Péripéties bulgares (17)

Par défaut

 

Avant de poursuivre ma randonnée vers le refuge de Khijâ RaÏ, je voudrais tout d’abord vous narrer une petite anecdote plutôt cocasse.

 

Certains endroits de Bulgarie sont assez isolés, il en était ainsi de Papachir. C’était plutôt un lieu- dit, pas vraiment un village.

Papachir se situait à plus ou moins vingt kilomètres de Goce Delcev, (prononcez ; Gosse Deltiev) près des Monts-Pirin un coin très calme frôlant la montagne Orelek.

Pas de moyen de transport pour aller jusque là, à part le taxi ou l’auto-stop.

Pas de vrai magasin non plus.

Je n’inclus pas ces deux petites boutiques minuscules où l’on vendait trois boites de sardines, un peu de pâtes, du fromage ou de la charcuterie, trois fois plus cher qu’à Goce Delcev.

Pas de coiffeur, de pharmacie, de garage, d’église, ou de bureau de poste, c’était l’isolement presque total.

Il y avait itou, deux refuges de montagne, guère éloignés l’un de l’autre.

Il y a trois ans, on trouvait encore un charmant hôtel sur la route menant à Orelek, mais qui depuis lors avait fait faillite.

Les deux refuges de montagne bordaient la route.

En traversant celle-ci, et en allant dans une sorte de plaine aux abords de l’orée d’une immense forêt, existait (ou subsistait ?) encore un hôtel assez gigantesque.

Cet hôtel, dans un premier temps me faisait songer à une colonie de vacances, à cause de son côté bahut scolaire, un peu scout, mais qui ne manquait pas de charme.

Ce qui manquait surtout c’était les clients !

Un peu plus loin, encore des chalets, certains très beaux, d’autres dans un état quasi d’abandon (à l’instar des chalets aux alentours du refuge de Nézabravska.) Un jour, sur les conseil de mon khijâr, (gardien du khija : refuge de montagne) j’allais sur la route menant au village de Pirin, pas loin des montagnes du même nom.

C’était une belle journée, un vent doux glissait le long de la

montagne,vous amenant les effluves parfumées de thym, de marjolaine et de senteurs diverses et multiples.

D’après les indications, je n’étais plus très loin de ma destination, le village étant distant que de six kilomètres environ de Papachir.

Cela faisait une bonne heure que je circulais sur cette route, sans apercevoir la moindre habitation, et guère plus de circulation, sur ce long lacet macadamisé, et surchauffé, miroitant sous le soleil, qu’un peu d’ombre éparse, atténuait l’ardeur, grâce aux généreuses embrassades suavement parfumées, des conifères ponctuant
l’itinéraire.

Pirin, se dévoila au détour du chemin, près d’une belle fontaine.

L’eau suintait et débordait de partout.

Il suffisait de suivre les petits ruisseaux vous amenant directement au village.

J’avisais le seul bistrot du lieu, où j’achetais une grosse pastèque.

Vu, la taille de ce fruit et son poids, je décidais de le partager avec d’autres clients qui étaient  attablés au café.

Je n’allais pas ramener celle-ci à Popovi Livadi (c’était le nom du refuge où je logeais à Papachir) Je fus ainsi pendant quelque temps à discuter avec les villageois.

J’aurai pu remonter par la montagne, et redescendre sur Papachir.

Mais il aurait fallu mieux connaître cette montagne pour s’engager en ses flancs ombreux, sinuant dans la forêt.

D’ailleurs, La matinée était bien avancée.

Je devais encore parcourir le trajet inverse, et je n’avais aucune intention de faire du stop, pour revenir sur Popovi Livadi, malgré mon sac à dos, et la demie pastèque qui restait, plus les deux melons que j’avais acheté dans le bistro.

C’est alors que l’on me proposa de me raccompagner en camion, qui allait livrer du bois à Goce Delchev.

Je n’osais refuser, nonobstant la vétusté du véhicule, de peur de vexer les gens.

Il manquait des superlatifs ( ou des adjectifs) pour décrire ce camion.

Imaginez un vieux camion de livraison de limonades Pepsi, comme
il en circulait dans les années 50 ou 60, avec un plateau à l’arrière.

Un camion que l’on s’imaginerait plus à voir dans un musée que sur une route !…… Une antiquité, vous dis je ! Le plateau de cet
ancêtre, était encombré d’un pesant chargement de rondins de bois.

La cabine étant très étroite, j’étais presque obligé de m’asseoir sur les genoux du convoyeur (ou le contraire !) Cela sentait le cambouis, la résine, la sueur, et les barbes mal rasées.

Le chauffeur de cet engin avait empoigné mon sac à dos et l’avait envoyer valser par-dessus le tas de bois.

J’aurai bien voulu garder mon sac sur les genoux, mais vu l’exiguïté de notre habitacle, cela fut hors de question.

L’engin démarra, ou plutôt toussota, dans un grincement d’essieux qui généra un bruit assourdissant, on se serait cru dans une locomotive.

Par la fenêtre, j’essayais de voir à travers le rétroviseur crasseux, et cassé en deux, si mon sac à dos subsistait encore sur la cargaison.

J’avais peur d’un subit coup de vent, qui aurait pu faire basculer mes affaires sur la route.

Une fois encore, je me sentais bien imprudent pour m’embarquer ainsi avec deux parfaits inconnus.

Pensez donc, si mon sac à dos tombait sur la route avec toutes mes affaires dedans ! (mon passeport, mon argent, mon billet d’avion etc…)

Fort heureusement, mes compagnons de route,
n’étaient pas des bandits de grand chemin, pensais je ! Et en parlant de
chemin, il faut dire que cet arthritique camion, n’excédait pas le 15 à l’heure en montée ( maximum 18 en vitesse de pointe et en terrain plat !)

De surcroît, nous dûmes nous arrêter 2 fois pour rafraîchir le radiateur, à raison de trois bouteilles d’eau d’un litre et demi !

Ce poussif engin consommait plus d’eau que d’essence !

A chaque arrêt, le brave chauffeur, soulevait le capot, se grattait la tête d’un air anxieux et dubitatif, en regardant le radiateur qui soufflait  comme une baleine.

Franchement, je me demandais si nous allions parvenir à Papachir (il n’y avait pourtant que 6 ou 7 kilomètres à faire) Avec un peu de chance,
ils allaient atteindre Goce Delchev, avant la tombée de la nuit. (trois heures pour faire 30 kilomètres !) A l’issu d’un deuxième arrêt, je parvins à caler mon sac sous une bûche.

Ils étaient quand même sympas, ces gars dans leur camion tout rouillé et déglingué.

Nous parvînmes enfin à Papachir et je laissais ces gens poursuivre la route sur cette antédiluvienne machine.

۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩۩

Publicités

"

  1. Fameuse équipée dans un fumeux camion, il faut que tu sois franc d\’oser ainsi braver des routes de montagnes sinueuses. Et si les freins…?Bon dimanche.

  2. Tout juste Mamie Lily….. C\’est bien vu, ce camion était bleu !ça se trouve que c\’était déjà le même il y a trente ans. ( sûrement dans un meilleur état, avec trente ans de moins dans les essieux !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s