Archives Mensuelles: juillet 2008

Suggestion de livres (3)

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Voltaire   (1694-1778)

Voir une présentation succincte du Dictionnaire philosophique.

"Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? Ce sont d’ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques, et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent à ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goûter les joies du paradis à des imbéciles, et qui leur promettait une éternité de ces plaisirs dont il leur avait donné un avant-goût, à condition qu’ils iraient assassiner tous ceux qu’il leur nommerait."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Toute secte, en quelque genre que ce puisse être, est le ralliement du doute et de l’erreur.
Scotistes, thomistes, réaux, nominaux, papistes, calvinistes, molinistes, jansénistes ne sont que des noms de guerre.
Il n’y a point de secte en géométrie ; on ne dit point un euclidien, un archimédien.
Quand la vérité est évidente, il est impossible qu’il s’élève des partis et des factions. Jamais on n’a disputé s’il fait jour à midi."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Redisons tous les jours à tous les hommes : "la morale est une, elle vient de Dieu ; les dogmes sont différents, ils viennent de nous"."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Pourquoi Dieu ferait-il un miracle ? Pour venir à bout d’un certain dessein sur quelques êtres vivants ! Il dirait donc : "Je n’ai pu parvenir par la fabrique de l’univers, par mes décrets divins, par mes lois éternelles, à remplir un certain dessein ; je vais changer mes éternelles idées, mes lois immuables, pour tâcher d’exécuter ce que je n’ai pu faire par elles." Ce serait un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance. Ce serait, ce semble, dans lui la plus inconcevable contradiction."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Or l’histoire du déluge étant la chose la plus miraculeuse dont on ait jamais entendu parler, il serait insensé de l’expliquer : ce sont des mystères qu’on croit par la foi ; et la foi consiste à croire ce que la raison ne croit pas, ce qui est encore un miracle."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Ceux qui fortifient leurs raisonnements par la science vous diront que les Pères de l’Église ont avoué souvent eux-mêmes qu’il ne se faisait plus de miracles de leur temps. Saint Chrysostome dit expressément : "Les dons extraordinaires de l’esprit étaient donnés même aux indignes, parce que l’Église avait besoin de miracles ; mais aujourd’hui ils ne sont pas même donnés aux dignes, parce que l’Église n’en a plus besoin." Ensuite il avoue qu’il n’y a plus personne qui ressuscite les morts, ni même qui guérisse les malades."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Un gouvernement théocratique ne peut être fondé que sur des miracles ; tout doit y être divin. Le grand souverain ne parle aux hommes que par des prodiges ; ce sont là ses ministres et ses lettres patentes."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Pourquoi existe-t-il tant de mal, tout étant formé par un Dieu que tous les théistes se sont accordés à nommer bon."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"La religion naturelle a mille fois empêché des citoyens de commettre des crimes. Une âme bien née n’en a pas la volonté ; une âme tendre s’en effraye ; elle se représente un Dieu juste et vengeur. Mais la religion artificielle encourage à toutes les cruautés qu’on exerce de compagnie, conjurations, séditions, brigandages, embuscades, surprises de villes, pillages, meurtres. Chacun marche gaiement au crime sous la bannière de son saint."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"À la honte des hommes, on sait que les lois du jeu sont les seules qui soient partout justes, claires, inviolables et exécutées. Pourquoi l’Indien qui a donné les règles du jeu d’échecs est-il obéi de bon gré dans toute la terre, et que les décrétales des papes, par exemple, sont aujourd’hui un objet d’horreur et de mépris ? C’est que l’inventeur des échecs combina tout avec justesse pour la satisfaction des joueurs, et que les papes, dans leurs décrétales, n’eurent en vue que leur seul avantage. L’Indien voulut exercer également l’esprit des hommes et leur donner du plaisir ; les papes ont voulu abrutir l’esprit des hommes."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Presque tout ce qui va au-delà de l’adoration d’un Être suprême et de la soumission du coeur à ses ordres éternels est superstition."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Remarquez que les temps les plus superstitieux ont toujours été ceux des plus horribles crimes."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Et qu’est-ce donc que le sang d’un saint Janvier que vous liquéfiez tous les ans quand vous l’approchez de sa tête ? Ne vaudrait-il pas mieux faire gagner leur vie à dix mille gueux, en les occupant à des travaux utiles, que de faire bouillir le sang d’un saint pour les amuser ? Songer plutôt à faire bouillir leur marmite."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Qu’est-ce que la tolérance ? C’est l’apanage de l’humanité. Nous sommes tous pétris de faiblesses et d’erreurs ; pardonnons-nous réciproquement nos sottises, c’est la première loi de la nature."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Mettons à la fin de presque tous les chapitres de métaphysique les deux lettres des juges romains quand ils n’entendaient pas une cause : N.L., non liquet, cela n’est pas clair."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Je conclurai que je dois me méfier à plus forte raison de toutes mes idées en métaphysique ; que je suis un animal très faible, marchant sur des sables mouvants qui se dérobent continuellement sous moi, et qu’il n’y a peut-être rien de si fou que de croire avoir toujours raison."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Je pense avec vous que le fanatisme est un monstre mille fois plus dangereux que l’athéisme philosophique. Spinoza n’a pas commis une seule mauvaise action : Chastel et Ravaillac, tous deux dévots, assassinèrent Henri IV."
(Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Non, si vous voulez rendre la religion chrétienne aimable, ne parlez jamais de martyrs ; nous en avons fait cent fois plus que les païens."
(François-Marie Arouet, dit Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
"Guerre : Le merveilleux de cette entreprise infernale, c’est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain."
(François-Marie Arouet, dit Voltaire / 1694-1778 / Dictionnaire philosophique)
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 DEVEREUX Georges, Femme et mythe, Flammarion, 1982
réédition en Champs – Flammarion, 1988
 
