il m’a demandé de remplir deux jerricans d’eau, tandis que Kalliopi sa femme nous préparait la nourriture pour la journée, sans oublié le raki.
Nous sommes déjà en nage à cause de l’effort fourni ; Manoli s’éponge abondamment le front et puis s’assied sur le petit muret entourant les tombes.
 Nous nous reposons quelques minutes à l’ombre d’un platane sous une brise exquise et parfumée de romarin à moins que cela soit l’encens de la petite chapelle qui se trouve quelque mètres plus loin.
Bon, voila de quoi il s’agit me dit Manoli.
Tu prends une pioche et puis tu creuse juste là, mais assez profondément hein ! Car c’est pour ma tombe et je veux du bon boulot !
 Quoique je trouve sa demande particulière, néanmoins je m’exécute.
Je donne des coups de pioche mais la terre est très dure, aussi dure que du granit.
Malgré mes coups de pioche obstinés et rageurs, je n’ai guère progressé que de la longueur maximum d’une main.
Manoli est toujours assis sur le petit muret en m’observant.
 La mule m’observe également (Il y en a deux qui regardent et un qui travaille)
Je pars arroser les fleurs du cimetière me dit Manoli en s’emparant d’un jerrican.
 Moi je continue à travailler et je cogne tellement fort avec ma pioche que parfois il en sort des étincelles.
Par la suite apparaît à nouveau Manoli, il veut savoir où j’en suis avec le creusement du trou.
Alors tu n’as pas encore fini ? Mais dépêche toi bon sang on ne va pas y passer la journée !
J’étais calme jusqu’à présent, mais là franchement ça dépasse les bornes.
M’enfin Manoli pourquoi t’es pressé ainsi, d’accord le trou n’est pas terminé (pour un bon chrétien il faut les six pieds sous terre réglementaire) mais peu importe tu ne va quand même pas dormir ce soir dedans, il n’y a pas urgence.
 Il se contente de hausser les épaules et puis d’esquisser un petit sourire.
Ok, fais pour le mieux mais moi maintenant je dois aller à Néa-Pressos acheter de l’engrais pour les tomates.
Je continue seul cette tâche ingrate en m’évertuant d’arracher, d’extirper un peu de terre ou plutôt un peu de cailloux enrobés de terre.
Cela  doit faire trois heures que je m’efforce de creuser ce trou et je n’ai pas l’impression d’avoir beaucoup avancé.
 J’ai du frapper un peu fort cette fois ci car tout à coup le manche de pioche se casse en deux, il ne manquait plus que cela ! Tout déconfit, je redescends vers le village de Néa-Pressos pour narrer ma mésaventure.
 Evidemment Manoli ne s’y trouve plus, il n’a pas acheté de l’engrais pour ses tomates mais s’est contenté de vider quatre ou cinq verres de cognac et puis est reparti à Agios Spiridon.
 Je sais cela car c’est Antoni le patron du bistro qui me l’a dit. Ce bistro fait aussi office de magasin d’alimentation. Magasin d’alimentation c’est beaucoup dire car à part des pâtes, des boites de corned-beef, des allumettes, du papier wc et de la ficelle tu ne trouve pas grand choses. (Ah oui j’oubliais on y vend de l’engrais également) 
 J’explique à Antoni que je travaillais en haut dans le cimetière et que malencontreusement ma pioche s’est cassée en deux et à présent je ne peux plus terminer le boulot.
Gentiment il me prête la sienne.
Je lui promets de lui rendre l’outil dès que j’ai terminé.
 Donc, je reprends du courage et la route du cimetière avec une nouvelle pioche.
Ouais, il y a des jours où rien ne va plus car moins de vingt minutes plus tard, crac ! V’la l’autre pioche qui casse en deux morceaux.
Je n’ose plus redescendre sur Néa-Pressos et me contente de prendre la route de Agios Spiridon.
Là, je narre mes déconvenues à Panayotta qui tient le bistro du village (Ici, le bistro, c’est le lieu social par excellence où tout le monde se rencontre) sous l’œil hilare du pope et le reste des clients rigolant à gorges déployées.
 Tu parles d’un ouvrier qui casse ainsi ses outils, ce n’est pas demain qu’il sera engagé comme cantonnier.
 Moi, je m’en fous un peu, car essayer donc de faire un trou moelleux dans du granit ! 
Je proposerai à Manoli de louer une excavatrice, ça ira plus vite, puisqu’il est si pressé.
Allez, je vais à la maison, et peut-être qu’il restera encore un peu de soupe à la fasolada. Ciao.
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  1. Tu es sûr que ce Manoli ne s\’est pas payé ta tête, en te faisant faire ce travail idiot ? J\’aurais gardé un bout du manche d\’une des 2 pioches et lui aurais appris à vivre à cet ivrogne ! AU SUIVANT.

  2. Question..combien de kilos peut transporter une mule en bonne santé, avec toutes ses facultés mentales?…Avoir embêté une si brave bête pour un trou impossible à réaliser, y a BB qui va se fâcher!

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