Péripéties crétoises 41

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Lorsque c’était la saison des vendanges, tout le monde donnait un coup de main. On ne se lâchait plus la grappe.
Yourgo le berger m’avait procuré du travail pour un certain nombre de jours.
Le raisin était principalement de la variété sultanina, qui donnait un très bon raisin sec.
Si vous désiriez du vin, il était préférable d’aller jusqu’à Ziros.
A cette époque, existaient quelques viticulteurs vendant au détail, vous aviez la possibilité d’acheter votre boisson favorite directement à partir du tonneau.
Vous pouviez goûter le vin à discrétion et le patron en faisait autant.
Les vendanges étaient un vrai moment convivial.
J’avais le sentiment de participer à l’édification d’un monument dédié à la  joie  pure et saine de la vie paysanne.
 A l’heure des repas, Les gobelets de vin passaient généreusement de main à main et les mézzés disparaissaient engloutis dans le gouffre de la bonne humeur et la convivialité générale.
Finies, les petites guéguerres, les dissensions diverses, le seul but à atteindre, le seul mot d’ordre : La fabrication du raisin sec.
Peut être avais je une vision on ne peut plus romanesque de l’ensemble des activités ? Toujours est il, que la participation à ce travail était quasi générale.
En fait, nous pouvions dire, qu’il y avait de deux grandes périodes importantes, celle des vendanges et de la cueillette des olives.
La vigne de Yourgo, s’étalait sur un bon demi hectare, coincée entre le village de Néa-Pressos et la route départementale.
A certaines heures, vous entendiez le son gai et trompetant du bus Ziros-Sitia
 Qui s’élançait sur la route, telle une mécanique bien huilée. (à l’huile d’olive ?)
C’était Yannis le conducteur de bus qui vous disait bonjour en klaxonnant.
On aurait pu apercevoir les invraisemblables bacchantes du chauffeur dépassant par la fenêtre et flottant au vent.
Imaginez un solide gaillard, un pallikare, vêtu d’une chemise noire, largement ouverte sur un torse avantageusement fourni d’une toison si dense, qu’un oiseau aurait pu y faire son nid, sans problème.
Pas loin de là, se trouvait la distillerie de tsigoudia. (que l’on nomme également raki. Chaque village se devait de posséder sa petite brûlerie d’alcool)
Lorsque c’était la saison, nous étions cordialement invités à venir goûter le nectar perlant goutte à goutte d’une sorte de long alambic.
Les premiers instants de la distillation étaient importants et déterminant quant à la qualité du tsigoudia, ainsi que le bois utilisé pour faire chauffer l’ensemble de la préparation.
En générale, le bois de caroubier avait la préférence, car il prodiguait une chaleur constante et de plus insufflait son arôme lors de sa flambée.
Une combustion trop vive donnait une coloration rosée, ce qui n’était pas escompté, car il fallait que la tsigoudia soit claire comme de l’eau de roche.
Imaginez une grosse marmite recouverte d’un alambic en cuivre en forme de cornue. L’ensemble s’appelait le : casanis.
La fabrication de ce produit avait souvent flirté avec l’illégalité.
A certaines époques, lorsque l’état voulait en avoir le contrôle, les gendarmes devaient plombés les casanis après le travail de distillation terminée, et cela jusqu’à l’année prochaine.
Mais vous pensez bien que le crétois malin comme il est, avait toujours une casanis de réserve, où il continuait les distillations !
En cas de contrôle on pouvait toujours montrer la casanis indemne avec les scellés en omettant bien évidemment de signaler celle (ou celles) qui étaient soigneusement cachée dans la grange, derrière les ballots de foin. (entre la chèvre et la mule.)
 Pas loin des coteaux de vigne de Yourgo, se situait un endroit que j’affectionnais particulièrement.
 Une oliveraie était littéralement tapissée de minuscules fleurs rouges qui me faisait songer à des pensées miniatures.
 La beauté de cette végétation était encore épargnée par les désherbants, dont malheureusement les paysans avaient tendance à abuser.
 La fin de cette rubescente floraison, donnait suite à de merveilleux et succulents légumes ressemblant à des petits pois*.
Il  arrivait fréquemment que je revienne à la maison avec une pleine brassée de ces légumes sauvages que je m’empressais de faire cuire avec un peu d’huile.
C’était, le bonheur simple et idéal.
Se contenter de ce que la nature vous offrait.
Comme je laissais ma porte ouverte, il n’était pas rare de voir  sur la table, un ou deux plats avec différentes choses que ma voisine en toute discrétion avait déposée. (Comme s’il s’agissait d’une offrande)
Tout ceci avec une touchante modestie et une gentillesse confondante.
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  1. Merci pour ce moment d\’évasion………….Quelle belle plume……………….
    Tu gardes tout ces récits, ça vaut la peine.
    Je largue ma P;;;;;;;de société et je deviens EDITRICE…………………..o;K.

  2. C\’est comme si par tes mots……….je le vivais en réel !Et je n\’ai lu que ce billet, mais ouff là *sourire* je suis déjà accro, alors je prendrai le temps de tout les lire " de les vivre…"Bises et gros merci pour ces doux moments si rafraîchissants

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