Péripéties crétoises 34 (bis)

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Après mon examen de passage concernant le gaulage des oliviers pour le compte de Manoli, (J’aurai pu tout aussi bien dire le Comte de Manoli, car pour moi il fut un véritable seigneur)
J’étais considéré comme faisant partie (ou presque) de la famille.
Le travail était dur mais il y avait des compensations comme par exemple l’excellente nourriture préparée par Kalliopi et le climat très sain du pays.
Les seuls jours chômés c’était lorsqu’il pleuvait.
Fallait pas que les averses durassent trop longtemps car le travail ne souffrait aucun retard.
Les premiers jours, je dormis sur une sorte de gros canapé recouvert de couvertures en poils de chèvres. Le sol était garni d’épais tapis kilims*.
Les villageois ne vivaient plus que pour la saison des olives qui durait dans les bonnes années de la mi- octobre jusqu’à début février et peut être au-delà, tout dépendait de la véraison des fruits.
Souvent, c’était la seule source de revenus conséquente qui permettait d’améliorer le quotidien. Nous vivions donc au rythme des saisons.
 Les deux grands moments étant les vendanges et la saison des olives.
Manoli était vraiment un brave homme mais qui avait un penchant pour la boisson.
 Pratiquement tout le monde procédait des mêmes usages. (des mêmes rites dirai-je)
 Et le fait d’user ou d’abuser du jus de la treille amélioré représentait un acte de sociabilité.
Je précise que l’on ne buvait jamais sec et que le mézzé temporisait l’éventuelle ivresse.
 Même si les cerveaux commençaient à s’échauffer sous l’emprise du raki ou du vin.
 Les crétois mettaient un point d’honneur à ne pas devenir bêtement saouls comme des barbares.
Les meilleurs accords, les engagements les plus sûrs, les plus bons contrats tacites, s’effectuaient notamment lors de mémorables paréas*, où les liqueurs ( je dis cela dans un sens générique) coulaient généreusement dans les divers gosiers concernés.
 Et l’on pouvait liquider, solder en quelque sorte, les vieilles querelles, les anciennes rancoeurs, aussi promptement que les cruchons ou les carafes de raki.
 Le lendemain chacun retournait à sa tâche quotidienne et l’on ne revenait plus sur la parole donnée, même si celle-ci avait dépassée le contexte, le cadre formel du caféneion.
Les ardoises étaient effacées et les bêtises oubliées.
La seule chose qui comptait alors, c’était de tenir sa parole.
Il me semble que cela devait remonter très loin dans l’antiquité, cette problématique de la parole donnée. 
 Paul de Tarse dans l’épître à Tite, aurait dit «  Les crétois sont toujours menteurs, de méchantes bêtes, des ventres paresseux. »
Dans le paradoxe du menteur ou le paradoxe d’Epiménide le crétois, on peut lire « Tous les crétois sont des menteurs. »
Si Epiménide le crétois dit vrai, alors il ment parce qu’il est crétois, donc son affirmation est fausse puisque tous les crétois mentent ou alors Epiménide ment en disant cela, alors son affirmation est vraie etc.…
Manoli, possédait également un petit jardin dans le bas du village où nous allions de temps à autres chercher les patates, arracher les carottes, biner entre les fèves etc…
C’était mon professeur en botanique ( option buttage de patates)
  Fallait le voir diriger les manœuvres, tout en étant assis sur une petite chaise en paille tressée
 ( la station debout lui était impossible au bout d’un certain temps ) 
 J’avais le sentiment de retourner à l’école.
 En outre, je sentais constamment son regard dans mon dos.
Je ne pouvais pas rectifier mes petites erreurs, car il était derrière moi, prêt à intervenir et me reprendre la bêche pour me montrer pendant quelques instants, comment il voulait que je fasse ce jardin.
 Je comprenais vite mais il fallait expliquer longtemps !
 Disons, que je passais ces moments de jardinage comme s’il s’agissait de cours.
 Nous revenions épuisés tout les deux.
 Lui parce qu’il devait répéter plusieurs fois la même chose et moi parce cela me prodiguait le double de travail.
Le casse croûte à midi, c’était la récréation.
 Le bruit furtif et joyeusement sonore du bouchon qui s’extirpait de son goulot en faisant ‘ pop’ et puis la petite musique qui glougloutait en tombant dans nos verres palliaient largement les petits inconvénients et les agaceries du maître et de son élève.
  Nous rentrions malgré tout heureux mais fourbus d’une longue journée au jardin avec un panier de patates, quelques bettes, parfois des carottes et des haricots.
  Des haricots pour faire des beauforts, disait ainsi si plaisamment mon ami Manoli.
 Quand il  parlait de beaufort ce n’était pas une recette de cuisine mais en rapport avec la force des vents que l’on calcule en terme de beaufort.
 (L’échelle de beaufort qui va de un à douze. Trois beauforts cela représente une petite brise et neuf beaufort, un fort coup de vent etc…)  
Après tout cela, nous avions mon professeur et moi, les cours du soir au caféneion  où souvent j’obtenais des qualifications !
Bien évidemment en hiver, il n’y avait plus grand-chose à faire dans le jardin.
 Durant la saison des olives et par temps de fortes pluies, lorsqu’il  devenait impossible de travailler dehors, j’aidais Kalliopi, à repriser les sacs en toile de jute qui servaient pour les olives.
 J’entendais la pluie tambouriner obstinément contre le velux de la véranda et je me mettais à penser que j’étais tel un marin à l’abri dans son bateau etc…
 (Le dit marin, ne chôme pas non plus et quand il n’est pas sur mer, il  est chez lui à repriser ses filets de pêche)
La météo était indispensable pour savoir si nous pouvions continuer le boulot.
Pareillement que pour le marin d’ailleurs. J’aimais cette similitude.
Mais comme les pluies en Crète sont rarement persistantes, nous retournions alors dans l’oliveraie pour achever le travail et mener les fruits à l’huilerie.

Kilim : tapis constitué de plusieurs couleurs, sorte de patchwork, parfois des morceaux d’autres tapis.
Paréa : la paréa en Grèce, c’est quand des gens se retrouvent entre eux, une bande de copains etc.…

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Une réponse "

  1. Je vois que ce chapitre ne verse ( si j\’ose dire ) pas davantage dans la sobriété….
    Il est vrai que la récolte des olives, c\’est pas de tout repos et que tu fus aussi méritant
    dans la cueillette qu\’ à la buvette !   lol  mdr
    Je retiens l\’échelle de Beaufort, ça va me servir dans ma maison  (un vrai repère de pétomanes !!)
     
    Salut cher ami et bon vent !
     
     
     

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