Péripéties crétoises 35

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Vivre dans une toute petite bourgade n’était pas toujours facile car la moindre chose que vous fassiez, se savait immédiatement et l’information se propageait à l’instar d’une traînée de poudre.
En ayant une réputation d’excentrique, j’avais le sentiment d’être un peu comme le fou du village.
(Le fou du village dans un sens poétique, pas le simplet non plus !)
 Et il ne fallait pas beaucoup pour être considéré comme spécial.
 Par exemple, je ne supportais pas l’idée de voir tous ces chiens attachés à leurs laisses et dormants dans des vieux tonneaux.
 Outre l’image diogénique que cela pouvait évoquer, c’était vraiment infernal pour ces pauvres bêtes, surtout en été lorsque le soleil cognait contre la tôle.
J’avais mal au cœur pour elles, alors, souvent je me proposais d’aller dégourdir leurs papattes.
 Je demandais à Yourgo le berger, Panayota du caféneion et encore à d’autres de faire promener les chiens pendant un certain temps.
On accédait à ma demande tout en considérant cela comme une extravagance, un truc bizarre. Les hommes devant être à la maison et les chiens à la niche.
Dans tout le bassin méditerranéen, les gens en général ne se mêlent pas avec les animaux.
Quoique la promiscuité puisse parfois s’y rencontrer.
 Un certain nombre de logis modestes sont parfois concomitant avec celui de la bergerie ou de l’écurie.
 Notamment la maison où je vivais présentement au village, possédait deux étages.
Le rez- de -chaussée servant de dortoir pour l’âne, la mule ou encore le cheval, et le premier étage, le bel étage dirions nous étant réservé pour loger le maître.
Donc, je vous disais que je me baladais avec une demi douzaine de cabots, c’était rigolo et cela me faisait songer à une scène d’un film de Jerry Lewis, (mon maître incontesté en ce qui concerne les bêtises ou autres gaffes diverses,) où il incarnait le rôle d’un promeneur de chiens à New York.
Je m’étais adonné à cette activité cynophile pendant un certain temps.
Mais suite à de petits problèmes de voisinage.
 (En autres lorsqu’un des chiens allât dévorer les poules d’un voisin, ou lorsque les disputes inter canines étaient sans fin et ne trouvaient pas d’issue possible.)
Alors, je réprimais mes ardeurs empathiques concernant les chiens.
Du moins, je ne m’amusais plus à trimballer tout un chenil avec moi !
En Grèce, je n’avais pratiquement vécu qu’à la campagne et même souvent seul (ce qui était loin de me déplaire, car sans être un ours, la compagnie de mes semblables, m’exaspérais souvent, mais lorsqu’on venait frapper à ma porte, j’ouvrais largement celle-ci en pratiquement l’hospitalité la plus affable.
Ainsi, je me souviens de mon séjour au Métochi de Djélla.
Le Métochi de Djélla, n’était ni un village, ou un bourg ou même un humble hameau noyé parmi les oliviers et les caroubiers.
 C’était un lieu-dit…. Pas loin des déversements d’immondice de la petite ville de Sitia.
 Ce qui n’était guère bucolique ou poétique, (Je vous en ai déjà parlé dans une autre page) si vous voulez mon avis, et si vous ne le voulez pas, vous pouvez toujours me le remettre, ça pourrait encore servir !
 Le voisinage fétide de cette infâme putréfaction ne me troublais point encore les sensibles naseaux, car il faut vous dire que je demeurais à plus de cinq cent mètres de l’endroit incriminé.
Que faisais je à Djélla ?
 Outre le travail de la récolte des olives, je binais, re binais et re re binais encore (il y en avait pour des hectares et donc du travail assuré pour un bon bout de temps….et tout ceci sans l’aide d’une machine)
Je logeais dans une maison faite d’une seule pièce.
A l’intérieur se trouvait, un frigo, un petit four électrique, un robinet avec de l’eau froide et…de l’eau froide. (et oui , il y avait bien un petit bouilleur d’eau mais qui était en panne !) Itou, une douzaine de chaises.
Pourquoi douze chaises ?  Je ne savais pas, on attendait du monde sans doutes, les douze apôtres…Qui sait ?
Pour continuer ma liste, nous pouvions ajouter, une grande table, une malle antédiluvienne dans le style Rachkam le Rouge, un téléviseur noir et blanc avec une prise qu’il était impossible à brancher nulle part, deux paniers de pêcheurs, une armoire de cuisine et par terre sous des sacs en toile, gisait une bonne cinquantaine de kilos de patates qui germaient tout à leur aise.
 C’était la campagne, au loin, un âne nous disait sa chanson mélancolique, un chien économe aboyait trois fois et puis plus rien, le vent murmurait.
Le tableau n’aurait pas été complet, si j’avais omis de parler de ce locataire qui vivait dans ce logis avant moi. C’est-à-dire, celui qui arborait de belles moustaches, quatre pattes munies de griffes et une belle queue en panache.
C’était mon copain le chat siamois. Je n’avais jamais vu un chat si marrant, nous faisions souvent la conversation.
Dans cette maison, outre tout le confort moderne, que je viens de vous décrire, il y avait quand même un petit problème.
Figurez vous, qu’il n’y avait pas de toilette !
Pour faire ma commission, je devais partir avec ma bêche sur l’épaule, quelque part en contre bas pas loin de la serre aux dindons.
 Creuser un trou dans la terre et puis reboucher le tout.( avec la même matière , cela va sans le dire!) Le soir, heureusement que je disposais de lecture car la discussion avec les dindons et le chat siamois, s’avérait malgré tout monotone sans être excessivement oiseuses, car j’arrivais à la longue à parler le siamois et le dialecte dindon….. glou glou glou !
PS: J’ai su plus tard le nom du chat siamois. Je lui avais demandé, mais comment t’appelles tu mon minet ?
Et lui me répondait dans un miaulement particulier qui correspondait à peu près à ceci : Micheeeêl,  Micheeêl, Micheeeêl…. Donc , je le nommai Michel.
Je lui disais par exemple: fait pas chaud ce matin, ou bien, c’est quand que l’on va cueillir les bananes ? Il me répondait invariablement : Micheeeël, Micheeêl etc…
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