Péripéties crétoises 9

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On entend le crissement caractéristique des pneus de la voiture de Yannis, l’agent des assurances agricoles.
Je puis reconnaître le bruit de son moteur à cinq cent mètres.
 J’ai l’impression d’être un chien fidèle qui attend patiemment son maître, à part que je ne frétille pas de la queue et qu’il ne me prend pas l’envie de tourner autour de lui en poussant des jappements de joie.
 C’est un ami et aussi mon afendiko. (patron en grec)
 C’est la période de la chasse.
 Il est vêtu d’une jaquette safari avec de multiples poches et d’un genre de ceinturon pour y loger les balles, qui brillent de toutes leurs rutilances cuivrées.
Leurs formes font penser à des suppositoires (des suppositoires en cuivre ? C’est une supposition que je suppute !)
 Il porte également de jolies bottes en cuir qui sont trop neuves et qui couinent sans arrêts. (Car des bottes en ‘cuivre ‘seraient sans doutes du plus bel effet, mais complètement farfelues et pas très pratiques !)
 Dans le cafénéion , nous sommes en grande discussion car je lui reproche cette activité massacrante.
T’as pas besoin de ça pour vivre lui dis-je !
Yannis est un des plus riche homme du village, il possède une splendide oliveraie d’un bon millier d’arbres, une maison à Sitia, et et un bureau d’assurance dont il est le gérant et le responsable pour tout le secteur de la province.
La dernière fois quand j’ai ramené de la perdrix, tu en as mangé, non ? Me dit-il avec humeur. Je suis contradictoire en le culpabilisant de la sorte.
Je propose alors de venir avec lui. Nous nous dirigeons vers Mavrodasos, ce qui signifie en grec ‘la forêt noire’.
Le terme de forêt noire est très superlatif car en fait ce sont de simples buissons assez denses accrochés à la colline.
 Rien à voir avec la Forêt Noire d’Allemagne qui est assez vaste.
Je me souviens de l’avoir traversé  en bus pullman en partance vers Alexandropolis. 
 Pendant une bonne partie de la journée, nous n’avions vu qu’un long défilement ininterrompu d’arbres, sur une route toute aussi interminable. 
 J’espère en mon for intérieur que nous tuerons aucun animal et que nous rentrerons bredouilles.
Tout en parcourant le chemin, je me dis que j’ai eu une idée bien singulière en l’accompagnant.
Il a beau être mon ami, je ne comprends pas le plaisir que l’on peut avoir en tuant ainsi des animaux.
 Un bruissement de feuilles dénonce le mouvement d’un animal s’apprêtant à sortir du fourré et….C’est une chèvre qui en émerge, une chèvre appartenant à Yourgo, et qui se serait égarée dans les parages.
Le doigt était sur la gâchette prêt à tirer.
 Mais connaissant le sang froid et la placidité de mon ami, l’accident a pu être évité.
Yannis me demande d’ouvrir l’œil et de l’aider à dénicher du gibier.
 Tout à coup, je stoppe net, comme pris d’une soudaine inspiration.
Je prends la position du chien d’arrêt quand il a flairé une bonne piste, le nez frémissant et la patte arrière légèrement levée et je reste ainsi sans bouger.
Yannis s’esclaffe de rire en me disant, dis donc arrête de faire l’idiot !
Nous poursuivons nos exploits cygénétiques ainsi pendant un certains temps sans avoir pu débusquer quoique se soit.
Oh, bien sûr il y eut des coups de feu qui ont traversés l’air tel un vibrant tonnerre.
 Des fausses alertes.
 Par exemple, Marina surgissant tout à coup  d’une broussaille avec un panier d’osier sous le bras. J’ignore si elle avait ramassée des champignons ou été cueillir certaines plantes, nous n’allions quand même pas l’abattre à bout portant !
Qu’on puisse la confondre avec une chèvre ou une grosse bécasse. Un comble !
Au loin, une forme sombre à moitié cachée dans les fourrées.
 Nous nous approchons tout doucement, usant de mille ruses pour ne pas se faire voir et puis…. C’est une mule qui est attaché à une branche de genévrier.
 Mais où est son propriétaire ?
Ah, justement le voila qui revient, il était parti faire un petit pipi.
 Bonjour mon palikare me dit-il (palikare en grec a des significations multiples, en règle général cela veut dire, un homme brave, intrépide, hardi, etc.)
 S’adressant à mon ami, bonjour monsieur Yannis, alors la chasse a été bonne ? On ne peut pas se plaindre répondit-il évasivement.
 La gibecière est vide mais pas son optimisme.
Finalement nous revenons bredouilles.
L’air a souvent retentit de coups de feu, troublant la sérénité végétale de Mavrodasos. 
 Avec ce boucan, vous pensez donc que le  gibier éventuel était bien caché.
 Aucun animal ne fut tué dans cette aventure et j’en suis ravi.
 (Avouez que je fais un ‘chasseur’ plutôt atypique. Je ne tue pas les animaux !)
 C’est pas le cas de Yannis qui déplora le gaspillage de cartouches et de surcroît ses nouvelles bottes en cuir griffées par les ronces.
(Bien sûr, on ne va pas chasser en charentaises !)
 Nous sommes retournés au caféneion de Panayotta.
Le soir, Yannis s’est consolé en mangeant des keftédès, (sortes de petites boulettes de bœuf) avec des haricots, en buvant moult carafes de raki et en réglant le sort de plusieurs bouteilles de retsina. 
 Je l’ai aidé vaillamment dans cette tâche !
Par la suite, je n’ai plus jamais accompagné quiconque à la chasse.
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Une réponse "

  1.  
     Un bon chasseur sait chasser sans son chien.
     
     (Le chien de l\’épisode précédent ?)
     
     Bravo ! Ah ! si tous les chasseurs étaient comme toi… 🙂

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