péripéties crétoises 60

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Certaines journées d’été, nous avions beaucoup de visite dans le monastère.
Principalement des touristes qui venaient s’égarer dans ce coin perdu.
Je devais alors m’occuper de l’accueil et répéter inlassablement les mêmes points de règlement.
Pourtant, j’avais rédigé sur un panneau en carton, et en trois langues.
« Ceci est un lieu sacré, respectez le. Nous rappelons aux visiteurs que le port du short ou de vêtements courts dans l’enceinte du monastère est interdit »
Malgré cela, la plupart des gens se ramenaient en short et en tong.
Ils venaient de la plage, et allaient visiter le monastère, comme s’il s’agissait d’une sorte de club méditerranéen.
Alors l’higoumène se rappliquait et demandait gentiment mais fermement de revêtir des vêtements plus en adéquation avec le lieu sacré.
Souvent, je servais d’interprète pour expliquer certaines modalités aux touristes, et en général tout se passait plutôt bien.
Il y avait une pièce servant de vestiaires où pendaient de vieilles nippes épargnées par les mites.
Alors en rigolant dans ma barbe, (que je n’avais pas !) je dirigeais les gens vers l’endroit, un ancien cellier qui sentait l’huile rance et la vieille chandelle, pour qu’ils puisse se changer et mettre des habits plus longs.
Je dois absolument mettre cela ? me demandait cette dame quelque peu coquette qui me tendait, l’air dégoûtée, et un peu inquiète, une robe d’aspect assez défraîchi, et qui sentait la naphtaline.
Evidemment, sans quoi vous ne pouvez pas visiter le monastère ! disais je le plus sérieusement du monde.
Je devais faire un effort d’imagination pour ne pas esclaffer de rire en voyant certains accoutrements.
Il est vrai que notre garde robe ne sortait pas d’un lot de vêtements dégriffés de chez Cardin ou Christian Dior, mais semblaient avoir été griffés, lacérés, (dégriffés ?) par les nombreux chats du monastère, se cachant souvent dans tous les coins, idem dans le vestiaire, étant constamment à l’affût des souris ou des geckos, qu’ils croquaient comme des friandises.
Selon le baromètre de son humeur, Kalogria  accueillait les touristes soit avec du café grec, ou même parfois offrait du rahat-lokoum et de l’eau fraîche que l’on avait mis au frigo.
 Car la source qui coulait au monastère ayant circulée pendant deux ou trois kilomètres, dans des tuyaux en zinc qui serpentaient dans la colline, avait  été chauffée par le soleil durant son parcours.
 Et non, parce qu’il y avait une source d’eau chaude à proximité, comme l’avait prétendu d’une manière erronée et naïve, un certain professeur d’histoire.
Je tenais également le très modeste emploi de caissier.
Certes nous n’étions pas dans une vulgaire épicerie.
 À part quelques cartes postales, des cierges à la cire d’abeille, et des boites d’encens, nous ne disposions pas d’un achalandage très conséquent.
Non madame, ce ne sont pas des cachous parfumés à la rose mais de l’encens et je ne vous conseillerais pas de les sucer ! Précisais je à une cliente, intriguée par les petites boites de boules roses, disposées sur une table.
Nonobstant, il y avait des touristes vraiment sans gène qui semblait oublier que nous vivions dans ce monastère.
Ils allaient et venaient partout, prenaient des photos de notre soeur Kalogria, comme s’il s’agissait d’une antiquité, parlaient haut et fort, d’une façon triviale. (mais c’était la minorité)
Parfois, nous allions à Goudouras, pour je ne sais plus quelle raison.
Il fallait que de temps en temps, l’higoumène s’enquière de ses paroissiens.
Alors, il prenait le volant de son combi volskwagen, et je l’accompagnais tout content de faire une petite balade et de sortir hors du contexte monacal.
Pour parvenir à Goudouras, nous devions d’abord affronter moult virages frôlant les falaises.
A chaque virage (ou presque), l’higoumène se signait tout en pestant contre la tortuosité du parcours et parfois nous évitions de justesse un petit troupeau de chèvres.
Certaines étant tout bonnement assises au beau milieu de la route et c’est à peine si elles daignaient se lever lorsque un véhicule s’approchait.
Et c’est en bêlant d’une manière contrariée qu’elles bougeaient enfin leurs séants.
Avant d’arriver à Goudouras, nous nous arrêtions devant une petite chapelle, sans doute déjà bien contents d’être parvenus sains et saufs, jusque là !
On faisait brûler quelques encens, et l’higoumène effectuait une petite prière.
Nous allions également voir l’état et le débit des deux sources qui alimentaient le monastère et  éventuellement enlever les racines qui encombraient le puits.
Pour une personne non avertie, il aurait été difficile de soupçonner qu’à cet endroit apparemment désert, se cachaient deux superbes fontaines sous l’ombrage de quelques palmiers.
Cette oasis n’étant pas particulièrement visible depuis la route.
Ensuite le reste du chemin devenait plus aisé.
Les caféneions de Goudouras, me faisait irrésistiblement penser à des saloons, avec leurs portes à deux battants. (comme dans les westerns)
Et lorsque l’higoumène avec son haut chapeau de pope et sa longue soutane noire entrait dans le bistro, (non, il n’avait pas un canon scié caché sous sa soutane !) et levait la main pour passer commande, il ne disait pas non plus :
Hey, Joe la balafre, sers nous deux double whisky, biens frais, et plus vite que ça, on a soif !
Bien sûr, tout se passait d’une manière plus simple et bonne enfant.
Après quelques surnuméraires carafes de rakis  suivi de mézzés ad hoc,
Nous reprenions la route du retour.
L’higoumène tenait fermement le volant en écoutant des chants byzantins à plein volume.
Les fenêtres étaient ouvertes, laissant glisser un vent nous giflant délicieusement la figure, ce qui avait pour effet de nous dégriser un peu et de faire diluer les effluves d’alcool dans les airs. (plus les airs byzantins, mais ça, je l’ai déjà dit)
Tout était parfaitement sous contrôle et avec l’aide de Dieu, (et d’un bon estomac pour digérer tout ce que l’on avait bu et mangé !)
Nous n’eûmes jamais de problèmes…. et le soir les chèvres étaient couchées !
Et à la fin, Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants… heu, non ! ça c’est dans une autre histoire !

