Péripéties crétoises 56

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Dans le bas de Agios -Spiridon, près d’une magnifique amandaie, pas loin de la rivière, se trouvait une superbe station de fleurs, de cette variété que l’on nomme : Narcisse des poètes.
C’était un délicieux ravissement de voir ces petites fleurs délicates, jaunes et blanches, qui docilement se dodelinaient sous la douce impulsion indolente d’une brise printanière.
J’en ramenais de charmants bouquets qui agrémentaient mon modeste logis par leurs subtils parfums et leurs notes gaies et optimistes.
Fréquemment, je descendais vers la rivière, lorsque j’étais libre de tout travaux.
Il y a de nombreuses années de cela, une partie du  village devait probablement se situer à cet endroit.
En passant de l’autre côté de la rivière, subsistait un ancien moulin à huile datant du XVIII siècle, quasi enseveli sous un immense lierre.
On pouvait encore déchiffrer une inscription sur une vieille plaque en marbre envahie par la végétation, et que les robustes racines recouvraient, confirmant l’âge honorable du bâtiment ainsi que le nom de son propriétaire.
Jour après jour, le moulin disparaissait peu à peu, englouti, dissout, digéré en quelque sorte par l’inéluctable appétit végétal.
Outre des amandiers, il y avait également des noyers, des orangers, des oliviers et puis deux ou trois imposants platanes dont l’élégante ramure recouvrait l’ensemble telle une petite forêt.
Pour découvrir ce genre d’endroit, il fallait généralement descendre dans le fond des vallées se cachant de l’ardeur du soleil, entre deux larges sillons que parcourait un petit torrent de montagne.
L’eau impétueuse, se transformant ensuite en une rivière plus ou moins importantes, selon les périodes et les précipitations des saisons précédentes.
Ces longues traversées de verdure, m’avait toujours semblé telles de veines végétales ou la potentielle vie botanique s’épanouissait, s’exprimait dans sa splendeur et sa merveilleuse diversité.
C’était un lieu d’une fraîcheur délicieuse, surtout par temps de canicule.
Mais avant de poursuivre cette nonchalante promenade, je voudrais de préférence continuer à vous décrire quelques habitants de Agios-Spiridon, ce modeste hameau juché sur la colline entre Epano-Episkopi et Handras, sur la route menant à Ziros.
Le deuxième caféneion de Agios-Spiridon, qui se trouvait dans le haut du village, appartenait à un certain Eleftéri et sa femme Maria.
Une si petite localité possédant deux bistros, (plus une cimetière et trois églises) ce n’était pas trop mal !
Quand vous considérez que chaque établissement fabriquait son propre raki et parfois son vin.
Le vrai vin du patron, et pas de ces horribles piquettes mêmes pas bonnes pour les drosophiles que l’on nomme aussi mouches à vinaigre, que l’on voyait souvent tournoyer près des cuves à vin ou pas loin des pressoirs et qui démentirait le dicton : Que l’on n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. (et pas d’avantage les crétois d’ailleurs !)
Son caféneion était plus ancien que celui de Panayotta.
Le plafond de celui ci était assez haut avec de belles poutres apparentes, et une sorte de petite ouverture qui servait dans les temps reculés à faire monter des sacs de céréales, ou autres victuailles dans le grenier, mais qui à présent
était fermé. (on distinguait encore un genre de poulie rappelant l’activité première de ce lieu)
Eleftéri qui ne se départait jamais de sa casquette, elle semblait comme vissée sur sa tête, faisant partie de son anatomie.
Pour une raison que j’ignore, il s’était brouillé avec Manoli. (mon afendiko*)
Faut dire que Manoli,  était malade du cœur, et de surcroît avait le diabète.
Ce qui ne l’empêchait pas de boire plus ce qu’il n’était raisonnable.
Par la suite, il partait dans des discours qui n’avait pas toujours l’heur de plaire au patron du bistro.
Alors, c’était des bagarres, des joutes verbales, des insultes etc….
Peut être étaient ce des vieilles rancunes, des rancoeurs, qui trouvaient là, un aliment pour resurgir, réapparaître au grand jour.
Je viendrai plus dans ton bistro de merde, t’es qu’un tas de boue noire ! (C’était son injure préférée !)
A tel point que Manoli me faisait la tronche, si je lui avais dit que j’avais été boire un verre dans  son caféneion. (alors que je n’avais rien à voir avec leurs disputes villageoises)
Faut pas allez chez lui, c’est un con.
Regarde le, il est au fond de son bistro, comme une araignée au fond de sa toile !….me disait il ironiquement.
J’aimais bien malgré tout Manoli qui avait du tempérament et un sacré caractère, à l’inverse de Kalliopi, sa femme qui était plus effacée et certainement plus discrète.
Manoli, Kalliopi et leur fils Yourgo, furent mes premiers véritables patrons dans la région, avant que je ne parte travailler pour le monastère de Agios Ioannis-Prodromos.
La vie au village, outre les chamailleries inévitables, était paisible  et l’on vivait au rythme des saisons, en se dépêchant lentement.
Les plus grands moments dans l’année étant les vendanges, le gaulage des olives et accessoirement le ramassage des escargots, et… le raki ,( tsikoudia) ainsi que les bons produits du terroir !

 


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  1. superbe ballade offerte a la recherche de jolies fleursfinissant dans les colères de manoli qui j\’espére s\’est un peu adoucitas tu des nouvelles de toutes ces figures de crète????bisous et bonne soirée

  2. Manoli s\’est adoucit pour toujours , il repose en paix et fait pousser les fleurs à présent. le pope Nikoli doit avoir au moins 83 ans, certaines personnes que j\’ai connu à ,l\’époque ne sont plus là.Il ne faut pas oublier que ce sont des souvenirs qui datent d\’il y a de 20 ans ou plus .BIEN LE BONJOUR DANS VOTRE MAISONNEEµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµµ

  3. Casquette visée sur la têten flash, je les revois ces têtes , ces casquettes et… ces joues mal rasées, noires de barbe, vrai???

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