Péripéties crétoises 26

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Le temps des vendanges était un grand événement dans la région.
Cela permettait d’embaucher des saisonniers durant la récolte.
C’était accessoirement le moment de se rassembler pour de pittoresques déjeuners sur l’herbe.
 Un simple drap de lit posé par terre, et voila la nappe qui était dressée.
 Nous quémandions de l’ombre auprès d’un vieil olivier qui nous accueillait à branches ouvertes.
 Nous faisions uniquement des raisins secs.
La première opération consistait à cueillir les raisins que l’on versait ensuite dans des seaux percés de multiples petits trous, (rien à voir avec la punition infernal des Danaïdes) ensuite ils étaient transportés jusqu’à l’endroit du lavage.
 Arriver au lavoir, Il fallait plonger les fruits à plusieurs reprises dans une sorte de grosse bassine où avait été versé un produit qui accélérerait la dessiccation.
Le raisin ainsi traité, était ensuite mis à sécher au soleil sur de grands filets ou à la rigueur sur les terrasse plates des maisons.
 Il fallait deux ou trois semaines pour que ce processus s’achève. (en bénissant Hélios*)
Avant la mise en sac, les fruits devaient passer à travers un tamis pour enlever les derniers fragments de branchages ou autres éléments intrus.
Si vous aviez eu de la chance avec la météo, (Quoique, durant les mois de juillet et août, les pluies sont rares) que les oiseaux n’avaient pas trop fait bombance avec les raisins, alors vous pouviez ensacher votre récolte.
Le cheval de Yannis portait les seaux jusqu’au lavoir.
 Au début ça allait bien.
Mais c’était sans compter sur la rouerie de cette rosse équine qui derrière le dos de son maître, prélevait au passage son petit écot de grappes de raisins
Ce qui faisait qu’une fois rendu sur place, les seaux étaient à moitié vides !
Yannis était résolu à demander aux cueilleurs de mieux les remplir, car il perdait son temps à faire l’aller retour pour quelques grappillons.
C’est lorsque son maître marchait droit devant, en tenant la bride nonchalamment, que le cheval commettait ses petits larcins.
D’accord, la capacité stomacale de cet animal avait des limites, il n’allait quand même pas pouvoir bouffer toute la récolte, mais à la longue cette goinfrerie aurait pu avoir des conséquences néfastes pour sa santé.
J’avais donc signalé cette anomalie à ce brave homme, qui s’empressa d’attacher les seaux d’une certaine façon que l’animal ne puisse atteindre les succulents raisins tant convoités.
 En outre, j’avais l’impression que notre canasson devenait légèrement gris.
 (Ce n’était qu’une présomption) Le phénomène de changer de couleur selon les circonstances échoit en général aux caméléons et non aux équidés.
Je ne parlais pas évidemment de la couleur de sa robe qui était blanche, mais de son état d’ébriété.
 Sa démarche semblait hésitante. Il renâclait tout en retroussant sa lèvre supérieure, découvrant ses dents, colorées par le jus de la vigne.
 Si le proverbe dit : « Monter à cheval enivre comme le vin » quoi dire alors si le cheval était déjà ivre ?
Le moment était venu de faire la pause déjeuner. 
Il va sans dire que l’on ne devait prier personne d’avoir l’amabilité d’arrêter quelques instants le travail.
 C’était souvent le cas dans la campagne, ça saucissonnait et ça buvait sec.
 Incontinent, les bouteilles de vins ou de raki se faisaient allègrement déniaiser, tandis que l’on déshabillait les saucissons, éventrait les pastèques et pourfendait sans remords à l’aide de couteaux, les fromages à pâtes dures ou molles qui s’offraient aux sacrifices de l’appétit des estomacs, dont ils fallait remplir l’apparent état de vacuité dans lequel ils étaient depuis le matin. Sans oublier les côtelettes d’agneaux, les œufs durs, les salades de tomates, le raisin à profusion et bien entendu à discrétion.
Comme c’était l’été, et que le soleil était à son apogée, il n’y avait pas de contre- indication à faire une bonne sieste avant la reprise du travail.
C’est alors, que je vis Yannis revenir de sa balade sur son fier destrier.
Bonjour Christos, ça te dirait de faire un peu d’équitation ?
Je lui répondis, pourquoi pas ? Mais, je n’ai jamais été à cheval de ma vie ! ajoutai je.
