Péripéties crétoises 33

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Au village de Agios-Spiridon, j’étais souvent en grande conversation avec le pope Nikoli.
 Il avait une certaine autorité tempérée par un caractère placide.
Ce brave homme passait plus de temps au caféneion que dans son église.
Ce qui  est loin d être un reproche, au contraire c’est une façon de se rapprocher de ses brebis, de ses ouailles.
 (Ce qui veut dire la même chose étymologiquement parlant)
Il trônait au milieu de la place du village comme un inévitable monument.
Assis toujours à la même place, au bistro de Panayota, en sirotant son ouzo.
Un autre habitué du lieu, était Manoli le porcher.
Manoli possédait une porcherie dans le bas du village.
 Au début, le bruit que j’entendais au loin me faisait songer à celle d’une scierie en pleine activité. Ceux qui ont habités près d’un tel endroit, confirmeront.
Les cris stridents, aigus, des cochons se font entendre de loin. (idem ceux d’une scierie, lorsque le bois crie sous la morsure lancinante des scies, et si en plus il y a une porcherie à côté….Bonjour les décibels !)
C’est en cherchant vainement cette scierie que je suis tombé un jour, sur cet établissement.
 Le bâtiment était tout en longueur et bien entretenu.
Les animaux avaient de la paille fraîche en abondance pour leurs litières.
Chaque box était individuel.
 Au centre, un endroit plus large avait été aménagé pour ce qui semblait être le plus gros cochon de la porcherie.
 Sur la façade attenante à ce box, était  peint d’une manière très stylisée, une couronne.
 Manoli me disait que c’était pour le roi des cochons et qu’il devait par rapport aux égards dus à son rang, avoir suffisamment de place.
 Les appartements royaux si je puis dire, étaient attenants à ceux de sa truie et se communiquaient entre eux.
Vous descendiez plus bas et là vous trouviez la dernière maison du village juste à côté de l’église.
 (Il y avait en fait trois églises. une en haut près du caféneion de Panayota, le quartier général de Papa Nikoli. La petite chapelle du cimetière…. Vous savez ce fameux endroit où  s’était tenu un  concert d’opéra ! Et finalement celle dont je vous causait.
Trois églises, ce n’était pas si mal pour un village qui comptait en période creuse un maximum de trente âmes!)
 Dans cette modeste demeure vivait un couple de vieilles personnes qui ne possédait qu’un jardin et une poignée d’oliviers.
Leur fils travaillait comme fossoyeur pour la ville de Sitia.
Cet homme m’avait déjà proposé de venir travailler avec lui.
 Le fait de creuser des tombes ne me dérangeait pas particulièrement.
 Vu que j’avais un peu tâté du métier, mais j’en étais revenu dégoûté avec deux manches de pioches cassées à cause de la dureté du sol.
Pour que ma nomenclature des personnages fréquentant le caféneion soit complète, il ne faudrait pas que j’oublie, Yourgo le berger.
Avec la régularité d’une horloge, il venait à heure fixe prendre son élléniko*
en se raclant la gorge d’une façon particulièrement sonore.
Même si vous ne disposiez pas d’une montre, vous pouviez juger de l’heure qu’il était, rien qu’en entendant ses tonitruantes expectorations journalières et matinales.
 Il y avait Maria la femme du berger qui venait souvent le soir avec une autre Maria.
 Les femmes se tenaient dans un certain coin du bistro, en jetant de temps à autre un coup d’oeil à leur mari respectif tout en étant occupées à faire de la broderie ou du crochet.
 Le clan des Maria surveillant sans en avoir l’air, le clan des Yourgo….
.Et hop ! Un point à l’endroit et puis un point à l’envers, et un regard furtif sur l’amoncellement des carafes de raki et les monticules de Mézzé  qui grossissaient à fur à mesure de l’avancée de la soirée
  Bon ,Yourgo ça suffit on rentre ! Non ?  Encore cinq minutes disait-il évasivement.
 Les cinq minutes se muaient en quart d’heure et de quart d’heure en demie heure etc
Et si les cinq dernières minutes, rappellent pour certain le titre d’un feuilleton célébrissime où l’énigme était résolue endéans le temps imparti, le cadavre ou le coupable étant découvert cinq minutes avant la fin du film.
Les seuls cadavres en l’occurrence que l’on découvrait dans le caféneion étaient ceux des bouteilles de raki…..et ce n’était pas un crime à ce que je sache de tremper ses lèvres dans ce doux nectar !
Pour finir, cette liste non exhaustive, je vous dirai deux mots concernant Yourgo, du village de Néa-Pressos qui venait souvent boire son coup chez Panayota.
Encore un Yourgo de plus à ajouter dans ma collection.
 C’était un petit bonhomme rondouillard et très rigolo qui circulait sur une vieille moto qui fumait et pétaradait sans cesse .(la moto bien sûr, pas Yourgo,)
Vous l’entendiez venir de loin.
 En le voyant vous aviez l’impression d’apercevoir une sorte de gros bourdon velu.
 A cause du bruit de sa moto mais aussi par rapport à son aspect général.
Il enlevait son casque antédiluvien et puis ses grosses lunettes comme celles d’un aviateur et se mettait à chanter de vieilles chansons turques ou alors esquissait un pas de danse.
 Comme il revenait fréquemment de Sitia, distant d’une bonne vingtaine de kilomètres, il avait du souvent faire le plein de…raki, avant d’atterrir au bistro du village !
A Néa-Pressos, ils dorment tous comme des poules disait-il par dépit.
Et puis ils ne boivent que de la tisane, si ce n’est pas malheureux !
Il terminait souvent la soirée chez nous.
 D’autres clients fréquentaient le caféneion de Panayota. Pour l’excellence du mézzé mais aussi parce que c’était le bistro qui fermait le plus tard dans les parages (surtout les samedi soir) 
 Une autre fois, je vous parlerai du caféneion du haut, chez Euripide et Maria où l’on ne buvait pas non plus de la verveine ou de la camomille.
 Quoique certains soirs, j’aimais malgré tout boire un thé, un tsaî touvounou* avec une bonne cuillerée de miel.
Elléniko : c’est le café grec par excellence qui se boit soit : skéto (sans sucre)
Métrio (un peu sucré) et gliko 😦 bien sucré)
Tsaï touvounou : qui veut dire: thé de la montagne. Constitué de plantes aromatiques. Avec du miel c’est excellent.
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Une réponse "

  1. Qu\’est ce que ça picole dans ces villages crétois…!
    Naîvement, je croyais que tu n\’y buvais que des infusions d\’eucalyptus, des tisanes de fleur d\’artichaut,
    quelques carafons d\’huile d\’olive première pression à froid, et plein de elléniko gliko avec nuage de lait
    de brebis et une bonne louche de miel…..
    Et le pop.. quelle santé…et quel bon client pour le troquet du coin !
    Au fait,  le vin de messe, c\’est de l\’ouzo ou du raki ??

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