Suite d’essais consacrés à la mythologie de la Grèce antique, cet ouvrage de Georges Devereux présente un certain nombre de développements très originaux sur les Amazones ; il convient cependant de souligner dès l’abord qu’il s’agit d’un travail qui vise à renouveler l’approche psychanalytique classique des phénomènes culturels.    
 ( extrait ci dessous)
"Les fils des Amazones et Héphaïstos"
Chapitre 5, "Les enfants parthénogéniques d’Héra célibataire".
Georges Devereux trouve de nombreuses similarités entre le mythe d’Héphaïstos et la légende concernant les Amazones ; il précise "dont le modèle est certainement le mode de vie des cavaliers nomades de la steppe". Cette hypothèse formulée, l’auteur trouve nombre d’éléments qui, selon lui, la corroborent. Ainsi il rapproche le fait qu’Héphaïstos était boiteux et la mutilation que font subir à leurs fils les Amazones. "Son amoindrissement corporel le subordonne à jamais aux femmes qui détiennent tous les pouvoirs" (p. 177)
Il poursuit (p. 192) : "Revenant aux Amazones, je rappelle qu’elles étaient censées estropier les jambes de leurs fils et qu’elles affirmaient que les boiteux étaient des amants ardents". Pour lui, il faut mettre en relation cette manière d’estropier les enfants et la cécité infligée par les Scythes à leurs esclaves…
Il résume ainsi les Affinités d’Héphaïstos avec les fils des Amazones (p. 198-199)
" a) Selon une tradition, Héphaïstos a été conçu avant le mariage de ses parents. Les Amazones devenaient enceintes au cours d’une simple passade.
b) Ni Héphaïstos, ni les fils des Amazones n’ont de père sociologique
c) Les jambes (pieds) tant d’Héphaïstos tant que des fils des Amazones sont estropiées
d) Les deux vivent dans la dépendance de "mauvaises mères"
e) Les deux sont artisans, forgerons et, surtout, armuriers
f) Le régime "matriarcal" préhéllénique que le mythe d’Héphaïstos semble présupposer, paraît avoir des affinités avec celui que les Grecs attribuaient aux Amazones mythiques."

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Jean-Pierre Vernant, L’Univers, les Dieux, les Hommes
récits grecs des origines

éd du Seuil, 1999. Poche (Points) 2002.   §§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§§

Voici encore trois livres que j’ai sélectionné.
Le premier c’est : Le dictionnaire de Voltaire. La première fois que j’ai lu Voltaire, c’était quand je séjournais en Angleterre. Je l’ai tout de suite aimé pour sa franchise et puis aussi pour une certaine forme d’ironie libertaire. N’hésitez pas à fréquenter Voltaire ( son nom de plume viendrait de la contraction du mot "volontaire" )Et il se portait volontaire pour dénoncer toutes sortes d’abus. Il préfigure également le siècle des lumières.
Le second c’est : le fameux essai sur le mythe des Amazones , la société matriarcale archaïque etc… Ouvrage remarquablement mené par Devereux.
Et pour le dernier livre j’ai choisi celui de Vernant sur l’explication des mythes. Voici enfin un livre qui vous donnera la bonne clé qui ouvrira la bonne porte vers une compréhension claire et intelligente
Vernant vous aidera à débroussailler tout cela.
Un ouvrage indispensable pour comprendre toute la vraie dimension, la vraie mesure des mythes Grecs anciens.

Péripéties crétoises 34

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Lorsque je vis pour la première fois Manoli, le père de Yourgo, mon impression ne fut guère encourageante.
Il me donnait le sentiment de m’ausculter, de me juger de son regard.
Il marmonnait, grommelait entre ses dents.
Où l’as  tu trouvé ? disait-il à son fils d’un air morose et contrarié.
 Parler de la sorte comme si j’étais un objet quelconque est une chose fort désobligeante, mais je me taisais pour l’instant, car j’étais déjà très content d’avoir pu trouver du travail.
 Je n’allais pas faire le fier, ou cracher dans la soupe avant de l’avoir consommé.
C’est un brave gars qui travaillait en bas dans le village de Epano-Episkopi et qui cherchait du boulot dans la région, (Nous étions en pleine période du gaulage des oliviers) rétorquait Yourgo, tout en se tournant vers moi en me faisant un clin d’œil comme pour me rassurer.
Ouais, bof, encore un étranger qui va nous bousiller nos arbres, et que faisait-il à Epano-Episkopi ? Demandait-il à son fils.
Oh, un peu de tout, des travaux de ferme etc.….
J’ai travaillé également aux vendanges pour madame Maria et son mari Yannis me permettais- je d’ajouter.
 Cette façon qu’avait les gens de parler de vous à la troisième personne et en votre présence, m’exaspérait au plus haut point.
Souvent, j’avais été confronté à des situations pareilles.
Tu en as encore pour longtemps avec ton ouvrier ?
Car j’ai besoin de lui dans deux jours, combien tu le payes ?
 Cela se passait comme si j’étais une quantité négligeable.
 Soit les gens pensaient que je ne comprenais pas suffisamment le grec pour qu’ils ne se donnassent pas la peine de m’adresser la parole.
(Oui, je suis doué de la parole, savez vous, et je sais même lire et compter, promener le chien et faire les courses, ha ha ha !)
Puis s’adressant enfin à moi, il me dit : Ah bon ? Tu as bossé au village en bas ? C’est parfait mon garçon.
 Montre moi tes mains pour que je puisse lire si tu as bien travaillé !
 Bien sûr on n’achète pas un sac dans un chat à moins que cela soit le contraire !
 Fallait qu’il fasse une bonne affaire et que je puisse convenir.
 Peut être aurait-il du également jeter un coup d’œil sur ma dentition, c’est ainsi que l’on repère les vieilles ganaches hors d’usage !
 Voyez vous j’extrapole, nous n’en étions pas là, heureusement !
Ouais, ça peut aller, faudra encore m’endurcir tout cela ! Plaisantât-il, après avoir pris ma main en y jetant un regard furtif.
On mesurait le courage d’un homme par les callosités de la main qui s’étaient imprimées dans la chair. Et la dureté des cals, la profondeur des sillons gravés était comme une carte dont la lecture racontait toute l’histoire.
Apparemment je n’avais pas la main trop tendre.
 (Jadis, au Far West par exemple, les pieds tendres, ou les mains c’est pareils, étaient portés sur un rail couverts de goudron et de plumes. La coutume depuis lors fut tombée en désuétude !)
Mais en Crète les gens sont accueillant et les seules plumes seront celles du poulet que l’on aura déplumé expressément pour vous.
Nulle crainte à avoir. Et lorsque vous aurez topé dans la main rugueuse et bienveillante de votre afendiko, il n’y aura que votre parole qui comptera.
 La véritable valeur de votre qualité d’homme intrinsèque se trouvera dans la parole donnée et dans votre capacité d’affirmer votre caractère.
Mais «  La main à la plume vaut la main à la charrue » comme disait fort bien Notre aimable Rimbaud.
Ayant passé l’examen avec fruits, je devais à présent prouver de quoi j’étais capable.
 Les fruits en l’occurrence étaient ceux des oliviers et la saison battait son plein.
 Mon cœur battait de joie également, à savoir que j’étais accepté pour ce travail.
Le père de Yourgo était loin d’être un homme méchant. 
 Je dois dire que le courant était bien passé entre nous, même si parfois cela provoqua des étincelles par la suite.
Les rapports humains étant parfois compliqués.
C’était un monsieur d’une soixantaine d’années ayant des problèmes de cœur et qui était atteint de diabète. Malgré tout cela, il ne souffrait pas d’une tendinite au poignet l’empêchant de lever son verre. (si vous voyez ce que je veux dire)
 Il aimait boire son petit cognac au caféneion chez Panayota.
Pour une raison que j’ignorais, vous savez les petites guéguerres de villages ne me concernant pas, il n’allait jamais au caféneion d’Euripide, pourtant plus proche de chez lui.
En passant devant son bistro, Manoli se tournait vers moi en me disant : Regarde le donc, il est comme une araignée au fond de sa toile !
 Et moi de rigoler en voyant Euripide assis dans la pénombre de son caféneion.
Comme il ne bougeait pas, on aurait vraiment dit qu’il attendait patiemment la venue de sa proie potentielle ! Ajoutez à cela, les toiles de poussières de son vieux bistro et le tableau était complet.
Par contre, Kalliopi la femme de Manoli, était toute effacée à côté de lui.
Très croyante, elle n’oubliait jamais d’allumer de petites chandelles devant l’icône du Christ et de la vierge Marie.
Il y avait ainsi une multitude de cierges un peu partout et quand son mari osât un jour allumer son cigarillo à la flamme de l’un deux, ce fut tout un drame, un blasphème.
 Cette brave Kalliopi était confite en dévotion et acceptait toutes les frasques de son mari avec une inaliénable et ineffable patience.
Je ne l’ai jamais vu se mettre en colère ou même dire un mot plus haut que l’autre.
 L’ensemble de sa personne respirait la sérénité et la gentillesse
.Elle  menait un véritable sacerdoce.
En travaillant pour eux, je fus pour la première fois confronté à la Crète profonde et véridique ( ce qui est loin d’être péjoratif )
 L’arrière pays était encore peu touché par le tourisme et la vie s’écoulait au même rythme que les saisons et le raki….évidemment !
Je faisais partie intégrante du village, et la Crète me semblait comme un juste retour des choses. Comme si en réalité je n’avais jamais quitté ce pays.

