Péripéties crétoises 50

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Notre brave sœur Kalogria était malade
L’higoumène avait réussi à la convaincre de se soigner à l’hôpital le plus proche, qui se trouvait à Iérapétra.
 (Environ plus ou moins quarante kilomètres de Kapsa )
Cette nonne ne sortait pratiquement jamais du monastère.
J’assurais donc l’intérim en ce qui concernait le travail dans le potager.
Ce jour là, Il a fallut nettoyer le puits.
D’abord vider le réservoir, en ôtant le bouchon qui était constitué d’un manche de pioche, entouré de vieux chiffons. (de vieilles chasubles et soutanes ?)
L’eau affluait de partout transformant le jardin en rizière, et dégoulinant dans la ravine toute proche, où se trouvaient les figuiers de Barbarie.
J’étais content de voir s’abreuver copieusement ces arbustes qui me semblaient toujours être, non seulement au bord du précipice, (ce qui formait une sorte de frontière naturelle, une protection plus ou moins inefficace contre les chèvres et les brebis) mais au bord de la déshydratation.
A l’aide d’une échelle, je descendis dans le puits pour y verser deux ou trois sacs d’une chaux épaisse et crémeuse, paraissant aussi appétissante et onctueuse que du yaourt. (Je ne conseillerais quand même pas au petit déjeuner !)
C’était l’higoumène qui faisait la cuisine, échangeant en quelque sorte son chapeau de pope contre la toque du chef.
Ok d’accord ! Ce n’était pas de la grande cuisine, excepté la taille de celle-ci, avec ses hauts plafonds vénérables et les celliers attenants.
Avec Kalogria, ce n’était guère plus sophistiqué et vous aviez souvent la même chose au menu du jour ou du soir.
Que cela soit des bettes, des tomates, des concombres, du poisson, des aubergines etc.… Tout était systématiquement, noyé, trempé, imprégné, englouti, engorgé, rempli, submergé, absorbé, oint, recouvert, inondé, enseveli, disparu, badigeonné, enrobé, abreuvé, enduit, lubrifié, englué, enveloppé, fourré, camouflé, huilé, dissimulé, avalé, dilué, délayé, étendu, mouillé, infusé, barbouillé, plongé, imbibé, immergé, étouffé sous l’huile d’olive ! (Toutes autres suggestions seront les bienvenues !)
Nous nous sommes donc débrouillés sans notre cuisinière, et nous avions eus droit (chose exceptionnelle) à du rouget que l’on désigne en grec du nom assez cocasse de barbounia.
Pourquoi tu n’irais pas dire bonjour à notre bonne vieille Kalogria, ce dimanche ? Par la même occasion, tu lui donneras ce pain prosphora*, me suggéra, l’higoumène .
Ah oui, avec un pot de beurre et des galettes et en faisant attention sur la route de ne pas rencontrer le grand méchant loup ! Me disais je en mon for intérieur d’une manière bien ingénue.
Dons, je me mis en chemin vers la grande route menant à Iérapétra, car le bus ne passait pas à Kalo-Néro le dimanche.
Ce fut une belle balade que j’effectuais en longeant le littoral.
Ensuite, je pris l’autobus de Paxi amo jusqu’à l’hôpital.
Lorsque à la réception, je demandais la chambre de la nonne, je provoquais une certaine gaîté, (une hilarité dirais je !) car on trouvait ma demande particulière et si inattendue.
Enfin bref, quoi qu’il en soit, je parvins dans la chambre de Kalogria.
La sœur ne m’avait pas encore aperçu, et s’apprêtait à manger ce qui me semblait être un hamburger !
N’exagérons rien, il n’y avait pas non plus, le gros litron de rouge juste posé à côté d’elle !
Probablement, j’étais le jouet de mon imagination qui devait tourner en roue libre.
Je voyais mal , notre brave sœur confite de dévotion, prête à s’envoyer un hamburger !
Etait ce le plat du voisin que l’on avait mis là provisoirement , en attendant de débarasser les tables?
Je toussotais un peu pour faire diversion avant de m’approcher de son lit.
Subrepticement, (eh oui ! encore mon imagination, à moins que cela ne fut la chaleur) elle déposa quelques mouchoirs en papier sur son assiette.
Ah  heuuu ! Bonjour Christos ! Me dit elle
Je lui expliquais le but de ma visite et lui remis donc le pain.
Elle paraissait surprise de me voir et ne s’attendait (mais alors pas du tout) à me voir débarquer dans cet hôpital
L’entretien durât à peine une petite demie heure, puis elle me pria (et prier pour une sœur, c’est normal) de la laisser seule et de continuer à assurer le travail du potager etc.…
Puis, je sortis et profitais de cette belle tranche de journée ensoleillée pour faire le chemin du retour à pied.
Ne possédant pas, comme c’est souvent le cas dans les petits villages isolés, du taxi crétois à longues oreilles qui fait : Hi haân hhihaaâan dans les virages (c’est le klaxon !)

*Ce pain est un pain de froment fermenté  qui est composé avant cuisson de deux pâtons superposés (symbolisant les deux natures du Christ) ; on le nomme "prosphore" (en grec : prosphora c’est à dire offrande) ; ce pain est marqué d’une empreinte carrée centrale avec l’inscription "IS XS NIKA" (Jesus Christ vainqueur ou victoire, les traductions divergent).

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  1. Tu aurais pu apporter à l\’hôpital , à défaut de galettes et de pot de beurre, une bouteille d\’huile d\’olive à cette pauvre soeur alitée, elle devait être en manque….vu la consommation habituelle au monastère !

  2. Bonjour, un récit encore une fois bien échaffaudé des tes péripéties, ne verrait-on pas poindre au travers de celui-ci comme un doux sentiment envers cette vieille soeur? Sentiment en tout bien tout honneur évidemment. Tu devais avoir de la tendresse pour dame Kalogria.

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