Péripéties crétoises 37 // 36

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Un matin, j’eus une altercation m’opposant à l’higoumène dans le monastère où je travaillais.
Mais pour bien comprendre l’affaire, il faudrait que je vous explique depuis le début, ce qui avait déclenché l’ire de notre homme d’église.
La veille au soir, j’entendis vers 23h30 des bruits de moto se rapprochant et nonobstant se dirigeant vers le monastère.
N’étant pas très accoutumé à recevoir de la visite à pareille heure, je fus donc un peu surpris.
Pour bien saisir le contexte, sachez que je ne dormais pas à vrai dire dans l’enceinte du monastère, mais dans une cellule à l’extérieur.
J’avais donc interpellé ces gens en leur demandant ce qu’ils faisaient ici et quelles étaient leurs intentions. Evidemment tout cela d’une manière très accorte.
 J’appris qu’ils venaient de loin et étaient donc recrus de fatigue.
 Ayant aperçu de la lumière, il arrivèrent dans ces lieux, afin d’obtenir l’hospitalité.
C’était un couple de jeunes personnes.
Je rétorquai que je n’avais pas en principe l’autorisation de les faire loger, n’appartenant pas au monastère mais seulement engagé à différents travaux.
J’étais donc pris dans la tenaille de l’alternative.
 Il fallait agir et prendre une décision et peser le positif et le négatif d’un tel choix, avec les conséquences adéquates qui s’ensuivaient.
Dans la balance de la logique, le poids de la raison ne penchait pas vers l’inégalité.
 De fait, j’optai pour une solution brève et rapide, celle de faire loger ces deux personnes dans une cellule inoccupée.
 Pour sûr, il y avait assez de place accueillir un jamboree de scouts ! 
 Tout ce passait bien, jusqu’au lendemain.
Vers huit heure du matin, l’higoumène aperçu inévitablement la moto sur le parking et me demanda : Que fait-elle ici ? A qui appartient-elle ?
Sans malices, je lui expliquai ; qu’elle appartenait à un couple dont j’avais  accordé l’hospitalité hier soir.
 C’est alors qu’il s’était mis dans une colère aussi noire que sa soutane.
Les mots qui sortirent de sa bouche n’évoquaient guère une quelconque charité chrétienne….
Il parlait de me casser la tête, de me taper dessus jusqu’à ce que mort s’ensuive et autres délicatesses !
 J’ai un certain sang froid, mais une chose que je déteste, c’est de voir un type gueuler  comme ça, pareil à un dément, comme si je lui avais arraché la barbe à mains nues !
Je lui demandai de se calmer et de me parler plus calmement et posément.
Il continuait à vociférer : Et si jamais c’était des voleurs que tu avais hébergé, tu oublie que nous avons des icônes précieuses etc.…
Il est vrai que je n’avais pas réfléchi à cette probable éventualité.
J’avouais n’avoir pas fais une analyse première avant de faire dormir ces gens, qui  je le rappelle, furent rompus de fatigue.
Non, je ne leur avait point demandé d’où ils venait et pourquoi etc…
J’avais vu des humains cherchant un peu de sommeil et par bonté d’âme, donné la permission de dormir quelque temps.
Il rétorqua que cela n’était pas le problème et qu’il aurait fallu que je lui demande d’abord la permission .
Que je n’avais pas le droit d’agir à ma guise, que je n’étais pas le chef etc.…
 Mais tu dormais sans doutes à cette heure du soir et je n’avais pas osé te déranger pour ne pas troubler ton sommeil ! Lui dis je.
Il semblait se calmer un peu, lorsque je déclarais de refuser de travailler, s’il n’arrêtait pas ses réprimandes. Nous embarquâmes dans son combi volks- wagen, lorsqu’il repris sa crise. Il fallait que je tremble, que je rentre ma tête sous mes épaules, que je plie l’échine  etc.…
 La goutte allait-elle débordée de l’amphore, de la jarre, de la cuve, du cratère ?
Pendant une fraction de seconde, un vent de folie traversa ma tête.
Je me disais, et maintenant que vais-je faire ?
 Lui taper sur le caisson jusqu’à  faire choir toute ses dents à cet espèce d’oiseau noir, puis l’emballer dans un grand sac poubelle que je jetterai à la mer ?
 Alors, je me suis mis à éructer mais sur une autre gamme, (une voix de stentor !) qu’il en était devenu blême.
Ainsi nous fûmes au même diapason.
Je gueulais surtout pour couvrir son despotisme.
 Nous baignâmes en plein drame racinien. La Thébaïde revue et corrigée.
Tout cela pour deux malheureuses personnes qui un soir voulurent dormir dans la maison de Dieu.
 Mais comme dit si bien le philosophe Hume  «  Un homme, dans un accès de colère est animé de manière très différente que celui qui pense seulement à cette émotion »
Par la suite nous regrettâmes ce stupide accident  et surtout le fait de cette colère orgasmique et démesurée, si peu digne d’adultes comme nous.
Voila donc une tempête inévitable, lorsqu’on vit en communauté.
Notre chef des moines s’était il levé de la sandale gauche ?
Heureusement, la plupart du temps l’humeur était au beau fixe et ce genre d’accident fort rare.

µµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ

Un matin, en buvant paisiblement un café élléniko, je vis une brume recouvrir la vallée telle une paléolithique marée qui dans la mémoire organique des pierres se trouvait là depuis des millénaires. (Nombreuses sont les réminiscences maritimes encore imbriquées dans la roche)
 A travers la fluidité du temps qui passait, je reconnaissais bien la sinuosité distincte de ce long bras de mer invisible et ses imaginaires frontières sans cesses changeantes.
Là où se trouve la terre ferme et ses argentins oliviers miroitant au soleil,
Nageaient peut-être, il y a d’innombrables ères, de curieux poissons aux formes éclectiques parmi une végétation bizarre et quasi inconnue.
D’ailleurs, la rumeur du vent s’engouffrant dans les cavités nombreuses de la montagne rappelait et pour cause, le bruit de la mer.
Nous étions bien sur une île.
Dans le caféneion, Kalliopi triait des lentilles. Sa vieille mère, une tapette à mouche à la main, somnolait.
 Dans un coin le pope Nikoli sirotait religieusement son café. (si je puis m’exprimer ainsi)
 Le contraire semblerait loufoque si j’avais énoncé que Kalliopi, triait des mouches, tandis que sa vieille mère tenait une lentille dans sa main et que le curé somnolait dans son café.
 Ou encore, si je disais que Kalliopi triait du café, sa vieille mère somnolait sur une mouche et que le pope Nikoli sirotait religieusement sa tapette !
Cela deviendrait absurde et vous me diriez que l’insolence plane de ses ailes  légères et désinvoltes au dessus de l’humble respectabilité des lieux.
Néanmoins, cela ne traduisait pas non plus, une activité follement trépidante.
C’est le lot en général de tous ces petits villages un peu engourdis.
Et en parlant du pope Nikoli, je vous dirai que ce brave homme de curé me faisait penser irrésistiblement à Bug bunny.
 (vous savez le lapin dans les dessins animés de Walt Disney !)
 Car Il arborait une montre à gousset et plissait son nez d’une manière caractéristique à chaque fois qu’il consultait l’heure.
Avant d’habiter dans la sympathique et modeste chaumine où je résidais,
J’avais reçu une maison de trois grandes pièces dans le bas du village.
Malheureusement, n’y avait pas d’électricité.
 Je l’avais reçu à prêter de Yourgo le berger, qui m’avait fait la promesse d’une installation future.  Nous n’eûmes jamais le temps d’ouvrir un quelconque compteur, car un beau jour d’orage, une partie de la toiture s’était effondrée ainsi que les éventuelles opportunités d’accueillir la fée blanche électrique.
Quoiqu’il en soit, il y avait déjà beaucoup trop de locataires dans cette demeure.
Notamment des rats, que je voyais rarement la journée mais de préférence la nuit.
J’entendais les multiples pas précipités que ceux-ci faisaient durant leurs activités nocturnes et le bruit d’un grignotage incessant.
 Ajoutez à cela, les moustiques, les mites, les araignées, les lézards etc.…
 A tel point que j’étais obligé de mettre mes vêtements à l’abri dans une malle, non seulement en prévention des rongeurs mais également contre les mites ( et des mites , il y en a beaucoup en Crète… je dirai même que des mythes, il y en a beaucoup en Crète !)
Bref, je fus tracassé pendant une bonne période par toutes ces bêtes susnommées.
Un soir, un chat allât vomir dans la pièce à coté
Avec tout ce monde chez moi, c’était l’ambiance !
 C’est bien connu, la nuit les chats sont gris, les rats dansent la barcarolle au son de la cornemuse, (et ce n’était point des rats de l’opéra !) pendant que les lézards et les scorpions font une petite belote.
Par la suite, j’obtins un logement plus décent où je ne risquais plus de ramasser la toiture sur le coin de la figure en dormant.
Ce qui est fort désobligeant, il faut bien le reconnaître.
Dans ma nouvelle demeure, je m’étais empressé de chauler l’intérieur et l’extérieur.
 La chaux par son action prophylactique agissant comme répulsif contre toutes les populations entomologiques.
J’installai moi-même l’électricité dans mon logis.
Le père et la mère de Kalliopi ayant vécus plus de quatre vingt ans dans cette maison sans jamais songer à installer le courant.
 En outre, sa femme cuisinait encore au feu de bois dans une toute petite cheminée où vous n’auriez pas su mettre trois bûches à la fois.
 J’héritai de la maison lorsque la vieille mère de Kalliopi décéda.
 Il est vrai que lorsque j’utilise le verbe tracasser en parlant de rats faisant la bringue chez moi, cela semble un peu littéraire et désinvolte.
Certains soirs, ces bestiaux étaient tellement bruyants, que je n’arrivais pas à dormir.
 Sans oublier les tracasseries des moustiques virevoltant comme des escadrilles au dessus de ma tête.
Quand aux araignées, elles étaient encore très discrètes, provoquant le moins de bruits possible lorsqu’elles arpentaient le sol ou le plafond avec leurs pattes velues.
 Et pour finir, les lézards que l’on nomme des geckos, avaient une apparence translucide et molle, un peu comme du rahat-loukoum.
 Ils émettaient de drôles de petits cris ainsi : Crouuïk crouiiïk crouiiïk et tombaient par terre dans un bruit mat caractéristique…
Kaplack plack…ou quelque chose comme ça ! Allez, un vrai cours d’histoire naturelle et d’entomologie !

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