Péripéties crétoises 4

Par défaut
Cela fait plusieurs jours que je suis au Village de Pano-Episkopi.
 J’ai été engagé pour donner un coup de main  à l’occasion des vendanges.
 Dans la région, on fait principalement du raisin sec, ce qui demande tout un processus que j’expliquerai une autre fois.
 Mais à présent nous étions dans les préparatifs de la fête, car le soir il y avait un mariage.
 Il fallait donc préparer une salle pour accueillir au minimum une centaine de personnes.
 C’est Yourgo, le patron du caféneion qui m’avait demandé ce service.
La cuisine était dans un état indescriptible de crasse. 
Il y avait  de grosses marmites posées à terre tartinées d’une vieille couche de graisse  et parfois un morceau de plâtras tombait dedans car des travaux s’effectuaient à l’étage.
En fait la maison n’était pas encore finie.
 Il y avait encore des ouvriers en train de gâcher du ciment, tandis que d’autres perforaient des trous un peu partout.
  Yourgo a repris les affaires du caféneion récemment et à vrai dire il n’y connaît pas grand chose dans le secteur de l’alimentation.
C’était le boucan assuré, avec le bruit de la perforeuse, le glou glou glou des dindons enfermés dans une cagette , une radio qui vociférait des chansons sirupeuses à souhait  dans le style «  Je me meurs d’amour pour toi , verse moi encore une bonne gorgée de poison »
Dans ces conditions le nettoyage devenait aléatoire et je devais sortir un peu pour prendre l’air car  j’allais craquer !
 Et puis, les ouvriers s’en s’ont allés et nous avons enfin pu terminer.
  Dans un coin recouvert d’un plastique pendaient sur des crochets deux agneaux sans leurs paletots.
Quelques femmes avaient amenées des courgettes, des tomates, des aubergines et aussi des patates et j’étais  partie prenante pour l’épluchage.
 Le tout dans une ambiance bonne enfant.
 Ce caféneion était inoccupé depuis au moins une bonne quinzaine d’année.
 ( le même âge que la couche de graisse dans les casseroles et l’infâme sirop noirâtre qui formait comme de gros bourrelets le long des la hotte aspirante) 
  Nous avons du sprinter pour arriver à boucler le travail à temps.
 Il va s’en dire que j’étais également invité au mariage. 
Je devais avoir encore un pantalon et une chemise relativement correcte pour assister à la cérémonie.
Mais il y a un détail que j’avais oublié, je n’avais pas de paire de chaussure convenable , à part une paire de botte en caoutchouc et des tennis bien fatiguées.
 Je vais donc au caféneion du bas pour demander à Yannis s’il ne possédait pas cet article indispensable pour les piétons contemporains. 
   Et non, malheureusement mon enfant, je n’ai pas ça pour toi mais pourquoi tu ne demandes pas à Yourgo ton patron ?
 Immédiatement, je remontai dans l’autre caféneion pour faire la demande à Yourgo.
Pas de problème, j’ai justement une paire pour toi, des belles noires vernies, tiens essaie les me dit-il.
J’ai oublié de signaler que Yourgo est plutôt de grande taille et qu’il chausse du 46 
  et que j’arrive facilement à glisser quatre doigts entre le talon et mon pied.
   Oh,  il n’y a pas de soucis, si elles sont un peu larges t’as qu’à mettre un peu de papier à l’intérieur me répondit il.
 J’ai beau fourrer ces godasses avec des mouchoirs en papier que je mouille préalablement, mais franchement j’ai l’air ridicule avec. 
 J’aimerai encore mieux  rester pieds nus. 
 Et je commençais à me plaindre, oh là là, je n’ai même pas une bonne paire de chaussure pour assister au mariage  que vais-je devenir ?
 A ce moment là, voila t-il pas que l’âne de Yannis se mit à braire plaintivement…. Hi han Hihaaan Hi Han Hihaaan comme pour compatir de mon désarroi.
 Bravo , ça c’est de la solidarité ! Je te passes la suite, les convives qui s’amènent, les odeurs de cuisine embaumant l’agneau de lait et le thym, les plats de mézés, le raki, la bière et le vin coulant à flots.
 Pour mes chaussures je n’avais pas trouvé de solutions mais bon ce n’était pas un drame invivable non plus.
J’ai bien profité de la fête, mais il y a quelque chose que je n’ai pas apprécié c’est quand des abrutis avinés (ok d’accord j’étais fin saoul également) s’en sont pris à ce pauvre dindon en le tenant par  les deux côtés des ailes et en essayant de le faire danser.
Ce n’était pas une farce à faire à cet infortuné volatile, du moins pas dans ce sens là.
Je me suis dirigé au milieu de la piste de danse et j’ai pris l’oiseau, tout en insultant copieusement les deux crétins.
 Puis j’ai quitté la salle en m’enfermant dans ma chambre.
Après, je ne sais plus ce qui s’est passé mais le lendemain quand le vieil Antoni est arrivé et qu’il a vu que je dormais avec cette volaille, il s’est exclamé ;
Eh bien Christos on te cherchait partout, tu nous as bien fait rire avec ton dindon !
Oh, je m’en fous mais je déteste que l’on fasse du mal aux animaux. D’ailleurs, il allait passer à la casserole  tôt ou tard me rétorque t-il.
 Et voila grâce à moi le dindon a eut un sursis et il n’a pas été mangé avec les autres congénères à plumes…..Il n’a pas été le dindon de cette farce !
 Allez, Je vous quittes , car il y a les vendanges qui m’attendent. Ciao.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s