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Péripéties crétoises 45

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La première fois que je vis l’higoumène du monastère de Agios Prodromos, (que l’on nomme également Moni kapsa) c’était au village de Agios-Spiridon.
Il portait ce chapeau particulier en feutre noir, le kalimavkhi.
(Qui ressemble à un tuyau de poêle, ou un petit chaudron sans poignée, que l’on contemple partout sur la tête des popes orthodoxes)
Sa longue chevelure montée en chignon se logeait dans cet habitacle particulier.
Sa soutane était fermée à l’aide d’une épaisse ceinture en cuir, large d’une main, où pendait, un étrange chapelet dont les grains me semblaient aussi gros que des pruneaux ou des olives de mariage.
Il discutait avec le curé Nikoli, à la terrasse du caféneion de Panayotta.
Malgré la chaleur, nos deux hommes persistaient à garder leur coiffure cléricale.
D’habitude par cette chaleur, papa Nikoli enlevait son kalimavkhi, mais apparemment par respect pour son supérieur, il n’osait faire le premier geste et attendait le moindre signe d’assouplissement venant de l’higoumène.
L’higoumène dont la fonction était d’assurer en autre, la pérennité des offices religieux  mais aussi de faire la relève des quêtes des églises appartenant à son district.
C’est ce qu’on appellerait en quelque sorte, et d’une manière un peu triviale ou désinvolte, relever les compteurs. C’était le but de sa visite de routine.
Fait une chaleur de four aujourd’hui ! S’enhardit à dire, le pope Nikoli
Oui, fait tellement chaud que même les oiseaux volent à l’envers, la tête en bas, pour éviter l’insolation ! Ajouta l’higoumène.
Le brave curé transpirait tellement que l’on aurait cru qu’il pleurait !
Mais enlève donc ton kalimavkhi ! Lui proposa  l’higoumène
Le père Nikoli ne se fit pas prier, ce qui pour un prêtre est un pléonasme !
Il enleva doucement, avec précaution sa coiffe, (celle des grands jours) et puis s’en servit pour se ventiler un peu.
Il n’aimait pas beaucoup s’habiller en officiel.
Bien souvent il ne portait qu’une chasuble toute simple, sans fioritures et son kalimavkhi servait surtout de récipient pour y mettre un bouquet de romarin ou d’autres plantes aromatiques, qu’il avait été cueillir en chemin, et qu’il déposait le plus souvent sur la table du caféneion, où il avait ses habitudes.
Ils burent du raki mais d’une manière très raisonnable, fallait bien qu’ils montrassent l’exemple devant leurs ouailles.
Ce n’était certainement pas le moment de raconter l’incident qui était survenu au père Nikoli, la semaine passée.
La route qui descendait vers Sitia était longue d’une bonne vingtaine de kilomètres, les virages nombreux, frôlaient, flirtaient pour ainsi dire , avec la ravine que rien ne protégeait si ce n’était de maigres bosquets de sauges ou de genévriers.
Et, ce n’étaient certainement pas ces frêles arbustes qui  auraient pu retenir les grosses pierres qui de temps à autre se désolidarisaient de la falaise et allaient choir lourdement sur l’asphalte ou  poursuivaient leur course folle en en contrebas, après avoir effectuer de nombreux rebonds.
On voyait cela, après de fortes pluies ou le passage d’une bourrasque.
Par une belle journée d’été, notre brave papa Nikoli, failli emprunter le même parcours.
 Notre homme d’église, était assis à la terrasse du caféneion de Panayotta, bien en évidence au milieu, comme un monument imperturbable.
Impossible de passer au village sans tomber inévitablement dessus.
Le ouzo se conjuguait à présent au pluriel, notre singulier curé, ayant une certaine capacité d’assimilation concernant tout ces produits.
Malgré cette propension à ingurgiter un certain volume de liquide, suivi nonobstant de moult mézzé, je ne vis jamais papa Nikoli dans un état d’ébriété.
Après tout ce ne sont que des plantes ! Se plaisait il à dire, plus pour se rassurer que pour se disculper par rapport à sa consommation pléthorique.
Le soleil,  une fois de plus, tapait dur et souvent lorsque c’était le cas, on ne résistait pas et on abandonnait la lutte en faisant une bonne sieste.
Mais ce jour là, notre homme devait rendre visite à une paroissienne.
La route n’était pas particulièrement dangereuse et les pneus adhéraient bien, collaient à vrai dire à l’asphalte brûlant.