Suggestion de livres (2)

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Voici trois livres que je conseille impérativement si on veut comprendre un peu mieux la Grèce et sa culture.
 Le premier : quoi dire d’autre de ce livre magnifiquement écrit par Michel Onfray. Sinon que je l’ai positivement "dévoré" Un vrai banquet de philosophie. Il faut non seulement nourrir l’esprit mais le corps également. A lire donc sans délais et sans modération.  C’est un livre de poche et donc le prix est très abordable.
Le deuxième : Voila du bon travail. C’est un livre qui vous rendra intelligent et puis qui vous rafraîchira la mémoire. Livre superbement écrit par Lacarrière ( que l’on ne présente plus ) Un de mes auteurs préféré. faites route ensemble avec Jacques et Hérodote. Vous ne perdrez pas votre temps. Aussi en poche prix
sympa.
Le troisième : INDISPENSABLE. édité dans la très bonne collection des "dictionnaire amoureux" par la maison Plon. ( prix 26 euros) Allez vite l’acheter nom de Zeus ! Un travail sans failles par Jacques Lacarrière ( de marbre de Paros ?)
Se lit comme un roman ou comme ouvrage de consultation avec de nombreuses entrées. Un vrai panorama de la Grèce d’antan mais aussi contemporaine.
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Péripéties crétoises 33

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Au village de Agios-Spiridon, j’étais souvent en grande conversation avec le pope Nikoli.
 Il avait une certaine autorité tempérée par un caractère placide.
Ce brave homme passait plus de temps au caféneion que dans son église.
Ce qui  est loin d être un reproche, au contraire c’est une façon de se rapprocher de ses brebis, de ses ouailles.
 (Ce qui veut dire la même chose étymologiquement parlant)
Il trônait au milieu de la place du village comme un inévitable monument.
Assis toujours à la même place, au bistro de Panayota, en sirotant son ouzo.
Un autre habitué du lieu, était Manoli le porcher.
Manoli possédait une porcherie dans le bas du village.
 Au début, le bruit que j’entendais au loin me faisait songer à celle d’une scierie en pleine activité. Ceux qui ont habités près d’un tel endroit, confirmeront.
Les cris stridents, aigus, des cochons se font entendre de loin. (idem ceux d’une scierie, lorsque le bois crie sous la morsure lancinante des scies, et si en plus il y a une porcherie à côté….Bonjour les décibels !)
C’est en cherchant vainement cette scierie que je suis tombé un jour, sur cet établissement.
 Le bâtiment était tout en longueur et bien entretenu.
Les animaux avaient de la paille fraîche en abondance pour leurs litières.
Chaque box était individuel.
 Au centre, un endroit plus large avait été aménagé pour ce qui semblait être le plus gros cochon de la porcherie.
 Sur la façade attenante à ce box, était  peint d’une manière très stylisée, une couronne.
 Manoli me disait que c’était pour le roi des cochons et qu’il devait par rapport aux égards dus à son rang, avoir suffisamment de place.
 Les appartements royaux si je puis dire, étaient attenants à ceux de sa truie et se communiquaient entre eux.
Vous descendiez plus bas et là vous trouviez la dernière maison du village juste à côté de l’église.
 (Il y avait en fait trois églises. une en haut près du caféneion de Panayota, le quartier général de Papa Nikoli. La petite chapelle du cimetière…. Vous savez ce fameux endroit où  s’était tenu un  concert d’opéra ! Et finalement celle dont je vous causait.
Trois églises, ce n’était pas si mal pour un village qui comptait en période creuse un maximum de trente âmes!)
 Dans cette modeste demeure vivait un couple de vieilles personnes qui ne possédait qu’un jardin et une poignée d’oliviers.
Leur fils travaillait comme fossoyeur pour la ville de Sitia.
Cet homme m’avait déjà proposé de venir travailler avec lui.
 Le fait de creuser des tombes ne me dérangeait pas particulièrement.
 Vu que j’avais un peu tâté du métier, mais j’en étais revenu dégoûté avec deux manches de pioches cassées à cause de la dureté du sol.
Pour que ma nomenclature des personnages fréquentant le caféneion soit complète, il ne faudrait pas que j’oublie, Yourgo le berger.
Avec la régularité d’une horloge, il venait à heure fixe prendre son élléniko*
en se raclant la gorge d’une façon particulièrement sonore.
Même si vous ne disposiez pas d’une montre, vous pouviez juger de l’heure qu’il était, rien qu’en entendant ses tonitruantes expectorations journalières et matinales.
 Il y avait Maria la femme du berger qui venait souvent le soir avec une autre Maria.
 Les femmes se tenaient dans un certain coin du bistro, en jetant de temps à autre un coup d’oeil à leur mari respectif tout en étant occupées à faire de la broderie ou du crochet.
 Le clan des Maria surveillant sans en avoir l’air, le clan des Yourgo….
.Et hop ! Un point à l’endroit et puis un point à l’envers, et un regard furtif sur l’amoncellement des carafes de raki et les monticules de Mézzé  qui grossissaient à fur à mesure de l’avancée de la soirée
  Bon ,Yourgo ça suffit on rentre ! Non ?  Encore cinq minutes disait-il évasivement.
 Les cinq minutes se muaient en quart d’heure et de quart d’heure en demie heure etc
Et si les cinq dernières minutes, rappellent pour certain le titre d’un feuilleton célébrissime où l’énigme était résolue endéans le temps imparti, le cadavre ou le coupable étant découvert cinq minutes avant la fin du film.
Les seuls cadavres en l’occurrence que l’on découvrait dans le caféneion étaient ceux des bouteilles de raki…..et ce n’était pas un crime à ce que je sache de tremper ses lèvres dans ce doux nectar !
Pour finir, cette liste non exhaustive, je vous dirai deux mots concernant Yourgo, du village de Néa-Pressos qui venait souvent boire son coup chez Panayota.
Encore un Yourgo de plus à ajouter dans ma collection.
 C’était un petit bonhomme rondouillard et très rigolo qui circulait sur une vieille moto qui fumait et pétaradait sans cesse .(la moto bien sûr, pas Yourgo,)
Vous l’entendiez venir de loin.
 En le voyant vous aviez l’impression d’apercevoir une sorte de gros bourdon velu.
 A cause du bruit de sa moto mais aussi par rapport à son aspect général.
Il enlevait son casque antédiluvien et puis ses grosses lunettes comme celles d’un aviateur et se mettait à chanter de vieilles chansons turques ou alors esquissait un pas de danse.
 Comme il revenait fréquemment de Sitia, distant d’une bonne vingtaine de kilomètres, il avait du souvent faire le plein de…raki, avant d’atterrir au bistro du village !
A Néa-Pressos, ils dorment tous comme des poules disait-il par dépit.
Et puis ils ne boivent que de la tisane, si ce n’est pas malheureux !
Il terminait souvent la soirée chez nous.
 D’autres clients fréquentaient le caféneion de Panayota. Pour l’excellence du mézzé mais aussi parce que c’était le bistro qui fermait le plus tard dans les parages (surtout les samedi soir) 
 Une autre fois, je vous parlerai du caféneion du haut, chez Euripide et Maria où l’on ne buvait pas non plus de la verveine ou de la camomille.
 Quoique certains soirs, j’aimais malgré tout boire un thé, un tsaî touvounou* avec une bonne cuillerée de miel.
Elléniko : c’est le café grec par excellence qui se boit soit : skéto (sans sucre)
Métrio (un peu sucré) et gliko 😦 bien sucré)
Tsaï touvounou : qui veut dire: thé de la montagne. Constitué de plantes aromatiques. Avec du miel c’est excellent.

