Péripéties crétoises 10

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C’est la saison des escargots.
J’accompagne Panayotta à la chasse aux baveurs.
C’est le nom que l’on donne ici aux mollusques terrestres à coquille.
(Je connais deux noms pour définir ces gastéropodes, saligkari* qui donne l’origine du mot salive et koxiliou* celui de coquille ou  de coquillage en général.)
Il faut partir à la fraîche.
Pas besoin d’un équipement très sophistiqué.
Une paire de bottes et un grand sac en toile de jute, suffit.
Un rassemblement se fait sur la place du village.
Il y a, Marina ma voisine, Kalliopi la mère de Yourgo, Maria qui tient le caféneion du haut, le vieux stellio et sa femme Dimitria, et même Elleni ‘ l’australienne ‘, on la surnomme ainsi car elle a vécut plus de quarante ans à Sydney.
Peu à peu d’autres personnes viennent s’ajouter au groupe.
Mais à partir de là, c’est chacun pour soi. (Dieu pour tous, mais pas les escargots !)
Car, elles sont malignes les villageoises.
Il ne s’agirait pas de dévoiler les bons coins à baveurs .
Oh, que non ! Elles ne vous le diront pas, même sous la torture !
Panayotta m’explique brièvement la technique à utiliser pour attraper les escargots.
Ensuite elle me laisse en plan.
De peur sans doutes, de m’en avoir trop dit concernant les arcanes du métier.
Je vois des femmes se diriger vers un certain endroit, alors nonobstant je les suis.
Il y a des murmures, des chuchotements, sur mon passage.
Rien de bien méchant à vrai dire.
Que vient faire le xénos par ici ? (Xénos signifie étranger mais cela n’est en rien péjoratif car on est déjà xénos si on vient d’un autre village.)
Bonjour, la chasse est bonne ?
Le vent me rapporte le silence éloquent des petites vieilles qui semble ignorer ma présence. Elles sont tellement occupées à leurs affaires, grattant la terre, soulevant une pierre ou une touffes d’herbe pour dénicher le plus gros colimaçon.
Il y en a beaucoup dans le coin ?
Oh, comme ci, comme ça ! Me répond laconiquement l’une d’entre elle.
Des petites bulles de baves suintent à travers le sac de toile que je devine, dissimulé sous les feuillages. Il me parait bien ventripotent.
En fait ça pullule d’escargots.
Parfois on en trouve des grappes entières agglutinées, soudées ensemble, sous les racines torses des oliviers.
Je laisse donc ces dames dans leurs occupations hélicicoles et continue mon chemin.
Il s’agit de ramasser le maximum de ces bestioles avant qu’il ne fasse trop chaud.
Finalement, je ne me débrouille pas trop mal car mon sac pèse et commence à siffler !
(Ici, il faut que je vous explique la raison de ce phénomène)
En effet, les escargots ne sont pas bavards quoique baveux, et je ne les crois guère doués de la parole. (Même si on dit muet comme une carpe et pas muet comme un escargot !)
Mais, ils émettent ce genre de petit grincement ou de sifflement si vous préférez.
Pour terminer mon ramassage, je décide de remonter par ce petit raidillon.
Un raccourci qui me ramènera à Agios Spiridon.
Je longe le cimetière. C’est un lieu bien ombragé, car les grosses branches d’un platane recouvrent de sa généreuse ramure l’ensemble du domaine.
Puis une idée me vient à l’esprit, et si j’allais jeter un coup d’œil ?
Il fait une fraîcheur idéale pour des escargots.
J’étais bien inspiré car je n’avais jamais vu de si gros colimaçons !
Je jubile, j’exulte, la tâche est très aisée, et bientôt mon sac est joliment rempli.
Pourquoi personne n’a eut l’idée de venir ici ?
Sur la route, je croise Stellio qui se doute que je viens du cimetière.
Il jette un regard scrutateur sur mon sac qui fait des bulles.
Dis donc t’en a trouvé plein de ces baveurs !
Me dit-il puis d’un air un peu effrayé il ajoute Oh, ne me dis pas que tu es allé au…. ?
Tout juste, et ils sont biens gras, bien nourris, là haut ! Lui répondis je.
Il me toise d’un regard ahuri, l’air de penser que décidément il a affaire à un farfelu.
M’enfin Christos, on ne ramasse jamais les escargots au cimetière, ça porte malheur !
Ah, bon ? Je ne le savais pas.
Puis de me chuchoter à l’oreille, ne t’inquiètes pas, je ne le dirai à personne et puis je t’avouerai, qu’il m’est arrivé parfois de faire pareil.
Ce vieux grigou de Stellio ! Je parie, dès que j’ai le dos tourné, il ira se précipiter au cimetière (à son âge c’est presque un pléonasme !) pour en faire une abondante moisson.
Ce n’est pas par hasard s’il était sur ce chemin.
Je retourne au village pas mécontent de moi.
Pour ma première sortie, ce fut une réussite.
Mais, J’avais encore des choses à connaitre dans le métier de ramasseur.
C’est le lendemain en me réveillant que j’ai vu que tous les escargots s’étaient répandus dans ma maison.
J’en trouvais partout, dans mes bottes, sur l’évier, en dessous de mon lit, dans mon lit ! D’autres qui grimpaient sur les murs,
dans les casseroles, sur ma table, sur mes vêtements, etc.
J’avais tout bonnement oublié de fermer mon sac.
Heureusement que l’acheteur ne venait que dans deux ou trois jours, ça me donnait le temps de rassembler mon troupeau.

 (Voir plus haut : saligkari* et koxiliou* est la prononciation phonétique en français)

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Une réponse "

  1.  
     quand j\’étais enfant, les escargots étaient des amis, je leur donnais des noms,
     
     j\’organisais des courses, et  j\’ai toujours pas envie de les manger !

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