Voila dix minutes que papa Nikoli avait pris la route, par cette chaleur accablante, lorsque soudain, un gros camion venant en face, klaxonna d’une façon claironnante tel un hérault annonçant la venue imminente d’un grand seigneur du macadam.
Dans les petites routes de montagnes, il fallait parfois se serrer un peu pour passer et faire preuve de beaucoup de civilité et de tact, car les panneaux de signalisations étaient rares et quand il y en avait, ils étaient en général criblés de balles de chevrotines. (C’était le sport national dans la région, les panneaux servant de cible aux nerveux de la gâchette !….. Mais bon, ce n’est que la Crète et pas encore le Far West sauvage !)
Wouaah ! Il m’a saisi ce con là !
Par la même occasion, papa Nikoli considérait le fait qu’il commençait à somnoler d’une manière critique et qu’il serait préférable de s’arrêter un peu.
Il se frotta  les yeux et attendit quelque instant avant de reprendre le volant.
Je ne suis plus très loin de l’endroit où je dois me rendre, pensa t il
Alors, il redémarra prudemment (il avait encore le bruit tonitruant du klaxon qui résonnait dans sa tête)
Il y a des jours où la malchance rôde, attendant le moindre moment d’inattention pour vous faire chuter, c’est ce qui arriva à notre infortuné curé.
Subitement, quelque chose traversa la route à toute vitesse, était ce un lièvre ou un renard ?
Dans sa grande mansuétude, le pope tenta de l’éviter en manipulant le volant d’un coup sec, ce qui eut pour effet de faire valser la voiture en dehors de la route, et là voila qui descendait imprudemment dans le maquis.
Par chance la pente était assez douce à cet endroit, et dans un tourbillon de poussière et de branchages arrachés violemment au passage, le véhicule s’immobilisa enfin à moins de deux mètres d’un petit surplomb qui devait faire au moins trente mètres hauteur.
Sur le coup notre brave homme d’église se sentit instantanément dégrisé.
Et se mit à philosopher sur les événements.
Dieu, lui avait envoyé des signes pour le prévenir.
D’abord, ce routier agitant fébrilement son klaxon, à  l’instar d’une cloche qui sonne le tocsin, puis cet animal qui sans raison, s’était mis à traverser la route.
Tout ceci représentaient des signes avant coureurs d’une potentielle catastrophe.
Néanmoins il y eut plus de peur que de mal.
A présent, il fallait demander du secours pour sortir notre brave homme du pétrin. (ou plutôt du ravin)
Près de trois heures fut nécessaire à l’aide d’un puissant tracteur pour  rechercher la voiture du pope.
Pendant de nombreux jours, (une semaine exactement !) le curé fit abstinence et amende honorable.
Mais revenons au caféneion de Panayotta.
En m’approchant de la table de l’higoumène, le père Nikoli me présenta. 
Voici Christos, un brave gars travailleur, si tu as besoin de lui, n’hésite pas. Alors l’higoumène me demanda si je désirais passer la saison au monastère de kapsa. (je n’avais jamais travailler dans un pareil endroit)
Qu’il avait du travail pour moi, que la nourriture était saine et abondante, que j’allais être au bord de la mer….. Des vacances quoi !
Il omettait bien sûr, le caractère difficile et grincheux de la vieille sœur Kalogria (qui s’occupait du jardin et de la cuisine), le boulot éreintant (j’allais transporter des plaques de marbre sur mon dos !), les escadrons de moustiques qui  vous shootaient à mort le soir et vous empêchaient de dormir.
Il y avait bien une sorte de fumigène anti moustique, mais il provoquait tellement de fumée, que vous auriez préféré passez la nuit dehors en compagnie des moustiques plutôt que de dormir dans votre cellule !
Outre cela, l’endroit était idyllique, d’une sérénité incroyable et puis vous aviez le spectacle grandiose de la mer, sa respiration iodée qui vous rafraîchissait aussi bien le corps que l’esprit.
De plus un immense jasminier recouvrait une partie du monastère qui diluait un parfum magique, délicieusement entêtant.
J’acceptais son offre en me disant qu’une expérience de ce genre pouvait être très enrichissante et puis vivre au bord de la mer, ce n’était pas fait pour me déplaire.
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Suggestion de livre