Suggestion de livres

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DANS LES MONTAGNES DE GRECE RANDO TREK > RANDONNEE

GRECE ET CRETE > 23.00EUR
Loin des grands itinéraires touristiques, iil existe une autre manière de voyager et d´aller à la rencontre d´un pays: la marche permet de découvrir une Grèce riche en traditions populaires, dans une nature encore sauvage. L´auteur présente un choix d´itinéraires variés et accessibles à tous, sur un ou plusieurs jours. Il les décrit techniquement, tout en donnant d´intéressantes informations sur la faune, la flore et l´équilibre biologique souvent menacé, ainsi que sur la mythologie, l´histoire, les légendes et les coutumes d´un pays qui fut le berceau de notre civilisation. Toute randonnée est ainsi intégrée dans un paysage que le marcheur apprend à regarder différemment. Secteur: Grèce et Crète.

éditeur :OLIZANE- date d’édition : 09-1996 – auteur(s) : TSIPIRAS CONSTANTIN
taille : h 21.00 cm / l 15.00 cm – poids : 370.00 g
langue :FRANCAIS – nb de page :272
code barre :9782880861636 – isbn :2-88086-163-2

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                                                                    Editions : ESTATHIADIS

                                                                  

Fleurs Sauvages de Crete (Wild Flowers of Crete)
 

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   EDITION :  José Corti                                                           2007
Isbn 978-2-7143-0934-1
30 €

Collection Merveilleux
N°31

    Vintzentzos Cornaros, Érotokritos

     Ouvrage édité en collaboration avec
       l’Atelier Européen de la Traduction,
       traduit du grec par Robert Davreu,
       Collection Merveilleux n°31.

     Chanson de geste crétoise en cinq parties ou chants de plus de dix-mille vers, écrite au XVII° siècle, peu avant que la Crète, après une résistance farouche, ne passe sous la domination turque, l’EROTOCRITOS est, non seulement pour la Crète, mais pour la Grèce, un poème fondateur, à la fois populaire et nourri de culture savante. Son auteur, Vitzentzos CORNAROS, noble crétois ou vénitien, est manifestement l’héritier de la tradition lyrique des troubadours et des chansons de geste françaises et italiennes, et son œuvre se situe dans l’immense mouvement de translation créatrice en langues vulgaires de ce qui constitue le fonds de la culture et de la civilisation occidentale, à la fin du Moyen-Age et durant toute la Renaissance. Ce qui est cependant remarquable, c’est que cette œuvre écrite ait été jusqu’à nos jours relayée par la tradition orale, au point que de larges passages en sont connus par cœur par de simples paysans, aussi bien que par des universitaires, et que les membres de toutes les couches de la société semblent se reconnaître et communier en elle. Il est de ce point de vue frappant de constater combien son rythme même – le vers iambique de quinze syllabes – a imprégné la diction et le phrasé de la langue communément parlée. Tous les grands poètes grecs, de Solomos à Séféris, ont célébré ce poème et dit ce qu’ils lui devaient.

   Que ces dix-mille vers n’effraient pas : il conte les amours contrariées d’Erotocritos pour Aréthuse, fille de roi. Lui sera exilé, elle sera emprisonnée. Sur fond de tournois de chevalerie, de combats héroïques, et de métamorphoses jusqu’aux retrouvailles, ce long poème aux accents raciniens, se lit comme un roman de cape et d’épée.

