Péripéties crétoises 64

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Vivre dans un petit village reculé du sud-est de la Crète, n’était pas toujours chose aisée.

Il y avait des compensations bien sûr, des moments fantastiques, puis des jours sombres, des orages passagers où l’incertitude flottait dans l’air telle une nuée d’oiseaux de malheur.

Lorsque je pataugeais dans la boue de mes angoisses existentielles.

Heureusement, j’arrivais toujours à surmonter tout cela  grâce à la légèreté d’un cœur joyeux et confiant, et d’une ineffable joie guidée par un optimisme inexpugnable.

Dire que j’étais un indécrottable optimiste, ne serait pas exact non plus.

Disons que j’arrivais à relativiser les situations et surtout de prendre le parti d’en rire.

J’évitais d’être comme un bateau en péril sur un océan de contingences, ballotté par l’existence, sans pouvoir  interférer, de décider de la suite de l’histoire.

Puis changer de cap, s’il s’avérait utile ou nécessaire.

Une personne âgée du village de Néa-Pressos m’avait demandé si je pouvais venir arroser ses orangers, une fois par semaine. (je crois me souvenir que c’était tout les mardis)

Nous étions dans une période creuse, je n’avais pas trop d’ouvrage. J’acceptais de bonne grâce, sans même jeter d’abord un coup d’œil dans le jardin ou de discuter de mon éventuel salaire.

Le premier jour, ce travail fut difficile, car en fait d’orangeraie, je trouvais une jungle de ronces et d’orties enlaçant les troncs d’arbres.

C’est à coup de pioche et de machette, que je parvins à dégager les orangers de leurs étreintes acérées.

Je revins quelques heures plus tard, complètement éreinté, le visage fardé de terre, les jambes toute griffées par les ronces, électrisées par les picotements,les morsures acides des orties.

J’avais bien sûr omis de dire à ma patronne, qu’il s’en était fallut de peu, que toute l’orangeraie ne parte en fumée.

Car en effet, ayant fait des fagots avec les branches, j’y avais bouté le feu.

Ce feu qui couvait depuis pendant un certain temps se mit subitement à prendre de l’importance et s’approchait dangereusement des orangers.

 C’est à l’aide de branchages verts et en jetant de la terre et de l’eau, que je parvins à contenir l’ardeur de celui-ci.

J’ai su plus tard, qu’il était dangereux de faire du feu, lorsque le sol était trop sec et qu’il soufflait

un peu de vent.

J’avais heureusement une fontaine pas très loin.

 Imaginez un seul instant,  toute la plantation partant en fumée, pour mon premier jour de travail, cela aurait été un coup de maître, assurément !

Les autres fois, je me contentais d’arroser les arbres et puis de faire une bonne petite sieste, après avoir mangé ce que m’avait préparé la dame.

En partant, je cueillais trois ou quatre oranges généreusement gorgées du soleil crétois, que je dégustais sur le chemin du retour.

En fait, il n’y avait pas beaucoup de travail. ( à part quand il s’agissait de nettoyer le terrain )

Je pense que cette brave femme, voulait surtout de la compagnie et puis parler un peu.

Je l’écoutais attentivement, fidèle et patient comme un chien.

Elle me parlait de la ville de Smyrne,  des grecs de l’Asie Mineure, de l’exil forcée, de la grande catastrophe de 1922, du génocide etc…

Elle était encore une jeune enfant, à l’époque mais se souvenait de tout, et c’est avec une émotion toujours vive qu’elle me parlait de son passé.

 Puis finalement, avec un sourire un peu triste, s’adressant à moi, elle haussait les épaules, en disant, bah, c’est de l’histoire ancienne, je t’embête sûrement avec tout cela !

Ce n’était pas le cas, je trouvais son histoire intéressante, même si parfois, je devais faire un effort pour comprendre le dialecte crétois, qu’elle utilisait en mélangeant le grec.

Ensuite, elle me servait un plat de lentilles avec de l’aneth et de la sauce tomate, ou du riz pilaf avec des keftédès, puis sortait une petite carafe de raki ou une bouteille de vin. (le vin de ses vignes)

Mon prodigieux salaire se résumait à une poignée d’oranges, un bon plat chaud, du raki et du vin.

Souvent j’oubliaisde réclamer mes sous, mais cela n’avait aucune importance, j’étais heureux ainsi.

Et le mardi suivant, je revenais avec la bêche sur l’épaule.

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  1. Tous tes récits sont superbes!!Mais ce dernier a retenu particulièrement mon attention sur ta philosophie………………..(Ceci dit , je n\’en doutais pas…) Relativiser les situations……Changer de cap si besoin était……enfin: exister par toi-même………Trouver simplement les solutions en toi……………………Ceci dit, tu as failli manger des oranges flambées …..au raki!!!!!!!!Et pas de pompiers à proximité!!!!!!!!Biz et à bientôt!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

  2. En lisant ton merveilleux texte, je me suis souvenue que moi aussi j\’ai failli mettre le feu à tout un pré d\’herbes séches en allant brûler des papiers dans un vieux bidon ouvert, sauf que ce jour là il y avait du vent et quelques étincelles sont tombées sur le sol..le temps d\’aller chercher un arrosoir d\’eau, le feu commençait à s\’étendre…heureusement que mes gentils voisins sont arrivés avec des pelles..

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