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Athéna et la grande déesse indienne

Rarement notés, les points communs entre Athéna et la grande déesse indienne, celle connue sous les noms, entre autres, de Durgâ, Kalî, Devî, sont pourtant remarquables. Ils s’appliquent aussi bien aux déesses elles-mêmes, qui présentent, entre Grèce ancienne et Inde, des caractères communs, des mythes apparentés, des affinités identiques avec des objets, des plantes, des animaux, qu’aux rites qui les célèbrent : les Panathénées d’Athènes coïncident jusque dans le détail avec la grande fête de la déesse indienne.
À son tour, la comparaison des déesses entraîne celle de personnages qui leur sont liés, comme Érikhthonios.
À ces divinités, l’indienne et la grecque, correspond également la grande déesse celtique, qui partage avec elles les mêmes caractères. C’est l’image d’une déesse de premier plan, attestée à la fois en Inde, en Grèce et dans le monde celtique, qui émerge à l’issue de cette enquête.

Langue français

Éditeur Les Belles Lettres

396 p. (2008)

ISBN-10 2251324437

ISBN-13 9782251324432

Prix 27,00
 

Péripéties crétoises 44

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Avant de poursuivre mes récits crétois, je voudrais amener quelques précisions.
En dépit du fait que je relatais souvent certains épisodes largement alcoolisés,
nous ne passions pas notre temps à nous enivrer, à nous bourrer la tronche.
Et s’il y avait bien un comportement impopulaire, c’était celui de boire inconsi-
-dérablement, sans tenir compte de certaines règles et coutumes basiques.
Faire une paréa* consistait à se retrouver ensemble. (dès le travail terminé)
Indifféremment, chaque participant de la paréa se tenait garant de la bonne tenue du symposium, si je puis dire.
Cette notion, on l’a retrouve dans l’antiquité avec les fameux banquets de Platon qui n’étaient en sorte que des symposiums. (symposium, c’est le mot grec désignant un banquet)  Les affaires se concluaient, les marchés se topaient lors de ces diverses beuveries philosophiques.
Dans une paréa, vous n’étiez pas obligé de boire systématiquement, il suffisait de mettre la main devant votre verre pour signifier que vous arrêtiez.
Lors de ces paréas, vous deviez tenir votre parole, (votre logo) peu importe que cela fut un marché important ou un engagement minime.
Il ne s’agissait pas de dire, le lendemain, que tout était oublié, que vous aviez trop bu.  C’était vu, comme une attitude inconsidérée d’ivrogne.
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La fonction sociale du caféneion comme je l’ai indiqué plus haut était primordiale.
J’ai connu un tout petit bled, une entité, (mais vous aviez quand même deux églises et deux bistros !) où le conseil communal et même le dépôt du courrier de la poste se tenait dans une annexe du caféneion, car il n’y avait pas de mairie ou d’agent de la poste.
Là on pouvait dire  qu’il y avait vraiment des pots de vin !
Le maire attachait ses chèvres devant le bistro avant de rejoindre son bureau.
Peu de personnes disposaient d’un téléphone, alors les annonces passaient par un haut parleur, et l’on priait untel, de venir chercher son courrier ou de régler sa taxe etc.….
une fois par semaine, s’attardait un vieil autocar souffreteux aux essieux perclus de rhumatismes,qui grinçait bruyamment à chaque virage, et qui transportait un sac en toile de jute contenant le courrier éventuel des habitants du hameau, et accessoirement les clients résiduels qui avaient tenu bon, sur des banquettes aussi douces que des tatamis en crins de cheval , et qui devaient pendant une bonne partie du voyage, ( surtout lorsque le macadam ne tartinait plus la route ) se tenir fermement pour ne pas aller faire valser sa tête contre la fenêtre, ou le voisin ! (un véritable rodéo !)
Mais comme d’habitude, tout cela se passait dans la joie et la bonne humeur.
Fallait il avoir le pied crétois pour embarquer dans ces autobus qui se gargarisaient au diesel ?
( Raan raann roon roon rann raaan ! Le bruit du ronflement rauque du moteur, suivi parfois d’un : tchafff tchafff tchafff, tchouuuf….. A vos souhaits ! )
Voila, ainsi vous avez le son et l’image !
Au village de Agios Spiridon, il y avait une mairie, et même un petit dispensaire que l’on utilisait uniquement lorsque le médecin officiel de l’état venait faire ses visites. (deux ou trois fois l’an)
C’était gratuit et l’on faisait la file jusque dehors, assis sur des chaises en paille en discutant sur les derniers potins de la saison, avant de soumettre
Sa poitrine sous le bisou glacé du stéthoscope.
Vous passiez une brève visite  qui consistait à prendre votre pension…. Heu, je voulais dire …. Votre tension !
Ensuite, trente seconde sur une balance, puis  une lamelle en bois avec laquelle on rabattait votre langue….. Dites : Aaâââ !
Bon pour le service…..Au suivant !
Parfois, le médecin distribuait des médicaments gratuits, ce qui était une opportunité non négligeable, car dans la région, il y avait plus de caféneions ou d’églises que de boutiques d’apothicaire.
Les gens en général étaient en bonne santé.
L’île de Crète ayant la réputation de posséder un des climats les plus purs d’Europe.(C’est d’ailleurs dans ce pays où l’on trouve le plus de centenaires au kilomètre carré)