     Cette traduction, sous l’égide de l’Atelier Européen de la traduction et de la Scène Nationale d’Orléans, s’est faite à partir du texte grec, tel qu’il a été établi et annoté par Stylianos ALEXIOU. Elle est le fruit d’un collectif qui réunit trois personnes, Louisa MITSAKOU, Klairi MITSOTAKI et Constantin BOBAS, grecques de langue et d’origine –dont une crétoise – aux compétences multiples et reconnues, ainsi qu’un poète et traducteur français, Robert DAVREU qui par sa formation, est à même de lire le grec et de reconnaître, sur le plan lexical et sémantique, l’étymologie (ce qui veut dire aussi nombre d’arrière-plans culturels et philosophiques) sous la langue du XVII° siècle. Ce dernier a été chargé, à partir d’un mot à mot rigoureux, de donner à lire et à entendre en français une version définitive qui, au-delà d’un document, soit un poème.
     Le texte est accompagné d’un DVD où il sera donné à entendre et à voir Erotokritos tel qu’il est chanté, aujourd’hui encore en Crète par les bergers (spectacle donné à Aghios Nikolaus en avril 2006

Du cercle les révolutions, ascension-et-déclin,
Et de la roue qui va, touchant tantôt le haut tantôt le fond ;
De l’heure les changements qui trêve ne connaissent,
Mais marchent vers le bien et vers le mal se hâtent ;
Des armes le fracas, la hargne et le fardeau ;
D’Amour l’empire et de l’amitié la vertu ;
Voilà ce qui, au tournant de ce jour, me presse
De recueillir et dire tout ce qu’ils accomplirent, et ce qu’il en échut
À une fille et à un jouvenceau qui l’un à l’autre se tissèrent
Dans un amour pur et sans faille.
Et quiconque fut du désir un temps le serviteur,
Qu’il vienne prêter l’oreille à tout ce qui est ici consigné,
Prendre exemple et conseil, se pénétrer à fond,
D’un pur amour qui jamais ne déçoive ;
Car à qui son désir sans malice poursuit,
S’il connaît au début le tourment, bonne est la fin promise.
Écoutez donc, et que comprenne qui le peut,
Afin qu’il sache ailleurs porter bonne parole.
Aux temps anciens, quand les Grecs gouvernaient
Et que leur foi n’avait ni socle ni racine,
En ce temps-là, au monde un amour fidèle apparut
Qui dans le cœur s’est gravé, ineffaçable à jamais ;
Et du désir, deux corps en tout honneur entrèrent en la fournaise.
Chère à ces jours lointains, une geste eut pour théâtre
Athènes, qui de la science dispensait la manne,
Trône de l’excellence et du savoir le fleuve.
Un grand Roi dirigeait ce valeureux pays
Ainsi que beaucoup d’autres, et fameuse était au-delà sa bravoure.
Héraklis était son nom, éminent entre tous les autres,
Surpassant les plus avisés, premier entre tous les grands ;
Roi parfait, plein de mérites à tous égards,
Dont les paroles étaient école et loi pour tous les hommes.
Très jeune il avait pris épouse et uni sa vie pour la vie
Avec cette compagne en qui nul jamais ne surprit un défaut ;
Artémis se nommait cette reine ;
Aucune autre en sagesse n’égalait celle-là.
Tous deux marchaient d’un même pas, en parfait équilibre,
En harmonie dans le plaisir et partageant même désir.
Couple assorti plus et mieux qu’aucun autre,
Un seule pensée leur causait à tous deux grand souci,
Car, en dépit des ans, leur union ne portait aucun fruit ;
En un tourment profond et lourd pareil sort les plongeait ;
Et charbon nuit et jour embrasait leurs entrailles,
De n’avoir aucun héritier quand viendrait le déclin de l’âge.
Vers le Soleil et vers le Ciel souvent s’élevaient leurs prières
Que leur soient accordées dignité et relève d’un enfant désiré.
Passent les ans, passe le temps, et voici la reine enfin grosse
Et le roi du poids du tourment allégé

     AU GOÛT DU JOUR

     À l’heure de la réhabilitation des patrimoines, deux éditeurs optent pour une approche différente de l’épopée d’un poète crétois du XVIIe siècle.

     Comment rendre attirant pour le public d’aujourd’hui, ultra-sollicité et habitué aux textes courts (faciles à lire dans un bus ou le métro, c’est l’excuse) un poème de plus de dix mille vers, écrit il y a quatre cents ans par un presque inconnu ? – un pavé et un défi !
     Il aurait pu paraître suffisant de dire qu’Erotokritos (ou avec un « c », selon les traducteurs) est une œuvre à nulle autre pareille, qu’il y règne une modernité formidable, (si si), que le héros éponyme est un jeune homme intelligent, sensible et courageux, épris d’une princesse qui ne lui est pas destinée – de ce fait, s’engage à vivre « faux pas (et) vrai danger » – et qu’au terme des vicissitudes de cet amour contrarié, où folles passions se rencontrent, promesses s’échangent, et familles s’affrontent, à coup d’exil volontaire, forcé, emprisonnement et tournois, un dénouement heureux et un monde de civilité, de sagesse et de tendresse sont les récompenses du lecteur qui n’aura eu qu’à surmonter la réticence première d’un préjugé – car dès les premières pages, on est envoûté. Erotocritos se lit comme un roman. Enfin un bon roman.
     Et une étonnante aventure éditoriale: la version qui nous est rendue aujourd’hui n’est sans doute pas l’originale – et la chose fait l’objet de maintes études érudites – elle est issue de la publication par Antonio Bortoli, éditeur vénitien, en 1713, qui s’attacha « à collectionner les nombreux manuscrits de l’Erotocritos, que l’ignorance de certains copistes avait truffés d’une foule d’erreurs, d’interpolations, voire d’altérations quasi incompréhensibles »… Quant au texte initial, écrit par Vitzentzos Cornaros, environ un siècle plus tôt, peu de temps avant la conquête de la Crète par les Ottomans, il n’avait dû sa survivance qu’au « vivant cortège de la tradition » tel que Georges Séféris le nommait en 1946 dans une conférence –, transmission de génération en génération à travers chants et récitations publiques, des montagnes crétoises aux confins du Péloponnèse, chez les lettrés, comme les bergers analphabètes – car cela se poursuivit jusqu’à récemment, tant les versions publiées restaient peu diffusées – et force de vitalité des formes rythmées, ici le « vers iambique de quinze pieds » qui s’adapte au phrasé grec et sustente la mémoire. Épopée du texte en écho à celle du poème, qui n’est pas sans rappeler Le Gésar de Ling tibétain.
     Pour la première traduction en français de l’intégralité du texte crétois, deux versions paraissent simultanément chez deux éditeurs – illustrant la question cruciale de la traduction, posée par toute œuvre versifiée (L’Iliade et l’Odyssée avaient ouvert la voie) : parti pris puriste chez José Corti, tant dans la translittération des noms que dans le choix de conserver la forme versifiée du poème. Parti pris de l’accessibilité que représentait l’utilisation par Cornaros d’une langue populaire, par la transformation en prose chez Zoé. Et les deux sont remarquables, servant la sensibilité et le rythme, la proximité et la simplicité du texte. Travail titanesque pour les deux traducteurs. Robert Davreu chez Corti, a misé sur un travail collectif, mis en perspective pendant trois ans par des lectures en assemblée, dans le cadre de l’Atelier européen de la traduction, et cette rigueur fouillée se goûte à la lecture. Denis Kohler, chez Zoé, a réuni un imposant dossier historique et sut trouver l’équilibre entre l’authenticité d’une langue ancienne et sa transcription en une syntaxe moderne. Un seul regret tient à l’ajout chez Corti d’un enregistrement sur DVD du concert donné en mai 2006 dans la ville d’Agios Nicolaos, copie d’un son médiocre et à l’image tremblante – quitte à joindre un objet sonore quand le livre offre une maquette d’un goût parfait, il aurait été préférable que la qualité technique soit au rendez-vous. Reste dans les deux livres le même plaisir à goûter sans retenue de « cette force qui renouvelle et refonde sans cesse un ordre du monde qui, sans lui, serait voué à une mort certaine » – Eros.
     Lucie Clair, Le Matricule des Anges n° 81, mars 2007

