Péripétie au pays de l’enfance

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Beaucoup d’événements émaillent le cours de l’existence et semblent à prime abord insignifiants, mais persistent dans votre esprit en y laissant des marques indélébiles.
C’est parfois l’endroit où vous avez vécu, les personnages que le hasard vous aurait invité à rencontrer.
J’ai ainsi habité rue Gray, qui reprenait exactement le même tracé que la rivière de la Senne, ayant été depuis la fin du 19ème siècle entièrement voûtée.
Les seuls vestiges du caractère marécageux, subsistants dans cette région furent les étangs d’Ixelles.  (J’ai entendu dire que par certains endroits la nappe phréatique affleurait à moins d’un mètre.)
Ce qui provoquait de fréquentes inondations lors de fortes pluies.
Un jour, j’ai vu la taque d’un égout se soulever en l’air comme s’il s’agissait d’un vulgaire bouchon, il fallait voir avec quelle rage et quelle rapidité, l’eau sortait de ce trou, de cette prison d’où on l’avait enfermée.
A ces moments là, la rivière se répandait partout sur les trottoirs, reprenant ainsi son ancien titre de propriété.
Ma sœur et moi contemplions ce mini déluge depuis la fenêtre du notre maison, et nous trouvions cela extraordinaire mais aussi un peu intriguant.
Je crois d’ailleurs me souvenir d’avoir vu une barque circulant ainsi sur ce canal improvisé.
Notre père voyait les choses autrement, car il avait peur que notre mère puisse tomber dans un trou. (Vu que toutes les taques des égouts avaient notoirement sautées, suite à cette effervescence aquatique et par conséquent représentaient un potentiel danger) Dans la rue gray, je me souviens qu’il existait encore un marchand de charbon.
A chaque fois que nous passions devant, j’aimais admirer la vitrine où trônait un petit camion rouge portant des morceaux de charbon, cela me faisait rêver.
C’était aussi l’époque où il n’était pas rare que les gens se fassent livrer du charbon et lorsque  je voyais et entendais, la dégringolade des sacs d’anthracite via le caniveau, cela me procurait toujours un sentiment enivrant.
C’était comme si on nourrissait les entrailles de la maison par cette bouche noire et métallique.
En été, lors des canicules, je me souviens du courant frais qui s’écoulait par le soupirail tel un dragon bienfaisant assoupi dans les tréfonds de la cave.
Mais ce qui m’impressionnait c’était quand je voyais ces hommes tout noirs avec leurs pesants sacs de jute contenant du charbon.
Parallèlement, la vision de ces hommes tout blancs venant livrer les lourds sacs de farine à la boulangerie de notre quartier, me subjuguait également.
D’un coté vous aviez les charbonniers portant sur leurs épaules atlastiques, patinées par la cire grasse des anthracites, la moisson tellurique arrachée à grand peine des entrailles de la Terre, et de l’autre les boulangers à la peau d’albâtre, d’une douce pâleur de marbre, venant livrer la moisson des fruits de Cérès, enfarinés comme des Pierrots d’un théâtre rural.
Cette apparente dichotomie me plaisait assez, sans pour autant comprendre le sens caché de cette symbolique qui se manifestait devant mes yeux émerveillés de petit enfant.
Le souvenir précis du marchand de ferraille, qui de sa voix de stentor criait des mots qui me semblaient incompréhensibles, surnaturels, tel un rugissement farouche, sauvage.
Son verbe résonnait haut et fort, paraissant ricocher contre les murs des maisons ( j’ai cru pendant longtemps qu’il circulait ainsi sur la voie ferrée empruntant probablement le même chemin que les trains et devait dormir quelque part dans les hauteurs inaccessibles du pont qui traversait notre rue.)
Archaaand’ féraiiiieuuu…Archaaand’ féraiiiieuuu…. Hurlait notre homme tout en poussant une vieille charrette remplie de débris de toutes sortes.
Alors, les portes s’ouvraient et on lui donnait en échange d’une pièce ou deux de monnaie, une vieille casseroles ajourée, un tuyau de poêle usagé et parfois du cuivre ou du fer, bref tout ce qui contenait du métal.
Ce n’est que bien plus tard que je déchiffrai une partie de son langage hermétique, en fait, il disait : Marchand de ferraille.

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  1. Très jolie relation de souvenirs d\’enfance. Pour ce qui est des charbonniers, j\’ai aussi connu cela de même que pour la feraille sauf que chez nous dans le pays noir "archaaand"féraiiiiieuuu" était remplacé par "marttchaaand\’vî fièrs".En été passait Edouard dans son char coloré décoré en carosse et tiré par un cheval blanc, il vendait des cornet de glace.Bon dimanche

  2. et le marchand de glace avec sa charrette tirée par un âne!! (non ,pas moi!!!) bébert!! et moi avec ma candeur j\’attendais bébert tous les jours, je faisais ma commande ,puis je l\’envoyais chez ma mère ;au bout de la rue ,pour payer la note ,parfois astronomique de toutes les glaces que j\’avais dévorées! !plus tard j\’ai appris que bébert était le nom de l\’âne!!

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