 Oh, ce n’est guère difficile, tu verras, je te montrerai, me dit il.
 Croyez moi on ne s’improvise pas cavalier, vous allez savoir pourquoi, lorsque je vous aurai raconté ma chevauchée fantastique.
Le plus dur ce n’était pas de mettre le pied à l’étrier, mais de pouvoir avec son autre jambe accéder à la selle. Yannis me poussait dans le dos pour arriver en haut, tout en me retenant, craignant sans doutes que je ne retombe de l’autre côté.
 Le cheval poussait de petits hennissements, hi hi hiii hiiii, qui semblait être sa façon a lui de se foutre de ma tête !
Ok, Christos, va donc faire un petit tour, mais pas trop longtemps car il y a du travail  qui attend ! Me recommanda Yannis.
Nonobstant, j’étais en haut de ma monture pour mon premier baptême équin.
Je vous disais au début, l’aspect bonasse et inoffensif de cet animal.
J’allais apprendre par la suite le vrai caractère de ce cheval.
Au commencement, tout allait comme sur des roulettes ou plus vraisemblablement, comme sur des sabots. Il marchait au trot, puis au pas plus rapide et même au galop.
 J’avais le sentiment grisant de piloter une mécanique et qu’il me suffisait de faire un seul geste pour passer les vitesses.
(Moi qui ne conduisait pas une mobylette, à peine un vélo !)
Par la suite, il devenait ardu de faire arrêter sa course insensée. Il ne répondait pas !  Je pestais contre lui en lui disait dans l’oreille que son père était un âne et sa mère probablement une vache (rapport à sa ventripotence)
L’idiot, c’était moi puisque j’étais inapte à me faire comprendre de cette bête.
 Enfin, il commença à ralentir, je poussai un ouf de soulagement et lui un lourd colis fumant et odorant tout en continuant de marcher.
Il semblait à présent revenu à de meilleurs sentiments. Je me disais en moi-même, qu’il suffisait d’avoir la situation en mains et pas seulement les brides.
Ensuite, je descendis du cheval et allai l’attacher à un arbre dans une prairie.
C’est quand j’ai voulu le rechercher que tout se compliqua à nouveau.
La corde s’était détachée. A mesure que je m’approchais de lui, il cavalait d’un autre coté. Il se laissait ainsi presque prendre, mais au dernier moment, comme par jeu, il se débinait et allait trottiner plus loin.
C’est avec ruse, que je réussissais  à reprendre les rênes.
 En lui donnant un bon gros paquet d’herbe bien tendre et en suppliant,  allez sois gentil, tiens je t’apporte ceci, t’es un brave cheval, etc.…
Mais les péripéties étaient loin d’être terminées. Un coup d’œil sur ma montre, m’indiquait qu’il était temps que je prenne le chemin des vignes.
Seulement voila, à présent que j’étais à nouveau sur ma monture, cette rosse refusait que je descende. Il faisait exprès de ralentir et dès qu’il sentait que je voulais mettre pied à terre, il redémarrait aussitôt !
Il m’avait ainsi tourné en bourrique. ( chacun son tour !)
Cela devait faire trois heures que j’avais pris le départ de cette folle chevauchée.
Finalement, j’aperçu Maria la femme de Yannis qui vint vers moi.
(encore heureux que le hasard à voulu qu’elle fut précisément sur la même route.)
 Eh bien dis donc où était tu passé ? Nous t’avons cherché partout ! Me  disait-elle. Je lui expliquai mes déboires de modeste cavalier.
 Mes exploits équestres fut, ne doutez pas un instant, la risée de tout le village.
Le soir au caféneion, les éclats de rire fusaient de partout.
 Bien sûr, je rigolais de bon cœur avec eux.
(Je subodore même que dans le coin de son écurie, le cheval devait faire pareil en pensant à cette histoire) ( FIN DU BILLET)    / N : 2 /           Hélios* : Le dieu Soleil dans la mythologie
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  1. Ha, Ha les plaisirs équestres ! J\’en connais aussi un bout ! comme toi, je pensais qu\’il était doux comme un agneau !!!!! folle randonnée à travers toute la dune et ….. à cru …. je ne te dis que ça !!!!!!! j\’en ai pris pour mon grade et mon derrière aussi !

  2. EN TOUS LES CAS, ON NE POURRA PAS DIRE QUE TU NE LES AS PAS FAIT RIRE LES VILLAGEOIS  !
    JE SUPPOSE QU ILS PARLENT ENCORE DE TOI AU CAFENEION EN ECLUSANT MOULT RAKIS 
    ENCORE MDR A L EVOCATION DE TES EXPLOITS !
     
    GROBISOUXXXXXXXXXXXXX
     
    BRIGITTE.

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