     C’est un chef-d’œuvre de la renaissance crétoise. Longtemps, du simple berger au chanteur de renom, le peuple grec a su par cœur des passages d’Erotocritos, sorte de Tristan et Iseult de la Méditerranée, célèbre de Venise à Constantinople.
     Écrit au début du XVIIe siècle par le Crétois Vitzenzos Cornaros, Erotocritos est un long poème (plus de 10 000 vers) qui décrit les amours contrariées d’Aréthousa (Arétuse), fille du roi d’Athènes, et d’Érotocritos (« le tourmenté d’amour ») à qui le roi refuse de donner sa fille parce qu’il le voit comme socialement inférieur. Cette œuvre majeure de la littérature européenne aura attendu 400 ans avant d’être traduite en français. Et voilà que, ironie du sort, le public la trouve aujourd’hui chez deux éditeurs. Chez Zoé d’une part, sous le titre Erotocritos, dans une traduction en prose de Denis Kohler, augmentée d’un dossier et d’une postface de Georges Séféris (320 p., 22 euros). Chez José Corti d’autre part, dans une traduction en vers de Robert Davreu accompagnée d’un DVD en grec (354 p., 30 euros).
     Tandis que les familier du Crétois du XVIIe siècle recenceront les mérites comparés des deux traductions, les autres écouteront dans ce poème chanté ce que Séféris appelait « les frémissements élémentaires de l’âme collective». Des frémissements qui, jusqu’à nos jours, ont exercé une influence considérable sur l’ensemble des lettres grecques.
     Florence Noiville, Le Monde, Vendredi 16 mars 2007

