Péripéties crétoises 18

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J’ai ouvert ma fenêtre pour me rassasier du silence, de la force tranquille de cette mer à l’horizon, avant d’affronter le bruit de la bétonnière.
 Car aujourd’hui, nous allons construire un ostéophylaque*.
Devant moi, il y a des buissons de figuiers de barbarie qui sont un rempart plus ou moins inefficace contre les chèvres qui font souvent des expéditions dans notre jardin.
Cela amène des discussions oiseuses avec le berger et l’higoumène.
 On doit courir sans arrêts derrière ces capridés pour éviter qu’ils ne saccagent notre potager.
 Depuis le parvis et jusqu’au bas de la route, il y a des plantations de jeunes oliviers. 
 Une clôture de fortune fait tout le périmètre de la plantation. 
 Le pope a récupéré des vieux sommiers à ressorts venant du monastère pour former aux endroits stratégiquement faibles des protections contre les envahisseurs caprins.
Un jour, j’ai vu une petite chèvre  qui avait les cornes entortillées dans les ressorts et qui poussait de cris plaintifs. Elle se démenait furieusement pour essayer de s’en sortir au risque de se blesser.
 Je m’étais approché d’elle et tout doucement j’arrivai à démêler ses cornes de cette prison improvisée. 
 Je tenais fermement la chèvre, et puis j’avisai au loin le berger pour lui montrer ma prise.
 J’étais sottement fièr de prouver que j’avais réussi à capturer cet animal de mes mains nues.
 Comme s’il s’agissait d’une bête fauve et que j’étais un courageux aventurier dans le style de Crocodile Dundee ! Finalement je lui rendis sa liberté et elle alla  prestement rejoindre ses consoeurs en contrebas.
 Je me suis levé en même temps que la lumière du soleil qui promet une journée aussi fraîche qu’une étuve.
Quand la cloche sonne  en haut du monastère, cela veut dire que l’office va commencer.
Tous les jours de la semaine, il y a une  messe qui est donnée dans la petite église en haut du parvis.
Le service est rapide.
Les dimanches l’office peut durer trois heures. (C’est comme pour aller à l’opéra, il faut vraiment être passionné !) Il m’est arrivé d’assister à la messe en semaine.
 La plupart du temps, Il y avait le pope qui lisait son bréviaire devant la vieille sœur et des chaises vides.
Un jour, la situation était un rien comique, car je devinais, qu’au préalable il y avait eut des tensions.
Je voyais le visage du curée qui était renfrogné et celui de Kalogria semblait absent ou perdu dans des contemplations  internes.
 Après avoir célébré son office et enlevé sa chasuble, il interpella la nonne en lui disant : Ecoute, j’en ai marre, tu as encore fais mon lit en portefeuille, je t’ai pourtant déjà dis à plusieurs reprises que je n’aimais pas cela !
La nonne marmonnait quelques excuses.
Et puis en arrosant les fleurs du balcon, tu as mouillé  mon lit, fais attention quand même ! ajouta t-il.
 On aurait dit la dispute de ménage d’un vieux couple.
Mais voilà que la porte s’ouvre, je vais pouvoir préparer mon café, en attendant que Pedro et les autres ouvriers sortent de l’église.
Après cet indispensable breuvage accompagné d’un peu de pain et de fromage, nous commençons les travaux.
L’endroit se situe juste derrière le jardin sur un minuscule terrain arraché péniblement à la falaise.
 Sur cette surface grande comme un sombrero, subsistent les vestiges d’un ancien cimetière.
Près d’une chapelle à moitié en ruine, se trouve un palmier au tronc assez trapu, on dirait un ananas géant.
 Pedro et ses aides s’occupent de démantibuler les murs restants de la petite église, pour accéder aux fondations et ainsi reconstruire des murs tout neufs.
Nous avons péniblement amener la bétonnière depuis le parvis.
Ce n’était pas une mince affaire d’amener cet engin près du cimetière, car elle avait une belle Surcharge pondérale.
Nous étions à quatre pour la soulever.
Une personne devant, une personne derrière, une pour diriger les opérations, et moi qui tenait la prise pour éviter que l’on puisse marcher dessus.
