Péripéties crétoises 30

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Je vais vous parler de Kalo-Néro qui est situé à moins de trois kilomètres du Monastère de Kapsa.
Vous pouviez passer devant, sans vous rendre compte que c’était un village.
 Un de ces hameaux balafrés par une route, avec de sporadiques maisons disséminées ça et là dans la colline.
Pour une raison inconnue, l’asphalte fréquentait ce coin perdu et s’étalait jusqu’à la dernière maison du bled pour s’arrêter net, ensuite vous étiez à nouveau confronté à la dure réalité d’un chemin de terre et de caillasse jusqu’au monastère.
Dans cette modeste bourgade se trouvait néanmoins deux bistrots.
Le premier appartenait à une famille de bergers.
 Le caféneion était souvent encombré de dames-jeannes de lait et sur une grande table rarement débarrassée vous y trouviez soit des haricots, du fromage, des fèves ou encore des herbes aromatiques  qu’il fallait nettoyer, décortiquer etc.
De temps à autres, sur une esse était accrochée la carcasse d’une chèvre ou d’une brebis que l’on recouvrait sommairement d’un plastique et que l’on découpait à fur et à mesure à la demande de la clientèle.
 Le caféneion faisant accessoirement office de boucherie.
 Les tables servaient entre autres pour repasser le linge ou même de coin à pâtisserie. (Vraiment quelle ambivalence ! faut dire que la famille était assez nombreuse)
 Quand un client s’égarait dans les parages et qu’il souhaitait se restaurer, La patronne d’un large revers de la main, se bornait à pousser les choses un peu plus loin pour dégager un minimum de place.
Dans n’importe quel caféneion, il était toujours possible de manger un morceau, pour peu que vous ne demandiez pas la carte du menu, car alors on vous regardait d’un air effaré comme si la demande émanait d’un haut dignitaire !
 En règle générale vous mangiez ce que la patronne avait décidé de préparer pour le déjeuner.
Mais il y avait toujours une tomate par ci, un concombre par là, un peu de fêta, l’incontournable origan de quoi vous sustenter d’une manière basique.
Le deuxième caféneion s’enorgueillit du nom de restaurant-Taverne car il proposait des choses plus sophistiquées. Parfois du très bon poisson fraîchement pêché.
Quand aux légumes, ils provenaient directement du jardin des patrons.
 On y trouvait également des chambres au confort simplissime mais agréable.
 Il y a quelques années encore, on pouvait contempler une fresque sur le mur dans le style crétois minoen contemporain.
 C’est-à-dire des peintures stylisées figurant des poissons, des coquillages etc.….
 Une sorte de grand poulpe étirait ses longs bras sur toute la surface de la façade extérieur.
Une belle véranda agrémentée d’oliviers et de vignes offrait un ombrage très apprécié.
 Il y avait en outre, des plantes partout, d’énormes géraniums et d’autres fleurs qui accentuaient le côté idyllique et rafraîchissant de l’endroit.
Les clients étaient soit des habitués du lieu ou sporadiquement des touristes de passage qui allaient visiter Moni Kapsa ou qui s’enhardissaient sur la route chaotique et poudreuse menant à Goudouras.
Je me souviens de ce monsieur un peu singulier qui était souvent habillé en costume cravate et qui fumait  la pipe. (Cette habitude ne semblait pas être fort prisée en Crète, car je n’avais jamais vu personne faire pareil)
Il possédait une petite oliveraie dans le haut du village.
Un jour, me promenant dans les parages, je fus très surpris par le nombre de chiens se trouvant dans sa plantation.
 À chaque arbre, était attaché un chien.
 Un arbre, un chien, un arbre un chien etc.… C’était drôle  et un peu absurde.
 D’habitude un seul de ces gardiens aurait suffit à dissuader les éventuels rôdeurs, les promeneurs distraits ou trop curieux !
Dans cette partie du village se trouvaient également la maison du juge italien et celle un peu plus haut de Claude le français. (Je vous parlerai de ces gens ultérieurement)
Karalambros, était un autre figure connue du patelin. 
 Tout le monde le trouvait un peu simplet. 
‘ C’est plus une case qui lui manque mais c’est tout le damier ‘ disait on plaisamment.
 C’est vrai qu’il était différent, mais moi, je ne le voyais pas comme ça. 
 Je crois que sa différence se situait dans sa façon d’être. 
 Il avait près de quarante ans et n’était pas encore marié.
Je pense d’ailleurs, qu’il ne tenait pas à le devenir.
 Ce qui dans la région n’était pas toujours bien vu.
 Son aversion pour le travail tant soit peu physique était bien connue.
 Lorsque son frère, qui était le maire du village de Pervolakia (un petit hameau derrière les collines) avait l’idée saugrenue de l’engager pour des travaux des champs ou pour simplement aller pulvériser entre les oliveraies ou les vignes.
 Karalambros partait très tôt le matin en préparant sa besace avec de quoi pique-niquer, et puis l’oiseau s’envolait avant que l’on puisse l’attraper.
Si on avait de la chance à l’intercepter avant, il allait quand même bosser, en maugréant et la peur au ventre comme si on allait l’envoyer au casse pipe !
Par contre, il  ne devait pas être complètement fainéant car souvent je le voyais s’échiner à récolter du sel qu’il mettait dans de gros sacs en toile de jute.
 Mais ce boulot, il l’avait choisi. Ce qu’il recherchait et appréciait, c’était son indépendance, sa liberté, quitte à vivre d’une manière très humble.
Sa maison à Kalo-Néro  était si petite qu’elle me fit d’abord songer à une sorte d’abri de jardin.
 Il y avait juste assez de place pour un lit et une table.
 Sur un clou pendait sa sempiternelle besace.
Cet homme, voyez vous était tout bonnement heureux.
Et puis il connaissait bien la montagne et les plantes.
Parfois je le croisais en route, alors nous cheminions ensemble jusqu’à Périvolakia  et les autres villages.

PS : à propos de l’homme aux chiens. Son oliveraie comportait une bonne vingtaine d’arbre….Il n’y avait pas un chien attaché à chaque olivier ! Mais vous y trouviez quand même une demie douzaine de cabots, c’est pas mal non plus ….. Un peu  original et puis très bruyant !

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