Péripéties crétoises 5

Par défaut
L’higoumène de Saint Jean Prodromos m’a sollicité pour venir travailler quelques jours au monastère à partir de lundi.
J’ignore quel genre de travail je devrai  effectuer car il ne m’a pas donné plus de précisions . Comme aujourd’hui nous sommes samedi, je décide donc de prendre la route à pieds dès dimanche.
 Il y a deux possibilités soit, j’emprunte la petite route de terre derrière ma maison et qui mène vers Handras après une bonne heure de marche, ou alors je me dirige vers Néa-Pressos, la route est certes moins longue mais moins pittoresque.
 C’est à Handras que se situent la poste et l’unique magasin d’alimentation dans un rayon de cinq kilomètres.
Nous sommes dimanche, j’ai terminé mon petit sac à dos avec ce qu’il faut comme victuailles pour la journée.
 J’ai refusé poliment mais fermement le fromage de chèvre que voulait me donner Marina ma voisine car primo mon sac est déjà plein à craquer et deuzio avec cette chaleur je crains que le fromage n’exprime un peu trop son caractère caprin.
 Pour arriver au monastère, il faut bien cinq ou six heures de marche et sans doute plus si l’on est distrait et qu’on se trompe de chemin, car dans cette partie de l’île, il faut souvent passer sur des routes de terre battue, désertés par  l’asphalte.
Parfois à l’approche d’un village, tu trouves un fragment de macadam sur une certaine distance pour épargner sans doutes un peu la souffrance des essieux des voitures.
De toutes façons ils roulent tous pratiquement comme des dingues, j’en ai même connu un qui conduisait d’une main et de l’autre tenait la portière pour éviter qu’elle ne tombe en cours de route et  hurlait devant lui pour prévenir de son passage, car le klaxon était inexistant depuis belle lurette et je crois même que les freins n’étaient plus qu’un lointain souvenir.
Avant d’arriver au monastère, il y a le très charmant village de Perivolakia où l’on trouve un très bon raki. (Du moins à mon goût)
Au village je rencontre Karalambros, que je pensais être au début berger ou chevrier, car il exhalait toujours une forte odeur de fromage, d’ail et d’huile d’olive.
 Ceci dit j’aime bien les bons produits du terroir.
  Mais à la longue sentir la vieille croûte de fromage rancie, ça lasse.
Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai d’abord cherché du regard où se situaient les chèvres. Ensuite nous avions sympathisé car j’estimais qu’il avait une très bonne connaissance
des plantes et une certaine philosophie de vie.
 Il savait toujours où trouver  cette sorte de chardons sauvage comestibles que l’on nomme ici agkinara  ou encore le copanidès (nom local) qui est une plante semblable au lotus, mais à feuilles trifoliées dont on mange les gousses qui ressemblent aux petits pois frais.
 J’ai su plus tard que le nom savant de la plante était ; le tétragonolobe. Sans doutes à cause de la forme carrée de la gousse.
 Ensuite je quittai le village et continuai ma pérégrination pour finalement apercevoir au loin le clocher du monastère.
Il y avait encore du monde sur le parvis.
La messe était finie et les gens discutaient ou sirotaient un petit café, assis sur la terrasse.
 Sur le parvis de l’église nous avons un panorama assez extraordinaire et par beau temps nous pouvons distinguer l’île de Chrisonissi se dessiner au loin.
 En contre bas se trouve le jardin du monastère qui est un véritable petit paradis de verdure. On y trouve des orangers, citronniers, néfliers, grenadiers et un super potager entretenu par les bons soins de Kalogria, la vieille nonne.
Pour l’heure Kalogria fait le va et vient avec des Plateaux de cafés fumants et des 
 raha loukoums parfumés à la rose.
Ah tiens bonjour ! Me dit Pedro le mastora. (Mastora est le nom usuel que l’on donne à l’ouvrier qualifié, l’homme habile et en règle général celui qui donne les ordres et partage les différentes tâches. C’est le maître d’œuvre.)
 demain nous partirons vers les sources car nous avons un gros problème avec l’eau, chaque fois que nous ouvrons les robinets il en sort de l’eau quasi boueuse et d’une couleur de rouille., faudra donc allez voir cela sur place.
 Pedro c’est un peu l’homme à tout faire et on a l’impression qu’il sait vraiment tout faire. 
 Il a construit sa maison tout seul de la cave au grenier en allant chercher des pierres dans son champ.
 Heureusement que nous avons la réserve d’eau qui alimente le potager.
 Cette réserve d’eau est l’endroit de prédilection pour les moustiques.
Quand j’étais venu la première fois au monastère, j’avais été surpris  par le nombre restreint de ses occupants.
 A vrai dire à part L’higoumène, la sœur Kalogria et une kyrielle de chats faméliques, personne d’autre ne vivait ici.
 C’était le soir en allant dormir que j’avais compris sans doute, une des raisons de la désertion. Les moustiques ! Des masses de moustiques, des escadrons de moustiques assoiffés de sang.  Tu  n’arrives pas à fermer l’œil, tu mène une lutte sans merci, idem pour les moustiques qui  n’ont qu’un seul objectif celui de te shooter à mort ! 
 Fallait voir ma tronche qui avait été littéralement taguée pendant toute la nuit. 
 Dans ces conditions, je comprenais que les vocations se perdaient, mais en ayant vraiment la foi et un peu d’huile de citronnelle, ça devait aider.
J’avais conté mes mésaventures à l’higoumène qui s’était excusé d’avoir omis de me remettre du fumigène contre mes assaillants (j’ignore si le mot fumigène est correct mais dans ce contexte il n’aurai pas été déplacé)
Mais je reviens au petit travail de plomberie qui devait nous occuper pour toute la journée,
Pedro, l’higoumène, un autre ouvrier et moi. 
 La raison pour laquelle j’étais venu au monastère.
 IL faut que j’explique. L’eau est acheminée via de longs tuyaux de zinc qui serpentent dans la colline sur au moins deux kilomètres et qui terminent leur parcours jusqu’à un robinet principal.
 Parfois quand les tuyaux sont bouchés, il faut alors refaire le trajet  en sens inverse pour voir où se situe l’éventuel fuite.
 Deux kilomètres de tuyaux, il faut reconnaître que ce n’est pas très commun pour un plombier, il doit posseder de bons mollets.
 Finalement, nous trouvons le problème.
 De la terre s’était éboulée dans une des sources et par conséquent bloquait complètement l’arrivée d’eau.
Nous  consolidons l’ensemble avec un peu de ciment  en créant un sas pour permettre à l’eau  de s’écouler plus librement.
A l’aide de chambre à air découpées en larges lanières nous faison une sorte de pansement qui enserrent les tuyaux qui fuient.
Des fuites, il y en a souvent à cause de la vétusté de l’installation.
Nous prenons le déjeuner assis sur des rondins en mangeant de la soupe à l’haricot et au fenouil, accompagnée de keftédès, (genre de petites boulettes de viande) d’œufs durs et de tomates et en contemplant la superbe vue que l’on a depuis la petite chapelle des deux sources,
 le tout sous une douce brise accompagnée de la senteurs des tamariniers, des genévriers, et des crottins de chèvres.
Publicités

Une réponse "

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s