Ma maison à Epano-Episkopi

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Souvenirs de ma maison à Epano-Episkopi en Crète.

L’endroit où je demeurais à Epano-Episkopi, n’était pas à proprement dire une maison, mais une grande pièce servant de débarras pour les machines agricoles.
Yourgo ‘Caféneion’ me l’avait prêté aimablement.
Le premier jour où je pris possession de mon logis, il fallut enjamber un gros motoculteur qui barrait le chemin.
Des sacs d’engrais étaient couchés sur le lit.
L’odeur de la machine imprégnait le lieu à l’instar d’un garage.
Par terre, posé sur du papier journal,
se trouvait le moteur d’une moto, tout gluant d’huile et de cambouis.
Les longues toiles de  poussière qui collaient au plafond imploraient le passage d’un balai. Il n’y avait pas d’électricité, ni d’eau.
A l’aide de Yourgo et de son père, nous avions exproprié le matériel agricole obsolète ainsi que les débris de la moto.

Idem, les sacs d’urées et de phosphates qui encombraient le lit.
Tantôt, je t’amènerai une lampe à pétrole, un balai, et puis un seau et des couvertures, me précisa Yourgo.
Dehors, il y avait une sorte de gros tonneau qui recueillait l’eau de pluie.
Je me servis de cette eau  stagnante mais relativement propre pour laver le sol.
J’avais réussi à rendre cette demeure tout à fait viable et agréable.
Une vigne était adossée contre le mur et une partie de pampre dépassait de la fenêtre, formant ainsi un brise-vue naturel qui donnait un aspect charmant et bucolique.
C’est dans cet endroit, en m’éclairant à la lampe à pétrole, (je me serais cru au temps du Far- West) que j’avais dévoré de mon plus bel appétit littéraire, le livre de Hans Georg Wunderlich : The  secret of Crete.
J’étais ébloui et fasciné par cette lecture et me mettais à rêver.
Allais- je faire de grandes découvertes à l’instar de Wunderlich ou même d’Arthur Evans ?  Surtout que Yannis, m’avait narré des histoires mi sérieuses mi fantastiques, relatant l’exhumation inopinée de la tombe d’un guerrier, dont le masque funéraire était en or massif , entouré d’un tas de joyaux, de vases, et d’autres objets tous très bien conservés.
Dans quel pourcentage se situait la vérité et où commençait la légende ?
Ne confondait-il pas avec les masques d’or trouvés à Mycènes dans le Péloponnèse ?
La vérité se cachait-elle au fond de son verre de raki ? et non dans le tréfonds d’une improbable grotte ?
Prétendument, que certains trésors dormaient encore quelque part dans une caverne, ou un labyrinthe, et qu’il suffisait d’en dénicher l’entrée, pour un jour devenir riche et célèbre.
Notre expédition dans l’une d’elle, tourna court.
Je pensais en particulier à la grotte aux brebis de Yannis, où nous avions cru suffoquer d’angoisse lorsque nous nous étions retrouvés piégés dans les entrailles de la terre.
(pour ne pas perdre la face, aucun de nous n’aurait avoué la peur aussi légitime soit-elle, qui nous avait cernés de ses bras invisibles et froids)
Le craquement soudain, puis le jaillissement d’une frêle lumière provoquée par une allumette que Yannis avait fait surgir entre ses doigts, avait paru alors à nos yeux comme un phare nous guidant à bon port vers la sortie.
Une autre fois, nous étions retournés dans cette fameuse grotte, dûment munis de torches électriques, pour ne pas refaire l’expérience de nyctalope. (nyctalope ? restons polis !)
Sans le savoir, dans notre première tentative, nous étions arrivés au terme de cette excavation.
Le creusement du tunnel s’arrêtait net devant la paroi rocheuse et ne menait nulle part.
Nous avions déployé un plus grand trésor d’imagination que ne pouvait contenir cette caverne. C’était de notre imaginaire que nous étions les plus riches.
La réalité était aussi patente et désespérément dure que cette roche qui nous barrait le chemin. Quand même, quelles raisons avaient poussés des hommes à construire un tel souterrain qui  apparemment ne servait à rien ?
Nous sûmes la vérité lorsque nous revînmes au village.
Nul n’avait entendu parler d’un quelconque trésor caché dans cette caverne.
Un vieux du village se souvenait que pendant la guerre, ce souterrain avait été choisi pour servir de poudrière et probablement cacher des canons et des armes.
Et que cette excavation avait aussi été utilisée par les palikares* comme cachette, durant la guerre de l’indépendance contre les turcs.
Personne ne pouvait dire avec précision, quand cet ouvrage avait été crée.
Nous fûmes un peu déçus de la disparition ,ou plus précisément de la »non réalité » du trésor.
Alors, nous nous consolâmes avec un peu de vin. (qui aimait tant faire la glissade dans nos gosiers).
N’allez pas croire non plus que toute cette histoire nous avait rendu tristes comme une pierre….. précieuse ?
Les plus belles richesses de la Crète étant, les abondants oliviers, l’air pur, l’accueil de ses habitants, les innombrables fleurs, le soleil etc.…

Palikares* = soldats grecs qui combattirent durant la guerre de l’indépendance de la Grèce (1821-1830 )

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Une réponse "

  1. Dans ton récit,je retrouve la douce lenteur du temps; tu sais quand il fait trop  chaud et que là-bas, ces heures là, on ne voit personne sauf les touristes !
    Et si tu retournais dans cette caverne, regarder d\’un peu plus près ….. peut-être que tu trouverais …..??

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