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Péripéties crétoises 32

Par défaut
Un jour, je partis avec Karalambros en direction de Goudouras.
C’est une petite bourgade qui se situe à environ Cinq ou six kilomètres à partir du monastère de Moni-Kapsa.
Rien de particulier à dire de ce village, sinon que l’on cultivait principalement des concombres et des tomates sous serres. Il y avait également un minuscule mouillage pour quelques bateaux. Le terme de port de pêche n’étant pas approprié pour nommer cet étroit chenal coincé entre la route et la garrigue.
Néanmoins le patelin s’enorgueillissait de deux cafénéions, d’une boucherie et d’un modeste magasin d’alimentation.
La route qui menait jusque là flirtait dangereusement avec les falaises, dans des virages à épingles de cheveux.
Nous arpentions cette route à pieds tout en discutant. Ce chemin n’offrait guère d’opportunité pour le simple piéton ayant l’audace ou la singularité de circuler dans ces parages. Nous devions en outre céder le passage aux voitures, en marchant sur le bas-côté, en frôlant de grands chardons longs comme des cierges de Pâques et la végétation rabougrie qui mordait le bord de l’asphalte. Quoique le trafic ne fût pas très dense. Nous marchions souvent au beau milieu de la route, ayant le temps de repérer au loin un véhicule…ou plutôt un nuage de poussière qui l’enrobait, annonçant son approche.
 Parfois, nous apercevions de petites anses tranquilles au sable fin qui semblaient comme une invitation au farniente, mais leurs accès n’étaient jamais aisées et la descente quelque peu risquée.
Certains endroits étaient moins abrupts. Je connaissais une petite plage isolée cachée derrière de grosses masses rocheuses, il y avait un figuier qui donnait des fruits succulents, et plus loin de l’eau suintait telle un goutte à goutte de l’anfractuosité d’une falaise. (Vous arriviez malgré tout à remplir un bon litre d’eau après un quart d’heure)
A boire et à manger, le bonheur !
Parallèlement, du coté de la colline face au littoral, des gros tuyaux en métal acheminaient sur plusieurs centaines de mètres, de l’eau de source jusqu’au monastère de Kapsa. Ces fameux tuyaux qu’un jour nous avions du remplacer. Les fuites devenant trop fréquentes à cause de leurs vétustés.
Le changement se fit avec des canalisations en pvc. Imaginez donc un tuyau d’arrosage qui serpente dans la garrigue sur deux kilomètres !
Je me souviens que j’avais fais ce travail de remplacement avec un touriste allemand de passage à Moni-Kapsa. Je vous fais une brève description du boulot et ensuite nous retournerons à Goudouras.
Il fallait monter dans la colline et dévisser les gros tuyaux que l’on portait un par un sur le dos. L’allemand était devant, et moi derrière. C’était loufoque car on aurait cru qu’on transportait des bazookas !
C’étaient de tubes gros comme le bras et long de près de quatre mètres cinquante. Nous étions torse nu sous un soleil implacablement vertical.
Nous avions voulu faire ce travail pour démontrer avec quelle pugnacité nous nous acquittions de notre tâche.
 Pour descendre, il ne s’agissait pas de perdre l’équilibre, nous dégoulinions de sueur pour parvenir sur la route en contre bas avec ce matos sur les épaules. Dès que nous avions entassé un certain nombre sur le bord de la route, un camion venait chercher la ferraille. Un vrai boulot de petits soldats !
Cette tâche nous occupâmes au moins pour trois ou quatre jours.
 Mais, poursuivons notre récit avec Karalambros.
Lorsque vous arriviez à Goudouras, vous aviez le sentiment d’être au bout du monde. « The end of the world » comme disent les anglais. Il y avait certes de belles plages mais curieusement peu fréquentées. J’étais alors le seul ou quasi à me balader dans le coin.
Dans le village de nombreuses serres en plastique (pas toujours esthétiques) parsemaient le paysage. Au loin vous distinguiez la petite île de Prassonisi.
 Et à ce propos, j’ai une anecdote à vous raconter. Un beau jour, (et des beaux jours, ce n’est pas ça qui manquent en Grèce, pays favori du dieu Hélios !)
que je flânais Près du littoral, je vis au loin une gros bosquet de Tamariniers d’où jaillissait les sons gais et acidulées si caractéristiques de la musique crétoise. Apparemment des gens faisaient la fête.
 Une femme en rigolant essayait de maintenir en équilibre une bouteille de vin sur sa tête tandis qu’un homme jouait de la lyre. Un autre s’occupait à faire cuire des petits poissons, tandis qu’une dame chantait et dansait. Vu le nombre de bouteilles qui jonchaient le sol, il n’était pas très difficile d’augurer d’où venait cette liesse, cette joie communicative.
Je fus invité à les rejoindre. Ce que je fis sans trop me faire prier.
Ils partagèrent leur repas avec moi. Le vin et le raki ne se firent pas non plus prier pour venir me chatouiller les papilles gustatives. Nous en vînmes à parler de cette fameuse île De Prassonisi.
Récemment, des archéologues avaient découverts un ancien théâtre. Je trouvais cela fabuleux que les habitants de l’époque puissent laisser une large place à l’art et la musique, en construisant un lieu de spectacle si éloigné de tout, et de surcroît sur une île. (À moins que dans le temps anciens, la terre ferme reliât l’île) Il est également possible que dans l’antiquité, la Crète fût plus peuplée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Certains savants disent même que le climat devait être plus chaud et humide et que de nombreuses rivières coulaient en abondance, un peu partout.
 D’ailleurs, il suffit de constater tous ces lits de rivières défuntes où ne poussent plus qu’une maigre végétation. Excepté dans les creux des frondaisons, dans les cuvettes formées entre deux collines.
Du rivage où nous étions, nous pouvions distinguer la petite tâche blanche immaculée qui représentait l’église de l’île. Personne n’habitait Prassonisi.
Les rares visites étaient les marins de passages.
Une ou deux fois par an, se tenait un pèlerinage pour je ne sais plus quel saint.  (Je pense me souvenir que c’était à la Saint-Jean) Tout le monde embarquait, le pope inclus, sur de petites barques et seulement si la mer et la météo étaient favorables. Je n’ai malheureusement jamais pu assister à cet office.
Il me vint alors une idée saugrenue. Et si je nageais en direction de l’île pour allumer un cierge dans l’église ?
Je m’enquis de cette éventualité avec la joyeuse bande qui m’avait invitée d’une façon si naturelle et sympathique. D’après leurs dires cela devait être possible, un challenge abordable. Alors, je me mis à l’eau tout habillé, sans mes chaussures, et je nageai pour rejoindre Prassonisi.
L’eau était douce comme une caresse et j’étais vraiment décidé à tenir mon pari. De gros paquets de mer me soulevaient comme un fétu de paille. Je sentais l’inexorable force de cet élément.
 Irrésistiblement attiré vers cette église chaulée, qui brillait, éclatante de blancheur, attendant ce naufragé volontaire et un peu intrépide.
C’est du moins ce que je ressentais dans mon doux délire.
Car après une heure environ, je n’avais pas encore atteint mon but. C’est le même phénomène en montagne. Une chose qui vous parait proche est en réalité bien plus loin que vous ne le présumiez.
En regardant le rivage d’où j’avais pris le départ, je voyais au loin, les gens qui me faisaient de grands signes en criant mon nom, m’enjoignant de revenir.
Finalement, la voix intérieure de ma conscience interjeta appel auprès de la raison pour m’ordonner à rebrousser chemin. A quoi bon lutter contre les forces supérieures de la nature ! Quoiqu’il en soit, le courant était trop fort et
Aurait pu m’emporter très loin dans la mer libyenne. (Destination Tripoli en aller simple !)
A moins que je ne disposai du pouvoir de Gérontoyannis qui vécu au 19ième siècle. C’était à l’origine un escroc, un bandit qui rançonnait ses clients sur la route. Etant poursuivi par les turcs, il se réfugia dans le vieux monastère de Kapsa qui était en ruine à l’époque. Bizarrement les autorités le laissèrent tranquille dans sa cachette monastique.
Pour continuer ses activités peu louables, il prétendit pouvoir faire des miracles. Par exemple, il parvenait à rendre l’eau de mer potable. Non, il n’avait pas inventé un procédé de désalinisation. (Avant cela, quelqu’un avait fait plus fort en changeant l’eau en vin, mais bon ceci est une autre histoire !)
Dans la longue liste de ses pouvoirs, il lui suffisait de déposer sa soutane sur l’eau pour qu’elle se mette à flotter ! Une soutane gonflable ? Allez savoir !
Ajoutez à cela des pouvoirs de guérison, et du coup l’on venait de toute la Crète pour venir se faire soigner. Nonobstant, cette fois ci l’argent servit à la rénovation du monastère qui était dans un triste état. Par la suite il devint moine et finit ses jours dans une grotte en s’abîmant dans la prière et la contemplation. Encore actuellement, il est considéré comme un homme très saint. (C’est la force de la foi alliée au poids de la crédulité)
Par la suite mes joyeux compagnons de la plage, m’invitèrent chez eux, car évidemment j’étais trempé comme une soupe. Après un bon repas, je m’endormis assez confortablement. Le lendemain, pour remercier la qualité de leur accueil, je travaillai à déblayer, nettoyer toute une serre de tomates et d’aubergines. Mais n’oublions pas Karalambros qui m’attend à Goudouras.
 Qu’allions nous faire à Goudouras ? Tâter un peu de mézzé et puis passer chez le boucher. Faire dix à douze kilomètres pour un bout de viande, fallait en avoir envie !
De toutes façons au monastère nous étions plutôt végétariens. (Sauf Karalambros, qui n’habitait pas à Kapsa mais à Kalo-Néro)
Je l’accompagnais juste pour le plaisir. Sur le retour je mis ma tête sous l’eau d’une source bien fraîche. C’était une sensation divinement bonne.
J’accompagnai encore mon ami jusqu’à son domicile de Kalo-Néro.
Là, il se mis à préparer le repas. Il restait encore de la viande mais je la lui offris de bon cœur, n’étant pas un très grand carnivore.
 Avec Kalogria, nous étions souvent au régime de bettes à l’huile d’olive et autres légumes provenant du jardin.

