Péripéties crétoises 12

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Je me repose quelque temps pour souffler un peu et enlever la poussière et les pierres qui s’étaient logées dans mes chaussures.
 Le lieu est tout à fait charmant et particulièrement indiqué pour faire une petite sieste.
 Mais avant cela, je décide de déballer mon pique nique encore intact depuis ce matin, et de voir quelle tête pouvait avoir mon fromage kéfalotyri.
 (C’est le cas de le dire car kéfalotyri  signifie fromage de tête. C’est un fromage dur, un peu salé et légèrement piquant fait à base de lait de chèvre et de brebis. Souvent on l’utilise dans les pâtes à la place du parmesan)
 Ce fromage est vraiment très dur, il faudrait presque une meule pour arriver à le moudre. C’est sans doutes pour ça qu’il se nomme fromage de tête ?…un fromage têtu ! Mais il est très pratique à emporter car il supporte assez bien la chaleur.
  Je préconise de bien l’emballer car son odeur entêtante risquerait de vous faire tourner….la tête !
Il est néanmoins plus discret et tient mieux la route que la fêta.
 J’arrête là mes considérations fromagères et m’apprête à manger.
  Cet à ce moment que surgit un chien, j’ignore d’où il vient car je ne vois aucune habitation aux alentours mais les petites crottes de brebis près de la fontaine,me fait songer que le troupeau ne devait pas demeurer loin d’ici.
C’est sans doutes un chien de berger retardataire ou alors il fait de la bergerie buissonnière !  Je n’ai pourtant entendu aucun bêlement annonçant quelconques troupeaux.
Un chien errant ? Quoiqu’il en soit il ne doit pas être plus errant que moi. 
 Il a un aspect pas très avenant, avec une longue balafre qui part de son oreille gauche jusqu’en bas de la commissures de sa gueule.
 Une large auréole noire autour d’un œil qui  lui fait comme un bandeau de pirate et de gros noeuds de poils agglomérés tels des tresses de rasta.
 Mais le corniaud parait sympa et avoir de bonnes disposition à mon égard.
Je retire tout ce que j’ai dis sur la gent canine quelques lignes plus haut. 
 Il est content et frétille de la queue en lorgnant avec insistance le petit sac de victuaille que j’ai posé près de moi.
 Je partage donc mon déjeuner avec lui.
 Je veux rendre visite à la petite bouteille de vin que j’ai emballé dans un mouchoir, je cherche un gobelet dans mon sac et….. Plus de sac !
Le chien avait profité d’un moment d’inattention de ma part, pour l’emporter avec lui.
Je le vois, il s’enfuit avec mon pique nique dans sa gueule, ah le bandit !
 En fait ce qui l’intéressait, c’était la bouffe que je transportais avec moi.
Il m’a bien eu le pirate !
J’analyse la chose avec philosophie et je me dis ma fois, que ce pauvre animal devait vraiment avoir faim.
Le problème avec ce larcin, c’est que toute la nourriture s’était répandue un peu partout et que des crottes de biques parsemaient à présent mon pain ( vous parlez d’un cramique !)
J’ai récupéré ce que j’ai pu, une tomate par ci, un fragment de frometon par là, les reliefs d’un repas. ’Un véritable déjeuner sur l’herbe, a vrai dire !
Et la présure destinée au beau frère de yourgo ?
 Le cabot l’avait amenée avec lui, fallait  qu’il crève la dalle !
 Je récupère les vestiges de mon casse croûte et ensuite je m’octrois une bonne sieste car je suis en route depuis 6h du matin et les rayons de soleil sont déjà à la vertical.
(Et quand le soleil est à la vertical, il est préférable d’être à l’horizontal)
Par la suite, je reprends ma position de bipède normal pour poursuivre mon trekking.
Plus avant sur le sentier, j’aperçois une petite mais massive chapelle d’architecture byzantine. 
 Elle est bâtie sur une plateforme avec des murs de mortier  et de briques rouge.
 La coupole ainsi que la façade sont incrustées d’ornements en céramique.
