Péripéties crétoises 25

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Je rencontre Yourgo du village d’ Epano Épiskopi dans le caféneion des ses parents. (Encore un Yourgo, diriez vous ? Et oui, ce nom est un des plus fréquents en Grèce. J’en connais au minimum cinq ou six. (et peut être plus) Je vais devoir leur attribuer un numéro ou alors je me servirai d’une particularité de caractère  ou de parenté.
Mon père te cherche, car il veut te proposer du travail pour la saison des vendanges me dit il Si ça te convient, rendez vous ce soir, nous en parlerons.
Je vis dans ce village depuis près de six mois.
 Mon premier afendiko a été Yourgo du caféneion du haut à ne pas confondre avec Yourgo du caféneion du bas. C’est Yourgo du haut qui m’a introduit dans ce village et c’est à présent Yourgo du bas qui me propose ce travail de vendanges.
Le Yourgo du haut je l’appellerai Yourgo caféneion, car il tient un bistro et l’autre sera désormais Yourgo Stafida (le nom du raisin sec dans la région)
Quand Yourgo le boulanger vient faire sa livraison, il passe souvent boire sa limonade en  compagnie de Yourgo le berger d’ Epano épiskopi qui n’est pas  Yourgo le berger de Agios Spiridon. Habituellement c’est Yourgo Stafida qui sert quand sa mère n’est pas là. Ajoutez à cela papa Yourgo, le pope du village, Yourgo caféneion, Yourgo le mastora et Yourgo le cultivateur. (Celui-ci, mérite bien son nom car Yourgo est à l’origine étymologique du mot cultivateur.)
Quand à ce dernier, il doit avoir dépassé la quarantaine, c’est le fils d’un autre Yourgo qui est le frère de cet homme de 83 ans qui vit encore avec sa mère dans le petit village de Katsidoni.
Ça va vous me suivez là ? Tout cela nous donne beaucoup de Yourgo au mètre carré. Quand ce n’est pas un nom très répandu, alors vous avez des patronymes assez rares ou précieux. J’ai connu un gars qui s’appelait Agamemnon, avouez que cela n’est pas très usuel et un peu lourd à porter, non ?
Yannis le père de Yourgo Stafida est un homme plutôt sympathique mais qui est sourd comme un pot.
 Un jour, Il y a eut du vent qui est entré dans son cerveau ,cela a fait une telle pagaille. Depuis lors les portes sont ouvertes (entendez par là ses oreilles) m’avait dit Maria sa femme.
Cette habitude d’associer les personnes sourdes à des êtres bizarres, excentriques et légèrement simple d’esprit, m’a toujours paru bêtement discriminatoire. Mais Yannis n’en avait cure. Au contraire cela amenait des quiproquos auxquels il arrivait toujours à trouver l’esquive.
‘ Il n’est pas de pire sourd que celui qui ne veut point entendre ‘ Comme dit si bien le proverbe.  Quand sa femme l’engueulait pour diverses raisons, cela lui permettait de se cacher derrière sa surdité et de plonger en quelques sortes en apnée, loin des éclats orageux et sonores de sa femme.
 Et Lorsque la tempête Maria s’était assagie, il emergait à nouveau tel un sous-marinier de ses profondeurs abyssales et silencieuses pour revenir à la surface où le calme plat était revenu.
Ce brave homme avait acheté un cheval blanc. Oh, n’allez point imaginez un fier alezan à la robe immaculée, trottant d’un pas délicat tel une gazelle ! Voyez une sorte de gros percheron. Un animal lourd à l’encolure épaisse, habitué à porter des charges ou à tirer des charrues.
 Il avait une panse comme une vache prêt à vêler, et mâchouillait sans arrêts quelques brins d’herbe, tel un chewing-gum duquel dégoulinait un jus verdâtre des commissures de ses lèvres.
Le tout sous un air bonasse et inoffensif. (Ce qui se révélera inexacte par la suite. j’allais le découvrir à mes dépends)
Quand je vins le soir au caféneion pour régler les dernières modalités du travail, une grande agitation régnait à cause des vendanges du lendemain.
Une émanation âcre et douce, sortait d’un tas de sacs en toile de jute, posés à même le sol. Un arôme entêtant de raisin surit, d’olive noire, de cuir, et de foin, formait un mélange assez capiteux. (les sacs servaient indifféremment pour la saison des olives et celle du raisin)
Dans la région, on fabrique presque exclusivement du raisin sec. Une certaine qualité que l’on nomme sultanina. Ces sacs à force d’usage étaient devenus comme caramélisés par le soleil de plusieurs années.

(A suivre)                               (La suite dans un prochain billet)   / N : 1 /

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  1. Christian, Vraiment bien emballé cet épisode yourgesque, drôle et parfumé : tout ce que j\’apprécie dans tes écrits crétois !Et cerises sur les gateaux : les sacs en toile de jute aux parfums rustiques quiterminent ton billet en trip olfactif !
    Au plaisir de lire tes aventures avec le gros cheval blanc,
    Avec toute mon amitié ( dans la vraie vie, ( en live  😉 😉  )
    Brigitte.

  2. Si je te disais que j\’étais sourde !!! heureusement, une opération et un appareil auditif me permettent de réentendre les chants que le vent m\’apporte.  Pourtant, parfois, je fais comme si …..
    Merci, pour ton commentaire sur mon blog, ce coin de paradis, c\’est l\’endroit où , lorsque le bleu de lâme fait mal, je vais m\’y réfugier, dans un petit endroit de ma mémoire .  Bien à toi

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