Péripéties crétoises 31

Par défaut
Je ne sais plus dans quelle circonstance, j’atterrisais à Périvolakia, une bourgade perdue dans la colline et tellement isolée que même le macadam  hésitait à fréquenter l’endroit.
 Néanmoins, une ou deux fois par semaine, un bus de la compagnie Ktel* venait éprouver ses pneus et ses châssis sur ces routes défoncées qui étaient d’ordinaire fréquentées par les chèvres, les brebis, et accessoirement par les êtres humains.
 De Périvolakia vous suiviez une improbable piste qui vous menait soit à Kalo Néro en faisant un large détour en contournant la colline, ou alors en connaissant bien le sentier, vous pouviez rejoindre le monastère de Moni- Kapsa, en traversant par le milieu.
Ce chemin était évidemment plus intéressant, encore fallait-il pouvoir lire l’itinéraire dans les petites crottes laissées par les capridés sans trop s’écarter du chemin, car vous pouviez rapidement vous retrouver dans une impasse ou au bord du ravin.
Je sais de quoi je parle, j’en avais fais l’éprouvante expérience.
Voulant prendre un chemin plus court par le flanc de la colline, ayant distingué au loin le clocher du monastère.
 Au commencement tout semblait d’une déconcertante facilité et hop, je gravissais la ravine à l’instar d’une allègre chevrette.
 Pensant être parvenu au sommet, je remarquai une sorte de surplomb dans la roche.
Pour arriver en haut, il aurait suffit que je me penche un peu en arrière et que j’agrippai ce qu’il m’avait semblé être une surface plane et herbeuse.
Mes mains étaient tendues par l’effort pour parvenir à me hisser, mais mes pieds glissaient sur l’étroite corniche et une grosse pierre se descella et alla choir lourdement en contrebas.
Le bruit se répercuta  dans la colline, porté par l’écho, puis le silence revint aussi inexorablement qu’il était venu ce qui accentua l’effet de solitude.
 Pendant d’interminables minutes, j’étais tétaniser, ne sachant plus quoi faire et ne pouvant plus bouger.
 Surtout, lorsque je calculai mentalement, le temps qu’avait pris la pierre pour dévaler la pente.
 Allais je faire le même parcours ?
Avec d’infimes précautions, je descendais en mettant scrupuleusement les pieds dans mes propres pas et ainsi de suite, je me retrouvai à nouveau en bas du ravin.
 Pendant ce temps là, la cloche du monastère sonnait gaiement (non, ce n’était pas encore le glas qui sonnait pour moi !)
Par la suite, je continuai scrupuleusement la petite piste.
Je me félicitais intérieurement de mon sang froid.
 Grâce à ce raccourci, j’arrivai à Moni kapsa avec deux heures de retard. (Cela a failli être un raccourci pour l’hôpital ou plus si affinités !)
 Mais revenons au village de Périvolakia où je travaillais pour le maire  (qui était le frère de Karalambros dont je vous avais parlé une autre fois)
Le boulot était assez dur est pas très bien payé.
 Il fallait par exemple, dépierrer à la main, toute une parcelle
. Ensuite entasser les pierres, les transporter dans une brouette.
Elles devaient servir à ériger de petits murets de protection pour les champs.
Toute la journée, je faisais l’aller retour avec un chargement de pierre sous un soleil de plomb.
 Et même s’il s’agissait d’un chargement de plomb sous un soleil de pierre, la différence n’aurait été guère énorme.
Un autre travail consistait à faire la moisson avec une authentique et presque anachronique faucille. Prendre une gerbe de la main gauche et puis hop d’un coup bref couper les tiges au ras du sol, les rassembler en bottes etc.…
Mine de rien, ce n’était pas évident au début, car il y avait tout un coup de main à avoir, pareillement pour le geste auguste du semeur. (comme on dit.)
Je n’étais jamais arrivé à la bonne technique.
 Pour bien lancer votre poignée de graines, vous deviez d’un geste partant de l’intérieur du bras, faire une sorte de demi cercle, un peu comme si vous lanciez un frisbee et puis jetiez en l’air d’une manière décontractée et naturelle.
De toutes façons, j’aurai préféré jouer au frisbee plutôt que de faire ce travail obsolète et très mal rémunéré.
 Je comprenais à présent pourquoi Karalambros refusait de travailler pour son frère.
Ce frère qui s’appelait Manoli (si ma mémoire est fidèle) était l’archétype de l’homme très économe. (frôlant l’avarice.)
De même, il vivait en quasi autarcie sans avoir recours à des achats extérieurs, hormis le sel et l’essence pour son pick-up, les seules choses qu’il ne produisait pas.
 Je vais rarement acheter des légumes ou des fruits car j’ai tout ce qu’il faut dans mon jardin, de plus je fais mon propre vin. 
 Le bistro c’est une stupidité, pourquoi donner tant d’argent au kafétzis* me serinait-il souvent.
Concernant le travail, il avait des notions communistes pures et dures.
Pour lui l’idée du kolkhoz, la participation obligatoire du travail par les citoyens, œuvrer dans un même sens pour le bien être de la communauté (et du parti) aurait du se généraliser partout en Europe.
 Idem la notion d’argent lui semblait une erreur et suggérait que l’on devait revenir à un système de troc, une forme de préhistori-communisme.
Evidemment, cela ne l’empêchait pas d’empocher pour ses pêches et autres fruits ou légumes qu’il cultivait en abondance sur ses terrains, de l’argent tout à fait officiel et pas tombé du ciel. 
Apparemment, il aimait faire la collection de ces sortes d’images imprimées.
Il était même très difficile pour lui de s’en dessaisir lorsqu’il s’agissait de payer quelque émoluments divers. Sa femme n’arrêtait pas un seul instant de bosser du matin au soir.
 Elle faisait la cuisine, le pain, la lessive, le ménage, allait traire les animaux et de surcroît travaillait aux champs avec nous.
 Nonobstant, il avait un excellent vin qui vous donnait de la force et compensait un peu l’ingratitude du travail.
 Après quelques verres, je parvenais à tordre des clous à mains nues.
Parfois le matin, il m’arrivait de boire un raki à jeun, ce qui me donnait un coup de fouet, un regain d’énergie.
 J’aurai pu transporter une chèvre sous chaque bras, un sac de ciment sur la tête tout en poussant une brouette remplie de pierres.
Outre le tordage de clous, et le rinçage journalier de mon gosier par les bons produits locaux, il n’y avait guère d’activité dans ce bled perdu.
Certes, il y avait le caféneion mais qui me semblait triste et complètement désuet.
Le sentiment que le temps s’était attardé dans les parages, comme fixé à jamais, telle une punaise rouillée sur un vieux calendrier jauni.
Le trou noir quoi ! Les bienfaits de la civilisation ne semblaient pas encore parvenus jusqu’ici.
Peu de personnes possédaient le téléphone.
(la cabine se situait dans le bistro) Les annonces se faisaient par haut-parleur.
  Cette voix nasillarde qui traversait l’air pour annoncer que « La pension de  Madame Georgia est arrivée ou encore, Anatole est appelé au téléphone,… nous attendons les administrés pour le partage de l’eau etc, » donnait l’impression d’être dans une sorte de grand camps de travail (exempt de miradors) On savait tout sur vous, à quel heure on avait téléphoné, et qui avait appelé !
 Mais le village était charmant et puis on y fabriquait un très bon raki.
 C’est dans cette bourgade que je rencontrais  de temps à autre ce brave Karalambros.
 Un dimanche, j’eus l’agréable surprise d’entendre des chants byzantins qui furent psalmodiés avec beaucoup de joie et de finesse, ces chants sortaient de l’église tels de l’encens invisible qui enrobait l’air et vous enivrait d’une joie sereine et pure.
 
Ktel* : C’est la compagnie des bus en Grèce (inévitable et peu onéreuse)
Kafétsis* : tout simplement celui ou celle qui tient un caféneion (bistro)