 Le toit est recouvert de tuiles recourbées.
 L’entrée assez étroite est juste suffisante pour laisser passer un homme à la fois.
L’intérieur est d’une superficie modeste.
 Pas plus d’une vingtaine de personne ne pourrait s’y tenir.
 Mais ce qui époustouflant, ce sont les icônes peintes sur les murs et la structure en bois de l’iconostase ainsi que le reste de l’ouvrage de la charpente.
Un chef-d’œuvre de bois et de brique bien vénérable.
Etonnant de trouver un telle merveille dans un lieu si retiré et sans surveillance.
(Ce qui devient rare car pour avoir accès à ces monuments religieux, il faut aller quérir la clé, en cherchant le pope ou alors en se  renseignant au caféneion le plus proche)
Le parvis est veiné de grosses racines qui s’insinuent un peu partout.
  Elles arriveront sûrement un jour à soulever l’ensemble de l’édifice car la nature est certes lente et industrieuse mais les créations humaines ne tiennent pas le coup devant l’obstination végétale.
Cette sorte de bâtiment ancien que l’on nomme exoklizia, (église de campagne) on en trouve encore dans la région.
Parfois, elles semblent se camoufler sous d’épaisses frondaisons, de la curiosité tapageuse de certains touristes.
 Je présume que je ne suis plus très éloigné de ce haut plateau où domine l’église de Profiti-Illias,  que je voyais depuis de ma maison de Agios-Spiridon.
En effet, encore un zest de courage et me voila rendu au sommet.
De ce promontoire, je discerne au loin le village et le moutonnement des habitations éparpillés dans la colline.
 Je reconnais également ma demeure et sa petite fenêtre.
Tranquillement, je continue mon errance.
 En descendant dans une vallée, j’entends le bruit caractéristique d’une tronçonneuse.
 Ce bruit m’horripile car je n’aime guère que l’on scie des arbres et à chaque fois que cela se produit, j’ai le sentiment que c’est mon bras que l’on découpe.
 Car j’ai  également de l’empathie pour les arbres et pas uniquement pour les ânes, les chiens ou les coccinelles.
En parlant d’empathie, le mot semble inadéquat pour le règne végétal, je devrai parler de communion. Je suis en réelle communion et la nature est mon temple.
Ce sentiment rejoint l’idée d’animisme, comme principe de la pensée et de la vie organique en une seule âme.
 Je conçois que l’on puisse emprunter un peu de la matière d’un arbre, si cela est justifié et raisonnable. (Le chauffage, la cuisine etc.)
 Je me souviens d’un très vieux platane en bas de la route reliant Agios-Spiridon à Epano-Episkopi. Sous son ombrage généreux, il y avait la terrasse d’un caféneion tenu par un couple de vieilles personnes.
 Un de ces caféneion où vous aviez le sentiment de rentrer dans l’intimité des gens, car au milieu trônait un gros poêle et dans un coin  se trouvait un lit.
Souvent la patronne était assise épluchant des légumes et préparant le repas.
  Le bistro ne possédait pas de frigo, et vous alliez à la fontaine qui coulait dans un bassin juste au pied de l’arbre pour y rafraîchir vos limonades.
 Le fils de ce couple  qui travaillait comme transporteur routier indépendant, reçu en héritage le caféneion après leurs décès.
Il s’empressa de le vendre et coupa cet arbre plus que bi centenaire pour laisser la place à un parking  J’en étais malade !
 D’autant plus que cet abruti n’était pas arriver à déplacer ce gros arbre avec son camion et le tronc de cet ancêtre végétal gisait en trois ou quatre morceaux, piteusement sur le bas côté de la route. C’était vraiment navrant.
Mais voila qu’apparaissent les premières maisons de Dafni. Je tâte dans ma poche la lettre toute mâchouillée que le bandit poilu m’avait rendu à peu près intacte et nonobstant je me dirige vers le caféneion du village.
Fin de ma mission.

  ( A SUIVRE ) …………………..la suite dans un prochain billet. (2 )

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