Péripéties en Cornwall / Angleterre

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C’était la fin de la saison, et je commençais sérieusement à m’inquiéter de vivre comme un fugitif au fond d’un bois.  (voir billet du 31 octobre)
Il fallait que je trouve une solution.
(Oh bien sûr, je n’étais pas recherché par toute la police du royaume, faut pas exagérer non plus.) Ma situation allait changer assez rapidement, et cela grâce à un petit incident.
Pas loin du sentier qui menait à mon domaine, se trouvait une sorte de petit magasin d’alimentation attenant à une station service.
C’est là qu’un jour, après avoir laborieusement ratissé mes poches, afin d’y dénicher les quelques pennies rescapés miraculeusement de ce naufrage économique, que je pénétrais dans cette boutique dans le but de m’acheter un sandwich.
Ce magasin se trouvait juste en face de la ferme laiterie. Cette ferme où j’allais souvent (et nuitamment) visiter pour y dérober des œufs et du lait.
Je reconnaissais les bouteilles avec leurs capsules en aluminium, ainsi que les œufs qui provenaient du même endroit.
En quoi puis je vous aider ? Me demanda gentiment le commerçant.
Il vous faut du lait, des œufs ? Renchérit il.
Cette question abruptement et innocemment posée, me sembla incongrue et empreint d’une ironie d’un bel aplomb. (Il ignorait probablement tout de mes tracasseries) Mais, lorsque vous êtes désemparés, vous ressentez les choses d’une manière plus sensible.
Heu, non ! Je me contenterai d’un sandwiche au fromage lui dis je.
Au moment de payer, je remarquais malheureusement qu’il me manquait une dizaine de pennies, pour payer cette humble tranche.
Cette fine lamelle de fromage, qui était mollement couchée sur la lactescente blancheur d’un morceau de pain de mie et qui me semblait tellement appétissante.
En fin de compte, je prendrais plutôt ce paquet de biscuits lui dis je, en m’assurant que j’avais bien le compte juste pour régler ce modeste achat.
Oh, écoutez ce n’est pas grave s’il vous manque un peu d’argent, de toute façon, ce sandwiche, je vous l’offre ! Me dit il avec un large et débonnaire sourire, et puis si vous avez encore faim, je vous en offre un second.
Dans un premier temps, je refusais poliment, en disant que je reviendrais plus tard pour payer mon dû.
Ne vous donnez pas cette peine, tout le plaisir était pour moi.
L’excessive gentillesse de ce brave homme me réchauffait le cœur et je sentis monter en moi une irrépressible émotion qui commençait à me submerger et, telle une digue cédant sous les assauts répétés des flots impétueux, je m’éparpillais en sanglots.
Ce fut comme une délivrance, un soulagement.
J’étais délivré du poids de ma fierté telle une ancre ayant touché le fond.
Mes larmes, à l’instar d’une averse bénéfique, lavèrent les scories résiduelles de ma fierté.
J’expliquais alors la situation dans laquelle je me trouvais (en omettant de parler du chapardage d’œufs et autres produits laitiers, bien évidemment)
Par la suite, j’eus même droit à un taxi qui m’amena jusqu’à St-Austell, la ville la plus proche.
De gentils policiers me conduisirent au centre social.
Le summum de l’ironie, ces policiers étaient les mêmes qui  organisèrent quelque temps auparavant, une soi disant fouille dans les bois pour retrouver le voleur de la ferme laiterie !
Mais ce fut pour eux, surtout l’occasion d’une belle et nonchalante balade estivale.

(Suite dans un prochain billet)

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  1. C\’est fou comme la gentillesse, une main tendue, peut nous bouleverser et comme tu l\’écris très bien,
    faire fondre les digues et libérer toute une émotion purificatrice !
     
    Vraiment touchante cette tranche de vie…………….( ah, la puissance d\’une tranche de fromage !!)
    Quel bon homme cet épicier, une crème d\’humain…
     

  2. pleure plus mon christian! tu m\’aurais fait fondre aussi! tu devais en avoir gros sur "la patate"!!! brave homme !il a été le détonateur d\’une sacrée tension nerveuse et l\’a fait sortir!!amitiés anne marie

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