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  1. Je pense que Dieu a dû souvent t\’aider!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!et le caissier, il donnait des souches avec TVA??????????Toujours aussi palpitants, tes récits et mon espritvagabonde……Oui, Kris, j\’ai un esprit!!!!!!A+

  2. J\’ai souvent été déçu lorsque parti de l\’hotel en tenue légère et me baladant dans l\’arrière pays je me retrouvais bloqué devant l\’entrée d\’un monastère, maintenant, je sais que je pourrais peut-être me changer dans celui-ci.Dommage cette pudeur, pour des lieux habité d\’un dieu nu sur la croix et nous ayant fait a son image.

  3. Pour répondre à Pipoune ( voir commentaire plus bas) Non , T V A, ne voulait pas dire : Taxes Vatican Ajoutées, de toutes façons, la religion orthodoxe ne dépend pas du Vatican. Très Valeureux Ânes ? ( il y en avait encore un certain nombre dans la région)

  4. Tu as parfaitement raison d\’énoncer ce paradoxe : Pourquoi une telle pudeur ? Alors que l\’on figures le Dieu ( presque) nu sur un croix.Du moins dans le monastère de Kapsa, il y avait la possibilité d\’obtenir des vêtements à prêter.La garde robe semblait appartenir à celle des Deschiens.Mais il est vrai que les touristes ne pouvaient pas franchir le seuil en bermuda ou en tenue légère.Un ticheurte ça passait encore, mais surtout pas de shorts.Si jamais tu avais l\’opportunité de passer à kapsa, cela serait génial.Ainsi après avoir lu les péripéties crétoises, tu auras les images et tu comprendras pourquoi ,j\’ai vécu 5 ans dans la région.Ce n\’était pas facile tout les jours, mais cela fut une des meilleures expérience de me vie.Merci de ton passage sur mon blog et de tes commentaires

  5. je crois que tu as vécu ta vie comme tu le voulais, selon tes aspirations, et que tu continues à la vivre de façon un peu marginale!! (pas péjoratif)!! non je ressens ,en te lisant , un bonheur de vivre ! par dela les conventions en faisant ce que tu aimes!! tu as raison christian!!!!!!

  6. et dire que j\’ai été me promener dans les gorges a coté du monastèreadmiré le monastère perché tout en hautje ne suis pas allée visiter!!!!je ne savais pas que l\’on y avait accèsbah se sera pour une prochaineet je n\’oublierai pas des vêtements appropriés!!!(lol)c\’est en allant vers goudouras que j\’ai rencontré cet adorable petit chiot dont j\’ai publié la phot sur mes albums de crèteça fait du bien de te lire, je replonge la-basj\’y retournerai c\’est sûrbisous et bon dimanche à toi

  7. T\’es sûr qu\’il avait le permis de conduire l\’higoumène ? parce que faire des signes de croix dans les virages….c\’est pas dans le code de la route ! même si on est très croyant, c\’est plutôt casse-gueule ! Excellent le coup des vieilles nippes prètées aux touristes…et dire qu\’il y a des plages de nudistes à quelques kilomètres à vol d\’oiseau de là !

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