Péripéties crétoises 34(ter)

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Je vous parlais du petit jardin de Manoli où je passais des cours de culture maraîchère.
 C’était mon itinéraire usuel lorsque j’allais cueillir des légumes sauvages.
 Souvent, je gambadais dans ce chemin de terre battue qui serpentait cahin-caha vers la rivière.
 Ce n’était point L’agitation du village qui me faisait promener dans cet endroit.
Agios-Spiridon était un modeste hameau.
 Vous auriez eu de la difficulté à trouver assez de personnes pour former une équipe de football (tous âges confondus… et le pope comme arbitre)
La vie s’écoulait nonchalamment, à peine dérangée par les rumeurs des activités humaines.
 La vie paisible du patelin étant sporadiquement troublée par le clairon du facteur, le bêlement d’une chèvre ou d’une brebis, les hennissements plaintifs d’un âne qui donnait l’impression d’être le sifflement haletant, le son saccadé, si caractéristique d’une vieille locomotive qui ahanait et crachotait sa vapeur dans la montée… tchou tchouuû, hi haaan hi haaaan.
Sans oublier les criailleries de la porcherie, le tintement de la cloche du village, les commerçants ambulants qui vantaient leurs marchandises à l’aide d’un porte-voix etc.…
Non, ce n’était pas pour fuir la vive agitation ci-dessus décrite qui me faisait promener avec délectation dans ces lieux.
Mais plutôt pour retrouver l’enivrante sensation de vivre au milieu de milliers de déesses que symbolisaient pour moi, les fleurs des champs se ployant sous la brise douceâtre d’un vent tiède.
En empruntant ce chemin, je passais par les nombreux vestiges des habitations d’antan, envahies de végétation.
Cette partie du village fut jadis désertée suite à de trop fréquentes inondations due à la proximité de la rivière.
 Je connaissais une maison qui fut littéralement phagocytée, engloutie par cet appétit végétal.
Le toit était resté intact et par mimétisme ressemblait à un rocher plat.
Les racines des arbres se frayaient un passage à travers le ciment de la terrasse et surgissaient par endroit jusqu’à l’intérieur de la maison.
Paradoxalement, l’ensemble de cette structure mixte faite de minéral et de végétal vivait en osmose parfaite et garantissait même sa pérennité, sa longévité puisque les racines et les branches d’arbres enserraient la maison à l’instar d’un nid cerné de verdure.
J’avais eu de la difficulté pour trouver la porte dissimulée sous d’énormes ronces dont les épines étaient grosses comme des canines.
Dans l’unique pièce de cette demeure, subsistait un lit en fer avec son matelas, une table et deux ou trois chaises.
 A coté de l’évier pendouillait encore un archaïque essuie de vaisselle.
 Dans une armoise, j’avais même trouvé des ustensiles de cuisine.
La fenêtre était fermée mais par le carreau cassé se faufilaient les folles vrilles d’une vigne redevenue sauvage.
La vue était obstruée par cet écran de verdure qui donnait une atmosphère empreinte de nostalgie, un climat lénifiant que ponctuaient le doux murmure et le bourdonnement des abeilles.
Enfouie sous une frondaison drue et serrée faite de bambous, aussi épaisse qu’une forêt, se devinait la rivière.
 On y trouvait également un élégant eucalyptus dominant une clairière et qui embaumait l’endroit d’une senteur tonique et stimulante.
 Son odeur caractéristique me rappelait certains onguents ou embrocations de vieilles officines d’apothicaires.
En remontant le chemin, je parvenais dans une ancienne oliveraie abandonnée.
J’étais très épris de cet endroit et je passais ainsi des heures à rêvasser, couché dans l’herbe à m’imaginer que j’habitais seul sur une île.
Le silence était tel que j’entendais distinctement le sang gicler dans mes tempes et le tambourinement de mon cœur dans ma poitrine.
J’étais ainsi posé sur la frêle surface d’une planète, quelque part dans l’univers.
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  1. Après une aussi agréable lecture  tellement imagée, j\’ai grande envie de rêvasser à côté de toi dans l\’herbe quelque part dans l\’univers !  Merci, pour ce voyage , pour ses senteurs ! Pour ces déesses se laissant frôler des doigts !

  2. Comme dans les contes de fée, une maison à la fois minérale et végétale…..
     
    quelque part dans l\’univers…….
     
    J\’aime beaucoup ce billet, toute la magie des lieux y transparait !

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