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Péripéties à Brindisi ( Italie du Sud)

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Vous vous souvenez que dans le dernier billet, ma préoccupation était de trouver un endroit où dormir.
Alors si vous le désirez, poursuivons cette péripétie à Brindisi.
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N’ayant plus d’argent, et n’osant demander de l’aide, je me demandais bien ce que j’allais pouvoir manger.
Nous étions en été, et j’avais l’opportunité (ou vraisemblablement le culot) d’emprunter par ci par là, quelque fruits ou légumes dans les champs.
Un jour, en faisant ainsi mon marché sauvage dans un grand terrain regorgeant de fabuleux trésors succulents, tels que des orangers, des figuiers, des tomates etc.…
Je vis un énorme chien fonçant vers moi, les babines retroussées et maculées de bave fumante….. Disons qu’il allait bon train, telle une locomotive folle écumant de la vapeur et un peu énervée du sifflet !
Par chance son maître se trouvait dans les parages et pu intervenir à temps avant que celui-ci me déchire le fond de ma culotte (je parle du chien  évidemment)
Apparemment, il voulait en découdre avec moi…. Surtout mon pantalon !
Que viens tu faire ici ? Me dit le propriétaire du jardin.
Il tenait son chien à l’aide d’une grosse corde (j’étais tellement près que j’aurais pu lire la marque de son collier….. le collier du chien bien entendu ! mais bon, je ne vais pas à chaque fois vous précisez la chose, je continue  le récit ?)
J’expliquais brièvement les raisons opportunes de l’insidieux hasard m’ayant fait choir dans ce potager, la faim me poussant à commettre cet acte délictueux, au regard des objets convoités, tellement appétissants à mes yeux, mais surtout à mon estomac qui en avait marre de rouler à vide et que nonobstant, je remplissais ce sac posé à côté de moi qui était la conséquence de cette petite affaire qui présentement nous préoccupait….. Bref ! Je crevais la dalle, putaiiin !
Finalement, le brave homme ne se mit pas en colère et accepta que j’emporte ma modeste rapine (3 ou 4 tomates et une chétive salade.)
Cela ne valait pas le coup de se faire déchiqueter par les crocs d’un dogue énorme, fou de rage, et qui  tournoyait férocement autour de sa laisse.
 L’homme finalement arriva à calmer le chien et m’offrit même quelques kakis,
en me demandant de ne plus revenir dans sa propriété.
Dans mes balades, j’avais remarqué qu’il y avait un dortoir attenant à la gare de Brindisi, et il me vint une idée.
Il était hors de question de retourner à l’hôtel, de toutes façons je n’avais plus d’argent, et certainement pas envie de dormir dans la loge du réceptionniste à la face lunaire (il me faisait irrésistiblement penser à un personnage de Fellini)
Je n’osais plus dormir sur la plage car j’avais toujours peur qu’une vague un peu plus forte que les autres puisse m’emporter.
Le bruit incessant des vagues, la noria des vespas qui passaient sans arrêts, et l’odeur de pizzas narguant mes narines.
Un peu plus tard dans la soirée, je revins subrepticement dans les parages de la gare qui était déserte à cette heure là.
Le dortoir était une grande bâtisse pourvue d’un côté d’une rangée d’éviers et de douches, et de l’autre de chambres.
Par chance, le bâtiment n’était pas verrouillé
Je me disais, au point où j’en suis, je vais d’abord prendre une douche, j’aviserai ensuite.
Après une petite ablution et propre comme une lire neuve, (l’euro n’existant pas encore) j’essayais systématiquement d’ouvrir chaque porte, essayant en vain de pénétrer, étant halluciné de fatigue.
Mais comble de déveine, toutes étaient fermées
J’étais près à abandonner, lorsque, après moult essais, une porte s’ouvrit enfin sur une petite chambre.
Ce bon lit semblait  telle une invitation impérieuse à rejoindre les bras de Morphée, j’obtempérais à ce commandement sans autres délais et m’endormis du sommeil du juste, en pensant aux petits aléas de la journée.
Mes rêves se peuplèrent de chiens et de locomotives écumantes, transportant une cargaison de kakis et de tomates cerises.
C’est aux petites heures du matin lorsque même le coq somnole encore sur son perchoir, que j’entendis des pas se rapprochant de la chambre.
La clenche fit un demi tour et moi je me glissais dans les couvertures pour ne pas voir ça !
Imaginez, l’air hébété du brave type qui venait probablement de faire une longue journée de travail dans la compagnie des trains et qui trouvait déjà quelqu’un dans son lit !
J’allais quand même pas lui dire…..Allez, je me pousse un peu pour te faire de la place !
Mes explications oiseuses dans une langue qui ne comprenait pas, ajoutaient de l’absurde à cette scène qui virait à présent à la commedia dell arte
Il ne savait pas s’il devait se fâcher ou bien rire de cette situation  particulière.
Néanmoins vu mon aspect inoffensif, il devait se dire qu’il avait affaire à un drôle de coco mais pas dangereux.
Il me reconduisit gentiment devant son chef de service.
Le chef de la gare de Brindisi, m’intima l’ordre de ne plus revenir dans les parages, sinon, il irait prévenir les carabinieri.
Alors, je repris mon sac à dos et mon courage.
J’étais malgré tout content car j’avais (presque) réussi à passer une bonne nuit
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PS : Dans un prochain billet, je vous expliquerais comment j’ai dormi pendant plusieurs jours dans une caserne militaire désaffectée. Comment j’ai failli être pris pour un espion  si si !!