  Croyez moi, j’avais offert mes bras pour aider dans le transport, mais l’invitation avait été déclinée. Vous ne connaissez pas l’entêtement des crétois.
Peut-être que Pédro s’était-il méfier en pensant que j’aurai pu la faire basculer.
Je les voyais qui s’échinaient à porter cette machine et ponctuant la manœuvre d’un florilège de jurons très expressifs.
 Il étaient en nage et transpiraient tellement qu’on aurait dit qu’ils pleuraient !
 Enfin, quoi qu’il en soit, nous avions réussi…Alléluia !
La prudence accompagnée de la sagesse nous avait conseillée d’agir de la sorte.
Car au début, je faisais le mélange sur le parvis.
 Puis je le transportais jusqu’à l’endroit où les ouvriers travaillaient.
Dans les escaliers, avaient été aménagé des madriers sur lesquels je devais veiller à bien poser ma roue, tout en tenant la brouette fermement à deux mains et en évitant de verser sur le côté.
 Le chargement n’arrivait jamais entièrement car la pente était trop brusque.
J’avais toutes les peines du monde à retenir le trop plein de la cargaison de ciment qui s’en allait en peu partout. De plus j’avais failli passer par dessus le muret du jardin.
 Les opérations devenaient scabreuses, inutilement dangereuses.
Imaginez un seul petit instant que ma brave Kalogria travaillant en bas, à l’arrachage des bettes, puisse recevoir inopinément l’équivalent de trois ou quatre seaux de ciment sur la tête.
 Elle n’aurait pas été très contente. Cela aurait fait un nouveau sujet de bouderie de sa part.
A présent, je suis dans le petit jardinet du cimetière et je creuse à l’aide d’une pelle, avec mille précautions.
Ou si vous voulez avec mille précautions et une pelle. (Creuser avec mille pelles et une précaution, c’est idiot. De plus je suis seul…Que faire des neuf cent nonante neuf autres pelles ?) 
 L’higoumène m’observe par dessus la tête  et regarde le contenu des pelles.
 Il veut s’assurer que l’on n’emmène pas un morceau d’os de moine.
 Car le terrain est jonché de débris divers et quand nous tombons sur un os, (si je puis dire !) Il le prend en main l’examine de tout côté pour voir s’il s’agit d’un os d’humain ou d’animal.
Je vous rappelle que le terrain est un ancien cimetière et donc, ce genre de découverte n’est pas rare.
Je doute très fort que le pope soit un expert en ostéologie.
 Néanmoins, il enveloppe délicatement les fragments dans un tissu de velours.
(Je ne suis pas vraiment certain s’ils appartenaient tous au genre homo sapiens) 
 Ca devient des fouilles archéologiques.
Enchâssé dans les strates, j’ai découvert un petit bol en terre cuite avec un bord vernissé de facture assez sommaire, mais qui ne manque ni de charme, ni de poésie.
 Il est quasi intact sauf que son anse est cassée.
Je l’ai vu en premier, mais c’est l’higoumène qui l’a pris pour lui.
Le prochain que tu trouvera, il sera pour toi  me dit-il.
Je n’ai plus rien retrouvé de semblable, sauf des tessons de moindre importance.
Avec la bétonnière toute proche, le travail est considérablement simplifié.
 Plus de va et vient éreintant avec la brouette.
Ce qui m’a chagriné, c’est qu’on a du couper le palmier, soit disant qu’il gênait les fondations et prenait de la place. Les gens de la région ont trouvé  cela très dommage et insensé de la part du pope qui avait pris l’initiative de son éradication.
 Je trouvais également stupide de sacrifier un si bel arbre pour quelques débris d’os de vieux moines.
 (Ou de vieilles chèvres ?)
Le dimanches des rameaux  qui précède les Pâques, les gens venaient souvent ici pour en cueillir.
Car les monastères sont très vénérés et sont considérés comme des hauts lieux saints.
(ostéophylaque* : mot grec signifiant l’endroit où l’on entrepose les os des défunts. / synonyme de : ossuaire.)
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