Péripéties crétoises 15

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A l’aide de la pioche je m’efforce d’extirper un peu de terre et de gravas de ce conglomérat, de cette masse compacte qui est devenue dure comme du marbre.
 Je rempli ma brouette de pierres et de graviers.
Avec un seau je retire uniquement la terre que j’apporte au jardin, le reste je le mets dans la brouette, que je mène près du précipice et dès que la brouette est rase, je vais verser son contenu dans le vide.
Un petit mur délimite ce jardin  qui est juste au bord du ravin.
 J’aime entendre le bruit des pierres qui dégringolent.
 L’écho se répercute jusqu’aux falaises voisines dans un brouhaha inhabituel pour un lieu d’ordinaire si calme.
Je suis tout occupé à ma besogne, quand j’entends Kalogria qui m’appelle pour venir déjeuner.
 Je laisse la brouette dont les poignées sont encore chaudes et me dirige vers la fontaine pour me laver.
Comme je travaille torse nu, je suis bien bronzé mais aussi par la crasse et la terre qui collent à ma peau. 
 J’utilise le tuyau d’arrosage pour me décaper, et de minces ruisseaux ocres dégoulinent, s’en vont rejoindrent le potager. 
 Je me sens plus léger, une agréable brise termine de me sécher les cheveux.
Il fait un soleil radieux. 
 En entrant dans la cuisine, les effluves diverses me font la fête.
 Malgré les sempiternelles bettes, (en saison, nous en mangeons quotidiennement) le menu à été agrémenté de courgettes farcies, de tomates et des frites à l’huile d’olive.
Nous attendons l’arrivée de l’higoumène.
 Après une prière vite expédiée, nous commençons le concert des couteaux et des fourchettes, sans oublier le glou glou glou si plaisant du vin tombant dans un verre. (et ensuite dans le gosier)
Le pope me surveille du coin de l’œil quand je me sers du mavrodafni.
Va doucement avec le vin me dit-il car par cette chaleur, ça monte vite à la tête !
J’adore  le parfum du mavrodafni.
Je pensais au début que le pope ajoutait de l’encens dans son vin pour lui donner encore plus d’arôme.
Ma question ingénue l’avait fait rire.
 D’habitude on utilise ce vin en dessert mais au monastère nous le buvons durant les repas.
 Moi, je n’ai jamais bu du vin de ma vie ! Nous dit Kalogria en claironnant.
Je regarde d’abord l’higoumène qui se cache derrière ses grosses lunettes de myope et qui ne semble relever aucune contradiction dans les propos de la vieille nonne.
 Je lui rétorque que ce n’est pas vrai et qu’elle a certainement du en boire au moins un fois.
La sœur parait surprise de ma réponse et se met sur la défensive en démentant formellement.
 Rappelle toi ton baptême, quand le pope donnait une petite cuillérée de vin au nom du seigneur Jésus Christ.
(dans la religion orthodoxe, on baptise les bébés d’abord dans l’eau, ensuite on les oint avec de l’huile pas trop quand même, juste un petit signe de croix sur le front, c’est pas pour les faire cuire non plus ! et puis on leur ingurgite une infime quantité de vin.)
L’higoumène sourit derrière sa barbe devant cet argument incontournable.
La nonne est battue en brèche et concède à contre cœur que j’ai raison.
Du coup elle enlève d’autorité la bouteille de vin qui trône sur la table.
(quand la bouteille trône sur la table, le vin trouve rapidement la route de son palais, en l’occurrence le mien !)
 Je stoppe gentiment  l’avancée de son bras vers le précieux flacon et en l’a regardant dans les yeux, sans animosité je lui dis, holà, je n’ai bu que deux verres, un pour le père, un pour le fils, n’oublions pas le Saint d’esprit ! 
 Le sel de cet esprit là ne semble guère l’émouvoir, ni atteindre ses zygomatiques.
 Je comprends cela en voyant son visage imperturbable et son œil sec. 
 Faut pas trop boire dit-elle, il y a encore de l’ouvrage ! 
 Combien de verres as-tu bu Christos ? me demande avec onction le pope.
 Voila à présent que l’on me tient une comptabilité de ma consommation de vin ?
 Je ne ménage pas mes efforts quand il s’agit de bosser, dis je en moi-même. 
 D’accord j’ai bu quatre verres mais ils étaient tout petits, juste de quoi humecter mes lèvres lui répondis je avec malice, et une bonne foi approximative. 
 Satisfait de cette répartie, le pope empoigne gentiment mais avec fermeté, la bouteille récalcitrante hors des mains de Kalogria et me sert un verre du breuvage convoité.
Par la suite des petites enclumes de sommeil viennent alourdir mes paupières en me signalant qu’il est temps de faire une bonne sieste.
Il peut faire très chaud, en été nous avons parfois près de 45° à l’ombre.
 Dans cette région qui est à 150 kilomètres à vol d’oiseau des côtes de la Libye, il règne un microclimat mais qui est souvent agrémenté d’un douce brise, car nous somme sur une île.
 Donc, du repos s’impose avant de reprendre le travail.
Pendant trois jours, j’ai trimballé des brouettes de terre, de gravier, de pierre etc.
 On pouvait enfin passer sans encombres depuis le parvis jusqu’au jardin.
J’étais content de mon œuvre.
 Nous avons mangés toutes les réserves de bettes….. C’est bette à dire mais c’est comme ça !
 De temps en temps nous avons les petits poissons offerts généreusement par les pêcheurs qui viennent faire leurs dévotions à l’église du monastère et pour boire dans la soirée un bon raki à l’ombre des oliviers et des ifs.
 J’aime écouter leur patois crétois qui est si riche, si imagé. J’apprends beaucoup avec eux, c’est mon école

(FIN DU BILLET)       ( 2 )

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