Péripéties crétoises 39

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Au village de Agios-Spiridon.
De gros paquets de vent soufflaient avec voracité sur la campagne, m’empêchant d’aller travailler.
Oh, bien sûr, cela n’était pas un drame invivable et le fait de chômer ne me mettait point dans une nostalgie indélébile.
J’avais toujours pleins de choses à faire, par exemple, lorsque un jour, je partis aider le berger Yannis à réparer sa clôture.
La profession de berger était ma fois assez commune dans la région.
Souvent lorsque nous évoquons le mot de berger, il nous vient des images d’Epinal, ou pour parler plus justement, des images virgiliennes de nos lectures scolaires.
Non, il n’arborait pas de longs cheveux blonds et bouclés et ne jouait par sur un agreste chalumeau, des airs anciens, et ne récitait point les vers de Théocrite.
 La vie de berger étant plus simple et pas très sophistiquée.
En outre, ce brave homme était  bigrement sympathique et possédait beaucoup de clairières pour le parcage de ses moutons, dont une au sommet de son crâne, car il perdait ses chevaux… heu, ses cheveux !
Idem son ouïe, qu’il avait égaré bien avant sa toison, ce qui m’obligeait à hurler dans son oreille pour qu’il puisse saisir quelque chose.
C’était bien lui qui voulait me vendre son âme… heu ! lapsus, je voulais dire son âne, avec tout le matériel en options (la selle, la bride, la mangeoire, la bible, que sais je encore !)
Je disais donc que les enfants d’Eole batifolant dans la campagne, me forçaient au repos.
 Quoiqu’il en soit, c’était un boulot à faire sans le moindre vent. (même en pétant ?)
 Faut dire que nous saupoudrions les vignes avec du soufre, pour préserver les plantations contre toutes les maladies et insectes destructeurs.
 Car, si le soufre se rabattait sur le visage, vous risquiez d’avoir de désagréables brûlures ou des irritations.
J’était donc peinard chez moi en souhaitant secrètement qu’il ne vint personne pour solliciter une aide ou un quelconque travail.
Plongeant douillettement dans un délicieux farniente, je me bornais à contempler le paysage.
 Mais voila Marraine qui miaulait plaintivement à ma porte.
 (Marraine, c’est le nom d’une chatte, je l’avais baptisé ainsi à cause de son miaulement particulier, qui donnait à peu près ceci : Mareeènne, Mareeènne etc.…Comme cet autre chat siamois que j’appelai Michel, pour les mêmes raisons. (vous vous souvenez à la Métochi de la Djélla ?)
Elle était une fois de plus enceinte et semblait affamée.
Je n’avais malheureusement qu’un peu de pain sec, trempé dans l’huile des sardines que j’avais fais cuire ce matin.
Ce petit chat interrompait ma rêverie, ma douce méditation dédiée à cette journée printanière, à cette sève qui bouillait d’impatience d’exploser dans l’apothéose de l’été car en dépit d’un vent farouche, il faisait assez chaud pour la saison.
 Et voila,qu’il fallait que je roule de la mie de pain, que je trempe mes doigts dans l’huile parfumée aux sardines, et que je remplisse une minuscule tasse de lait pour étancher sa soif.
C’était comme si elle commandait dans la maison.
Je prenais d’infimes précautions pour ne point l’effaroucher, évitant tout gestes brusques.
 Après chat, elle se détendait les papattes d’un air blasé et puis s’en allait fouiner quelques mètres plus loin pour ausculter cette maison humaine où l’on ne chassait pas les chats à coup de pieds ou de bâtons, comme c’était souvent l’habitude au village.
Je présumais qu’ils avaient du se donner la bonne adresse.
Car les félins parlent un langage secret, fait de clignement d’yeux, de frétillements d’oreilles et de queues.
Lorsque je rencontrais Marraine, je miaulais doucement et je clignais des yeux, (sauf des oreilles, et je ne possédais pas d’appendice caudal, encore maintenant d’ailleurs, il me manquait donc une partie de la grammaire féline !) comme pour dire : T’inquiètes pas nous sommes des potes !
Ma table où j’écrivais étant bancale, pour rétablir le niveau, je l’avais maintenue à l’aide d’une rotule de chèvre.
Une question idiote me passait par la tête : Si la table était oblique devais je pour autant écrire en italique pour rétablir l’équilibre ? ou à la rigueur, manger une chèvre pour récupérer sa rotule, et permettre ainsi à ma table d’être à niveau avec le reste de la maison ?
Ces grands questionnements métaphysicomiques traversaient mon esprit d’une manière tout aussi impétueuse que le vent qui soufflait à l’extérieur et je me mettais à rigoler bruyamment et sans retenue, faisant fuir les chats (mon seul public !)
C’était cela le secouage d’entrailles dont parlaient les anciens grecs ?
Mon enthousiasme s’enflammait assez vite à vrai dire, il suffisait d’un rayon de soleil, d’un bon verre de vin, etc.… et je partais à l’instar d’une fusée, psuuuit !
Une mouche passait et je rigolais !
Il faisait souvent beau dans ma tête et les gros orages étaient passagers.
A vivre dans ce petit village, j’étais devenu par la force des choses un vrai terrien et les tracasseries citadines me paraissaient incompréhensibles ou inutiles.
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  1. Une rotule de chèvre !!! Wat is dat voor iets ? 
    Dis donc, tu connais bien les chats ! 
     Quant au berger, je vois très bien la scène ! Si j\’avais été près de lui, je m\’imagine lui parlant (hurlant sans doute ! et lui de même car je suis  sourde … mais d\’une oreille !!! 
    Allez la dessus, à la tienne, un ptit coup de retsina !

  2. Excellent, Christian, un tres bon cru ! Un rayon de soleil !
    Je crois qu\’écrire en italique à l\’aide d\’une rotule de chèvre te convient bien. ENCORE ! 😉 😉 ^^

  3. Alors Christian, le vent t\’empêche de travailler…moi ce n\’est que le temps qui m\’empêche de travailler, le temps qui passe, le temps qu\’il fait..en fait j\’ai tellement de temps pour ne rien faire qu\’il ne m\’en reste plus pour travailler!
     

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