Péripéties crétoises 21

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Ce matin, nous allons travailler dans l’oliveraie de Manoli, le mari de Kalliopi.
Son fils Yourgo vérifie dans le jardin le bon fonctionnement de la machine à gauler.
 Nous ne récoltons pas les olives à la main, le principe du pressage à froid n’existant pratiquement plus dans la région.
 La raison est purement économique.
 Il faut entre 6 à 8 kilos de fruits pour obtenir un litre d’huile avec ce système.
 Moitié moins avec la nouvelle méthode.
Beaucoup de gens n’ont que cette ressource comme revenus, et parfois une petite parcelle de terrain pour cultiver des légumes.
La récolte des olives est un fastidieux processus depuis sa cueillette à proprement dire jusqu’à l’élaboration de son huile.
 Pour commencer, nous entourons les arbres d’un genre de filet.
 Ensuite à l’aide de longues perches nous frappons les branches pour en faire choir les fruits.
 Quand elles deviennent trop hautes, nous devons monter.
 Nous utilisons également une sorte de bâton ressemblant à une canne.
 Souvent la machine à gauler fait le reste du boulot.
Cette machine est reliée à un groupe générateur, qui fait fonctionner par un procédé hydraulique une lance creuse où circule un liquide visqueux. (je crois que c’est de l’huile de moteur)
 Elle est munie de tiges qui en tournoyant flagelle les branches de l’olivier.
 C’est une autre paire de manche quand il faut monter avec cette lance en haut de la cime, car il faut tant bien que mal trouver son équilibre en tenant cette hampe qui n’arrête pas de vibrer.
Au début, Yourgo me donnait un coup de main dans le gaulage, mais rapidement il dût renoncer ayant trop mal aux jambes.
 (il y a quelques années, il eut un grave accident de moto.)
 Je me suis retrouvé seul  à faire la récolte.
  Après le fouettage des branches, il fallait rassembler avec un seau les fruits tombés dans le filet, puis verser ce seau sur une petite table spéciale pourvue d’un tamis, faire masser le tout pour qu’il ne restait plus que des débris de feuilles et des parcelles de bois.
La dernière étape c’était de rassembler les olives et finalement les mettre en sac.
 Ensuite, on pouvait les porter à l’huilerie.
J’effectuais donc toute l’opération.
J’avais ainsi récolté près de 10 ou 12 tonnes de fruits bruts.
 C’était un travail énorme.
 Tous les soirs quand je rentrais, j’étais littéralement crevé et c’était à peine si je passais faire une petite visite de courtoisie au bistro.
En plus cette machine faisait un boucan monstre.
 Pour parachever le tableau, le tuyau avait des fuites et tout le liquide giclait et se répandait partout.
Le soir, en rentrant, je donnais l’impression d’avoir travailler toute la journée dans un garage.
J’avais ma salopette maculée d’huile, le visage noir de terre et de fragments de toutes sortes.
Des morceaux de feuilles dans les cheveux et jusque dans mon slip.
 C’était violent comme système.
 Fouetter, gifler, flageller un si joli arbre tel l’olivier pour lui subtiliser ses fruits.
 Mais que voulez vous les impératifs économiques vont au delà des simples considérations philosophico-poètiques !
 Pour un citadin, c’est très bucolique les champs, les oliveraies, le petit âne qui trottine sur le chemin etc. C’est la jolie carte postale.
 Je vous dirai qu’il en est tout autrement quand vous bosser dans le décor.
 Je commençais à m’y connaître en matière d’oléiculture.
Par la suite  j’étais sollicité par plein de gens.
Un jour s’est amené au village un gars que je connaissais vaguement car il possédait un magasin de vêtements à Sitia.
 Il avait ouï-dire que je travaillais bien, que je devenais un bon gauleur.
 Il m’interpella en me demandant, Christros, combien tu prends pour le mérokàmato?
Le mérokàmato représente le payement d’une journée de travail, nourriture inclue.
 Je lui avait dis mon prix, qui restait très raisonnable.
 (à l’époque mon tarif se situait entre 5000 et 6000 drachmes, ce qui n’était absolument pas exagéré, certains obtenaient jusqu’à 8000.)
 Oh ! Mais c’est trop cher ! S’exclamait il, puis d’un air péremptoire, il me dit, je t’offre 3000 pas plus ! 
 Soit, il se foutait de ma gueule, ou alors il s’imaginait que j’avais trop besoin d’argent, et que j’allais obtempérer. C’était mal me connaître.
 Je lui répondis d’un air désabusé que j’étais d’accord, si par exemple il me donnait une remise de 50% dans son magasin.
 Ah non ! Ça je ne peux pas le faire, rétorqua il l’air vexé.
Alors pourquoi, veux tu que moi je te fasse une remise de 50% sur mon labeur ? Si tu t’imagines que je vais bosser à moitié prix !
 Les crétois sont de braves gens, mais j’avais souvent le sentiment qu’il fallait que je me batte pour
 Affirmer mes prérogatives, quand il s’agissait de travail.
 Souvent l’affaire se concluait autour de carafes de raki. Il fallait se mettre d’accord, toper dans la main et surtout garder la parole donnée, une fois que l’accord était fait. On ne revenait plus en arrière.
Bon, c’est pas grave je prendrai des polonais, ils ont moins de prétentions que toi et puis ils sont moins chers ! Ajouta t il l’air triomphant.
Il avait engagé des polonais pour faire le gaulage.
Mais c’était des gars qui n’avaient jamais fait ce genre de boulot.
 Par la suite quand je le rencontrai à nouveau, il me confia d’un air contrit et navré, que j’avais raison et qu’il avait été bête de ne pas me prendre pour effectuer cette tâche.
 A cause de sa lésine, Le résultat fut un véritable carnage.
 Oh bien sur, il ne restait plus une olive dans les arbres, mais plus une feuille non plus !
 Ils s’étaient acharnés sur ces pauvres oliviers. (plus de feuillage, signifie plus de fruits pour l’an prochain.)
 Par la suite, quand j’eus fini le dernier olivier de Manoli, je pris une belle pièce de monnaie et l’introduisis dans le creux de l’arbre en signe de bonne récolte pour l’an prochain.
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