Péripéties crétoises 29

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Au village de Agios-Spiridon.

Encore un jour d’un soleil fou qui s’insinuait partout jusque dans Les moindres recoins où subsistait encore un peu d’ombre.
Dans ma maison, une agréable brise, tel un délicat voile de gaze parfumé, virevoltait dans la pièce, amenant un peu de fraîcheur. C’était dimanche.
Tôt le matin, j’avais aidé Marina ma voisine, ainsi que d’autres dames à nettoyer le chemin qui menait à l’église, en y enlevant les mauvaises herbes, les chardons, et les ronces épaisses et dures comme du bois.
 Il y allait avoir une procession, (pour je ne sais plus quel saint) et donc nous voulions que les villageois puissent traverser sans encombres.
Le sentier passait juste derrière chez moi. Je trouvais logique et sympathique de donner un coup de main.
Après ce petit boulot, pour me détendre, j’avais mis un peu de musique en ouvrant bien ma porte, pour que les sons s’éparpillassent dans la nature.
La symphonie inachevée de Schubert s’évanouissait ainsi dans les effluves estivales se mêlant aux chants des abeilles et des grillons.
Par la suite le pope arriva suivi de plusieurs villageois dont quelques uns portaient une grande icône posée sur une sorte de coussin en velours rouge.
Par respect et discrétion, je diminuai un peu la musique. (pas trop quand même !)
Certaines femmes du village suivaient la procession silencieusement, scrutant le regard du pope pour deviner la pensée de notre brave homme.
 Papa Nikoli, resta imperturbable malgré les commentaires que l’on susurrait dans les oreilles cléricales et qui concernait certainement, la musique profane qui jouait en ce moment.
Il souriait tout en haussant les épaules.
Voyez vous, je ne cherchais pas à faire de la provocation gratuitement.
 J’écoutais ma musique sans vouloir perturber leur cérémonie.
Notre curé en avait vu d’autres.
 Comme ce fameux soir où  Yannis et moi, avions écouter Maria Callas au cimetière dans une magistrale interprétation D’ Orphée et Eurydice.
 Je précise que cela se passait vers 1988 et donc, ce n’était pas un concert live (concert live ? c’est de l’humour anglais ça !) avec la diva* en chair et en os…..
 Quoique la danse macabre par Camille St Saëns, paraissait plus indiquée pour un tel lieu.
 Ce soir là, ce n’était plus frôler l’esclandre que nous avions fait, mais carrément l’emboutir de plein fouet.
Après cet intermède musical que je vous décrivais au début et subséquemment la procession qui passait juste sous ma fenêtre, Je me préparai à cueillir des légumes sauvages.
En l’occurrence des copanidès* qui ressemblaient à des petits pois et que l’on trouvait en général en dessous des oliviers.
 Il existait également des stations dont je connaissais très bien l’endroit.
En sortant, il y avait un hémicycle de chats entourant ma maison. 
 Souvent, ils venaient quémander un peu de nourriture.
 Ils avaient pris cette habitude lorsque ayant acheté des sardines à un pêcheur pour quelques drachmes, je m’étais mis à faire une distribution à ces infortunés félins.
 Il fallait entendre leurs ronronnements de contentement, ça faisait plaisir à voir.
Par la suite, ils suivirent la trace du sillage odorant des poissons jusqu’à mon domicile.
 Vraiment ils avaient trouvé le bon patron et la bonne place qui allait avec !
Quand je faisais mon tour dans la campagne, j’avais pour usage de laisser tout ouvert chez moi.
Je bloquais ma porte avec une grosse pierre pour éviter les coups de vent.
La dite pierre appartenait en fait au linteau de la porte.
 Un jour revenant d’un de mes multiples périples dans le voisinage, je l’avais trouvé gisante par terre juste sur le seuil.
 En levant ma tête, je vis alors le trou manquant dans le haut de la porte.
 C’était impressionnant ! En pensant qu’elle aurait pu choir précisément au moment où je m’apprêtai à sortir ! Si des pierres commençaient à tomber à l’intérieur, imaginez le topo, je n’allais pas vivre en
permanence avec un casque de chantier sur la tête !
 La maison était vieille et le plancher tellement usé et espacé, qu’il aurait suffit que j’allume une lumière en bas pour que je puisse voir clair dans la pièce du haut également !
Encore heureux, que cela s’était produit durant mon absence.
 Car si j’avais été là pour réceptionner la pierre sur ma pauvre tête, à l’heure qu’il est, je serai peut être encore absent ! Qui sait ?
Mais le pire était derrière moi. 
 Pendant quelques temps, au début de mon installation au village , j’avais reçu à titre gracieux, une autre demeure qui était située en peu plus bas  sur ce sentier que les autochtones empruntaient pour se rendre à l’église du bas ou tout simplement rejoindre leurs potagers.
La maison appartenait à Yourgo le berger.
 La vétusté du lieu ne manquait sans doutes pas de charme, mais dans les cas de fortes pluies, la maison n’était plus très étanche et devenait incontinente.
Je devais disséminer des seaux et des bassines, partout dans les pièces.
Un jour revenant comme de coutume d’un de mes tours favoris en cette charmante contrée crétoise. Je vis Yourgo venir à moi, l’air embarrassé.
Il me dit tout en se raclant la gorge…Hum, hum, mon cher Christos , je dois t’annoncer une mauvaise nouvelle ! Figures toi qu’une partie de la toiture de ta maison s’est effondrée !
En effet, un gros orage s’était abattu d’une manière tonitruante.
 J’avais en outre évité de justesse les copieuses ondées en allant m’abriter au caféneion.
Dans le coin, il ne pleut pas souvent, mais quand ça arrive vous en avez pour votre argent ! 
 Je me souviens de certaines tempêtes qui parvenaient à  arracher des parcelles de terre avec des arbres que l’on retrouvait au milieu de la route.
Mais présentement, nous étions en plein été et la météo restait en général plutôt stable avec une prédilection pour le beau fixe.
 Je disais tout à l’heure, que j’étais en partance pour aller rejoindre mes endroits favoris.
 Les belles stations de fleurs, les orchidées, les anémones et d’autres fleurs encore que je ne connaissais pas, et bien sûr de succulents légumes sauvages que la nature m’offrait gracieusement.
 Diva : Maria Callas est née à New York en 1922 et décédée à Paris en 1977
Copanidès : nom local du tétragonolobe qui est une sorte de légume sauvage .

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