Péripéties crétoises 61

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S’il y avait un endroit que j’affectionnais tout particulièrement en Crète, c’était les gorges de Samaria. (en dépit du fait qu’elles sont malheureusement trop fréquentées durant la saison touristique)
J’étais parti de La Canée*, dans un des ses bus, qui paraissait toujours devoir éternuer, à cause du chauffeur qui s’amusait à faire actionner les gaz.
Il semblait très content de piloter son autocar rutilant, et portait fièrement sa  casquette sur la tête tel un capitaine au longs cours.
Et à l’approche du moindre village, il klaxonnait d’une manière joyeusement tonitruante à l’instar d’un bateau accostant le port.
Peu avant d’arriver au village d’Omalos*, il s’arrêta sur le bord de la route pour faire monter une vieille femme surgie de nulle part, habillée en noir et qui portait un cabas.
Bonjour mon Yourgo, je t’ai préparé des keftédès avec des tomates et puis tu vois, j’ai emballé trois gâteaux et voici un peu de raki, dit elle.
Oui, maman merci beaucoup.
Tu rentres tard ce soir ?  N’oublie pas d’abreuver les chèvres  et d’acheter cinq kilos de grains de maïs chez Socrate, quand tu repasseras par ici.
Fais attention sur la route, couvre toi bien, t’as les remerciements de papa Stéfanos qui te remercie d’avoir eu la gentillesse de sulfater ses vignes…, et le pain chez le boulanger, tu le prendras également ? ajouta t-elle.
Oui, maman merci beaucoup, on se voit tantôt etc.…..
Après quelques minutes de cette conversation  anodine, le chauffeur redémarra comme si de rien n’était.
Je trouvais cette intervention plutôt amusante et je me disais que sans erreur possible je me trouvais effectivement en Grèce.
Qu’un chauffeur puisse prendre le temps de s’arrêter quelques instants sur le bord de la route, de discuter le bout de gras avec son voisin ou sa mère, sans que l’on trouve cela aberrant.
J’imaginais mal un conducteur de bus à Bruxelles, Steenokkerzeel, Paris ou Londres, qui puisse agir de la même façon, sans que les gens commencent à s’énerver, à piétiner d’impatience dans le car.
En Crète, on prend le temps de vivre, on va siga siga*
Rien ne presse, à part le jus de citron qui arrosera les bonnes côtelettes d’agneaux, la chèvre bouillie, ou les petites sardines fraîche et croquantes à souhait qui sentent bon le romarin et l’huile d’olive.
Les gorges de Samaria sont sans aucun doute uniques en Europe.
Au début on se croirait en Suisse, quelque part dans les hauts alpages.
Pendant un certain temps, un escalier de bois accompagne vos pas, ensuite  quelques marches taillées dans la masse de la roche terminent votre descente.
Parfois la vallée se fait large, généreusement agrémentée de petites rivières, qui s’entrecroisent, à moins que cela soit le même cours d’eau qui joue à cache cache entre les galets et les buissons de lauriers roses.
En d’autres endroits, le passage est si étroit, qu’il ne laisse passer qu’une personne à la fois.
Vous contemplez cette haute paroi rocheuse qui se perd dans l’indicible demeure des nuages, et l’eau ruisselle de partout.
Au milieu du parcours, vous avez les anciens vestiges du village de Samaria.
C’est une belle opportunité pour souffler un peu et puis de se désaltérer.
Lorsque vous arrivez à Loutro, sur le rivage de la Libikon Thalassa, il vous reste le caïque pour terminer le trajet jusqu’à Chora Skafion. (prononcez : Kora Skafion)
J’avais remarqué ce petit sentier qui s’enfonçait dans la montagne.
Il était si discret, comme s’il se dissimulait des regards profanes des touristes.
En questionnant un gars du coin, je lui parlais de ce chemin et de la possibilité de l’emprunter.
Pas de problème, il y avait effectivement moyen de rejoindre Chora Skafion par ce moyen là, si on ne craignait point le vertige, vu la hauteur des falaise et l’étroitesse de ce sentier qui semblait surtout familier aux chèvres.
Il suffisait de savoir lire la route, dans les petites crottes laissées par celle-ci.
Alors, j’abandonnais sans regrets, le flot des touristes qui s’agglutinaient devant l’embarcadère du petit port de pêche de Loutro, pour suivre ce chemin chevrier et mon intuition…………
(Suite dans un prochain billet)
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  1. tu racontes tellement bien qu\’on si croirait!on sent l\’odeur du romarin, on entend l\’eau qui ruisselle, on imagine le visage avenant du chauffeur de car…..merci!

  2. j\’étais malheureusement trop loin des gorges de samaria,mais j\’y retourneraipar contre les petites crottes de chèvre, je les ai bien vue!!!!vive la krikribisous et bonne soirée

  3. Nous y sommes allés en 1981, nous avions loué une voiture afin de faire le tour de l\’île ! Je me souviens que nous avons longé, en bateau, le port dont tu parles et juste avant nous avions remarqué un village qui avait été entièrement détruit durant la guerre ! On nous a dit, qu\’à ce jour – 1981) que les touristes allemands y étaient interdits ! Etait ce l\’ancien village de Samaria ? Si tu pouvais me rafraîchir la mémoire !

  4. gloups je me suis trompée de gorge ! C\’est celle de Salamita dont je te parlais ! Je te mets un album je vieilles photos argentiques pas réussies du tout mais c\’est un peu de nostalgie !

  5. Je n\’ai été que 7 jours en Crète et malheureusement pas eu le temps de parcourir ces magnifiques gorges, par contre, je confirme ton anecdote, pour l\’avoir aussi vécue, de la petite maman toute en noir pour qui le chauffeur s\’arrête et taille une bavette.NB: l\’image de tes plats et épices me fait toujours saliver

  6. Très beau récit, plein de tendresse avec cette mama et son fils.Lors de mon voyage touristique( hé, oui, j\’ai fait partie de cette horde de touristes)en 1991, j\’ai fait e groupe cette randonné aux gorges de Samaria……Le guide nous avait mis à disposition 2 mules pour porter les sacs à dos.Certaines dames étaient chaussées de petites chaussures d\’été…….La galère pour elles.Un petit ruisseau sillonnait dans la vallée et avec des ponts plus que rudimentaires: souplesse et agilité étaient de mise.Si ma mémoire est correcte, j\’ai souvenir que nous avions pris un bâteau pour rejoindre un car rutilant à Soucia…………….Vais essayer de retrouver les photos!!!!!!!Les gourdes d\’eau étaient épuisées: chaleur++++++Ton récit me donne envie d\’y retourner avec marc.Biz

  7. je connaissais les petites pierres blanches et maintenant ,j\’y ajoute les petites crottes de chèvres!! c\’est beau ton récit!! elle doit te manquer la grêce!!!

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