Péripéties crétoises 53

Par défaut

Si en règle générale, le climat en Crète est assez ensoleillé, avec en moyenne trois cent jours de soleil par an, il peut également pleuvoir.
Les nuages s’amoncellent, le temps se fait menaçant. Vous entendez un vrombissement dans le lointain, les roulements sourds et rageurs du tonnerre, et les éclairs lacérant, striant furieusement le voile azuréen du ciel.
La tension est palpable, ça va éclater à l’instar d’une grenade trop mûre.
De grosses gouttes d’eau tombent lourdement, maculant ça et là de sporadiques mouchetures, de tâches sombres, telles des ocelles de papillons,
ce sol sec, aride, surchauffé, qu’implore un peu d’humidité.
L’averse ne tombe pas franchement, c’est juste un coup de semonce, un pseudo orage qui ne donnerait pas suffisamment d’eau pour abreuver un rossignol.
Finalement, les nuages passent, et s’en vont se déverser un peu plus loin dans la montagne.
Mais lorsqu’il pleut pour de bon, vous en avez pour votre argent, vous êtes largement remboursé en liquide !
Je me souviens d’une journée fertile en événements pluvieux.
Pour une raison qui m’échappe, j’attendais Yourgo, (le patron du caféneion d’Epano-épiskopi) ,dans son pick up, qui était garé quelque part dans le haut de la petite ville de Sitia.
D’abord, il s’était mis à pleuvoir normalement, à flots réguliers et généreux.
Puis, petit à petit, l’averse redoublait de force, d’intensité, à tel point que j’avais l’impression que l’on jetait des seaux d’eau contre la vitre.
Des petits ruisseaux grossissaient à vue d’œil,  dégoulinant dans la rue, charriant une eau brunâtre, colorée par la terre, qu’ils avaient arrachés plus haut, et se déversaient dans la mer en contre bas.
Ensuite, ça commençait à pisser sérieusement, le pick up tanguait dangereusement sous les masses d’eaux qui cognaient constamment contre la carlingue.
Et toujours pas de Yourgo en vue !
A présent, les flots furieux vomissaient de toutes part, dévalant les rues en emportant tout sur leur passage, des pots de fleurs, des branchages etc.…
En face, il y avait un petit muret de jardin, que j’avais vu littéralement exploser sous la pression inouïe de l’eau.
Enfin, j’aperçus Yourgo qui se dirigeait vers la voiture, en courant.
Il était temps, car il s’en était fallut de peu que son pick up devienne une sorte d’engin amphibie.
Après cette démonstration de la force potentielle des éléments, la pluie cessa brusquement, comme c’est souvent le cas en Méditerranée.
Mais les rues s’étaient transformées en petites rivières.
Vous aviez de l’eau jusqu’aux chevilles, et les chemin étaient jonchés de débris divers.
Par la suite, nous avions aidé une vieille femme affolée, toute paniquée, qui pataugeait dans son salon, transformée en mare boueuse.
Mais que vais-je devenir, regardez moi ça cette catastrophe !
L’eau en se retirant, avait laissée de longues marques contre les murs, on aurait dit que l’on avait repeint le salon en brun !
Par la suite, nous avions tout récuré, raclé, lavé, etc. … mis les appareils hors d’atteinte de l’humidité.
La dame gémissait et répétant que c’était une catastrophe et qu’elle ne pouvait rien faire contre le destin qui s’abattait contre sa maison etc.…
Merci mes braves palikares, sans vous, je ne sais pas ce que je serais devenue, je suis handicapée des jambes, voyez vous !
Elle pleurait, elle rigolait. (La tragédie grecque, en somme !)
Nous eûmes pour tout salaire, quelques bonnes rasades de raki avec des biscuits fait maison.
Car si en France tout fini par des chansons comme dit l’adage populaire, ici en Crète tout fini par un p’tit coup de boisson locale.
Et, si l’eau avait emporté des choses avec elle, c’était parce que Dieu l’avait voulu ainsi, après tout nous avions la vie sauf, elle n’était pas partie avec le déluge, c’était le principal !
Sur la route du retour, nous eûmes encore bien des surprises.
Une fantastique chute de grêlons, à peine moins gros que des pruneaux nous surprîmes en chemin.
Plus loin, c’était carrément un morceau de terrain où se trouvait encore un arbre, qui avait glissé et se retrouvait ainsi en travers de la route.
En d’autres endroits, il était impossible de passer, car le pont s’était écroulé,
Après ce formidable nettoyage, le soleil faisait sa réapparition.
La vie continuait paisiblement et le raki coulait à nouveau à flot !

Publicités

"

  1. Belle la nature, même sous l\’orage, même sous la pluie, mais elle sait aussi nous montrer sa force et, elle est très forte.Belle l\’entraide entre les hommes, elle sait aussi être très forte.

  2. La nature est une force!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!Bravo pour l\’aide à la vieille dame: tu es la protection civile à toi seul….mais le salaire non taxable est maigre: raki et biscuits faits maison…….Au fond, ne faudrait-il pas revenir à l\’échange de services????????Biz et à +

  3. Oh ce n\’est pas que l\’on buvait beaucoup. Servir le raki, la tsikoudia, faisait partie du décorum, parfois on y trempait à peine les lèvres.Mais la petite carafe était toujours disponible en cas de besoin !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s