Péripéties crétoises 48

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En général, il régnait un calme olympien dans le monastère.
Le personnel religieux se résumait à un moine higoumène, et une vieille sœur que l’on nommait Kalogria.
Cette brave dame vivait dans ce lieu depuis 1942.
Au moment où je fis sa connaissance, elle devait avoir 80 ans et des poussières. (et même beaucoup de poussière)
Elle portait souvent des vêtements identiques, usés jusqu’à la trame, un fichu noir noué autour de la tête et parfois un foulard autour de la bouche.
J’avais le sentiment qu’elle utilisait ce linge, pour ne pas avaler la soupière…. Heu ! Lapsus qui est peut être révélateur, car effectivement, elle s’occupait (entre autre) de la cuisine, je voulais dire évidemment : la poussière
(Souviens toi que tu es soupière et que tu retourneras en soupière!)
Ce foulard servait il comme filtre protecteur pour empêcher les microbes, ou les paroles prononcées par les bouches impies, de pénétrer en sa personne ? 
Cette nonne, (sauf le respect que je lui dois) me faisait irrésistiblement songer à la Mère Tape Dur ou à Carmen Cru, un personnage de bandes dessinées.
Notre rencontre ne fut pas à vrai dire le « choc des Titans », mais plutôt le choc inter générationnel.
Elle me voyait un peu tel un martien, et moi je considérais cette soeur comme issue d’une autre époque, d’un autre siècle.
Pensait elle que j’allais prendre sa place ?
Ouais, faut dire que les vocations ne se pressaient pas au portillon !
Un beau jour, je descendis au jardin avec l’higoumène , car nous devions buter les patates ou arroser les arbres fruitiers.
Le moine retroussait sa lourde soutane noire jusqu’à mi cuisse.
Ça faisait des bourrelets, on aurait dit une grosse bouée. (pour le sauvetage des âmes en péril ?)
Pas très pratique de jardiner avec une soutane, me disait l’higoumène en soupirant. (La mode des minis- soutanes ou des soutanes- shorts n’étant pas encore de mise dans la religion orthodoxe.)
Kalogria, était un peu plus loin, tirant de toutes ses forces sur une immense bette qui avait des réticences à sortir de terre.
Je sais, je vous parle souvent des bettes, c’est sans doute bête à dire, mais  la nonne devait avoir une prédilection pour ce légume !
Nous mangions également une sorte d’épinard dont je n’ai pas encore trouvé l’équivalent dans nos jardins potagers, mais bon, mon but, n’étant pas d’écrire un précis de botanique.
L’higoumène, ne se séparait jamais de son téléphone portable.
On pouvait vivre dans un authentique monastère du XVème siècle, travailler la terre à la façon antique, sans aucune commodité, et avec une simple houe qui vous mettait le dos en compote, vivre dans une sorte de pauvreté biblique idéale, (mais que voulez vous, il fallait, que dis je, on devait souffrir pour avoir un beau potager ! )
Sans pour autant se départir de certains petits privilèges et confort que la vie moderne vous apportait.
Dans les appartements assez spacieux de l’higoumène, il y avait une bibliothèque avec beaucoup d’ouvrages in octavo, très pesants
(J’ajouterai en étant un peu rosse, très pesant à lire également.)
Certains livres étaient si grands, que lorsque vous les consultiez, vous aviez
L’impression d’ouvrir une fenêtre, et leurs couvertures étaient si épaisses qu’elles semblaient avoir été sculptées dans un vieux morceau de bois d’olivier, noirci par les ans, imprégné des effluves d’encens des générations de moines érudits.
Son lieu de vie possédait également une douche avec tout le confort moderne.
(Et dire que moi, je devais me laver en vitesse avec un tuyau d’arrosage, le même qui servait pour nettoyer les bettes ou les carottes !)
Dans son salon, il y avait une télévision couleur, car notre higoumène adorait regarder les matchs de football.
Quelle histoire avec ce téléphone portable.
L’higoumène étant très distrait, il déposait son appareil sur le muret du potager et puis ne le retrouvait plus.
Soit, il était tombé par terre ou alors on le retrouvait dans le seau de la Kalogria entre les bettes et les haricots….. Je parle toujours du téléphone bien sûr et pas de l’higoumène !
TRilliiiîi lii triiiîî lii, le bruit étouffé du portable à travers la soutane.
Permettez un instant ! disait il, j’ai une paroissienne en ligne, cela semble important, et puis il disparaissait , nous laissant en plan, se bornant à nous donner des directives pour terminer le potager.
Cet instant là durait souvent des heures.
Fallait voir la soeur Kalogria, lorsqu’elle butait les patates, vêtue de sa robe brune, qui descendait jusque par terre et qui paraissait de la même couleur que celle-ci, comme taillée dans la même masse tellurique.
Malgré son grand âge, elle n’était pas la dernière pour terminer sa ligne de patates, ou pour tirer les bettes hors du sol.
Après le boulot dans le jardin, ce n’était pas  fini pour la nonne, car elle devait encore préparer le déjeuner.
Je l’aidais souvent dans cette tâche, même si au début, elle grognait un peu, n’aimant pas trop que l’on s’occupe de sa cuisine.
Puis par la suite, nous déjeunions ensemble, mangeant ce que nos mains avaient ramassées ce matin, entre deux coulées de sueur.
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  1. Encore un recit de vie qui me régale, autre chose que des bettes histoires. Dit moi, Kalogria était-elle comme bossue? Si je te demande cela, c\’est que dans les champs et les potagers qui se dévoilaient à nos yeux lorsque nous étions en vacance là-bas, nous avons souvent vu de petites vieilles toutes bossues d\’avoir trop travaillé la terre.

  2. superbe page christian!!!! je suis ta fan num1! j\’ai dit!! rires! j\’adore ta façon de raconter !!!!!!!!il ne manque que les odeurs ! et encore! avec l\’imagination on arrive à ressentir! le tout!!bravo!!

  3. hihihi!!!!!de l\’humour, très drôle cette histoire dans sa robe de bure….En effet que les livres sont des fenêtres que l\’on ouvre à notre esprit, merci de le dire.merci pour le message , et au plaisir de te lire encore !

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