Péripéties crétoises 6

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Yourgo est venu au caféneion du village de Agios-Spiridon, parce qu’il cherche quelqu’un pour l’accompagner à la pêche. 
Je le connais bien car son père est mon afendiko.
 Afendiko signifie le patron, le maître. N’importe qui peut être « afendiko » pourvu qu’il donne un peu de travail.
 On est déjà promu afendiko si on procure une journée de travail à un ouvrier.
 Ce terme est respectueux mais aussi teinté d’ironie et de paternalisme.
 Afendiko et mastora (ouvrier qualifié, homme habile etc.…) sont deux mots très important dans cette région.
Il commande des carafes de raki pour entamer la conversation.
 Derrière son comptoir Panayotta s’affaire aux commandes des clients.
 Le raki est servi dans des petites carafes et invariablement accompagné de petits mézés. 
 Le mézé peut dépendre de l’humeur, de l’imagination ou la possibilité du moment.
 En saison, c’est soit des petits escargot frits ‘boubouritsi’  que l’on sert avec un filet de vinaigre, d’huile d’olive, et de romarin. Des olives, de la fêta, des fèves crues, des tomates, des œufs durs et bien et d’autres choses encore laissées à l’appréciation de la patronne du caféneion.
Si tu veux me dit-il, nous irons dimanche à la pêche vers Athérinolakos, (c’est pas un village mais un lieu dit sur le rivage de la mer de Libye) évidemment il faudra se lever tôt, vers 6h du matin, ça te convient ? 
 Le lendemain nous sommes partis. Yourgo conduit son pick-up d’une manière très nonchalante en passant son gros bras poilu par la portière.
 Entre temps, Il a mis en marche un cassétophone d’où s’échappent les stridulations acidulées et rythmées de la lyre crétoise.
 Le chemin sans être excessivement long, nous prend malgré tout une bonne heure dans de la caillasse. Parfois la route est comme un véritable rodéo, il faut s’agripper furieusement pour éviter d’envoyer valser sa tête contre le toit de la voiture.
 De plus ça descend vachement et les virages flirtent avec le ravin dans les étroits défilés où deux ânes ne pourraient passer de front.
 C’est du moins mon impression. (Allez disons trois ânes et demi, ainsi nous aurons de la marge !)
Nous voici à Athérinolakos. Nous cherchons un endroit relativement plat où nous pouvons déballer le matériel. Le lieu est désert. 
Les vagues en de délicats rouleaux d’écume viennent s’abandonner contre la rugosité des parois rocheuses et se retirent avec une aspiration d’air chargée de sel et d’iode.
Il souffle une brise délicieuse telle une lascive caresse emmiellée de soleil.
Entre les anfractuosités des rochers, on trouve parfois des petits aquariums naturels, où nous mettons les poissons qui serviront d’appâts pour les plus gros.
 Mais la population piscicole se sent à l’étroit dans cette nasse improvisée et commence à se débattre piteusement pour essayer de sortir de sa prison liquide.
Yourgo, ne semble pas troublé par l’apparente émeute poissonnière et continue à taquiner le menu fretin.
Oh, dis donc Yourgo m’exclamai je, les pauvres poissons souffrent, ils vont mourir ainsi !
 Mais non, occupe toi plutôt de nous trouver les verres et le raki que l’on puisse trinquer un coup, sois gentil va chercher la bouteille dans le panier à provisions que nous avons mis au frais.
Ce que je ne lui avait pas dit, c’est que derrière son dos, j’avais quasi tout vidé ….non pas la bouteille mais tous les poissons qui s’agitaient dans le creux du rocher et hop ! Plouf, encore un ! A chaque fois qu’il me passait un poisson pour le mettre de coté, moi de l’autre je le rejetais à la mer ! 
 C’est quand il a voulu en chercher un pour le fixer au bout de la ligne, ayant remarqué au loin, quelques ondulations sinueuses qui promettait une bonne pêche, qu’il a compris que le petit bassin était vide ou presque.
 M’enfin qu’est ce que t’as foutu Christos, où sont les poissons ?
Il a bien rigolé de ma facétie et s’est contenté d’une maigrichonne crevette pour placer au bout de son hameçon  (un bigorneau ou deux aurait suffit également)
Faut voir le Yourgo, quand il descend en apnée avec son arbalète.
 Il n’a pas de sac et se contente de mettre ses prises dans son slip de bain !
 Comme il fait de l’embonpoint, il y a donc de la place. (dans le slip) On y trouve de tout, des calamars, des poulpes et que sais je encore, une véritable poissonnerie.
Vous parlez d’une bouillabaisse !
Je n’ose imaginer les tentacules des poulpes… brrr ! 
 Dès que le jour décline, nous rentrons au village tout craquelés de sel et de soleil .
Mes expériences halieutiques sont terminées pour aujourd’hui.
 Et ce soir à la place de la soupe à la fasolada, je mangerai une petite friture de poissons accompagnée d’un zeste de citron, d’une salade à la tomate et d’un bon verre de vin (un à la fois !)
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Une réponse "

  1.  
      Christian à la peche, un autre album de ta serie,
     
      bien plus rigolo que "Martine à la plage" ou que "Bécassine aux bains de mer"
     
      C\’est vraiment chouette, tu sais, j\’attends le prochain épisode.

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