Péripéties à Brindisi ( Italie du sud)

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En revenant d’un séjour plus ou moins long en Grèce, (vers 1984 ou 85) ayant fait la traversée en bateau depuis Patras, je me trouvais à Brindisi.
Brindisi est une charmante petite ville balnéaire de la région de la Puglia (Les Pouilles) en Italie du sud.
Mon aspect général, ainsi que ma carnation qu’un généreux soleil crétois avait buriné pendant de longs mois, me faisait passer pour un grec authentique.
A peine descendu du bateau, et arpentant l’artère principale menant à la ville, on m’aborda d’une manière très amicale en me demandant si j’étais grec.
J’aurais bien aimé dire que j’étais issu du noble peuple des Hellènes.
Je tirais une sorte de fierté de cette méprise, ma fois très flatteuse.
Mais mon souci était d’un autre ordre, il s’agissait à présent de se renflouer et de trouver illico et très presto, un petit travail à effectuer.
Les pensions chez l’habitant pratiquaient un prix démocratique et les petits hôtels n’étaient guère plus onéreux.
La balade dans Brindisi me permit de voir la ville sous toutes ses coutures.
Promenade que je fis sans accroc.
Exception faite pour un certain quartier où la déchirure du tissu social se dévoilait en de sordides baraquements peu glorieux.
Des toits en tôle, ou en contreplaqué, quelques braseros refoulant au loin de longues volutes de fumée bleutée, résumaient l’endroit. (Un véritable décor à la Ettore Scola, comme dans le film : Affreux, sales et méchants.)   Sauf, que ce n’était point un décor et que des gens vivaient sur ce drôle de terrain.
Bien évidemment, il y avait des côtés plus plaisants dans cette ville.
Par exemple, ces nombreux marchands de vin qui vendaient le vin au litre.
Vous ne pouviez pas les manquer, il s’agissait de repérer les énormes fûts en bois qui trônaient dans la boutique.
C’était facile de faire le plein, et cela ne coûtait pas cher.
Ensuite, j’allais chercher une pizza ‘margarita’ à la tomate et fromage, pour me sustenter.   La vie était belle.
Malgré mes infinies précautions budgétaires et mes succincts repas à base de pizzas, arrosées de moelleuses rasades de vino di tavola, mes économies commencèrent dangereusement à s’amenuiser.
J’avais déniché un hôtel un peu décati mais qui ne manquait pas de charme.
Les heures s’étaient attardées jusqu’à l’orée de la nuit, lorsque je me présentais à la réception.      Le réceptionniste avait des yeux langoureux et tristes de bouledogue, un visage lunatique, rond et grassouillet, un teint blafard comme passé au blanc d’Espagne.
Néanmoins, il me souriait gentiment et en soupirant me tendit mollement la clé qui était suspendue à un clou.
C’est au quatrième étage, je vais vous montrer le chemin me dit il.
Dans l’ascenseur, nous avions échangés quelques mots anodins
Il me demandait d’où je venais, comment je m’appelais etc.…..
Lorsque subitement, il m’embrassa, sans raison apparente, en me lançant :
Dis, si tu veux me rejoindre, je suis dans ma loge, tu viens quand tu veux !
J’étais trop surpris et fatigué pour réagir à cette invitation singulière.
Tout ce que je voulais, c’était un bon lit et puis surtout dormir seul.
Sans m’inquiéter outre mesure, je me disais que c’était probablement la dernière fois que j’allais dormir dans des draps blancs comme du bon pain.
Le sac à couchage allait reprendre du service, étant donné que mes prospections concernant un travail ne donnaient aucun résultat.
Et j’entérinais que les prochaines nuits, se passeraient désormais à l’auberge des milles étoiles. (Possédant un grand jardin et un plafond immense)
Se retrouver sans le sou, n’est jamais une expérience réjouissante.
J’avais deux grandes préoccupations primordiales, d’abord remplir mon estomac qui grognait comme un ours, et me demander où j’allais bien pouvoir passer la nuit.
PS : Suite dans un prochain billet.