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Brigitte, Quentin, et les villageoises (péripéties crétoises)

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Voici, un petit texte racontant la première fois que Brigitte et son fils Quentin vinrent me rendre visite dans ma maison en Crète ( Ce texte était sur mon ancien blog)

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Agios-Spiridon était un modeste village niché dans la colline.

Le jour où mon amie Brigitte et son petit garçon Quentin, vinrent me rendre visite cet été 1989, ce fut un véritable évènement parmi les autochtones.

Je dus d’abord faire la présentation de mes invités, aux différents villageois et villageoises que nous rencontrâmes sur le chemin.

Depuis la place principale, (sans oublier le cafénéion) jusqu’à ma maison, il y avait trois cent mètres, mais cela nous avait pris près d’une heure pour les parcourir, ne pouvant échapper tant à la politesse, et la courtoisie élémentaire qu’à la curiosité de celles-ci.

Il ne fallait en aucun cas omettre personne dans ce décorum social.

Quoique, je trépignais d’impatience de montrer mon lieu de vie à mes hôtes.

Déjà, j’entendais certaines femmes chuchoter entre elles.

J’avais dit que ce petit garçon accompagnant Brigitte, était mon neveu.

Ah bon ? Alors Brigitte, c’est ta sœur ? me demandaient ensuite les villageoises intriguées.

Je trouvais fastidieux de leur expliquer que Quentin, n’était pas à vrai dire mon neveu, dans le sens strictement familial du terme, mais qu’il était mon neveu spirituel, ce qui les rendait perplexes.

Tout le monde s’extasiait devant le petit Quentin et complimentait sa maman d’avoir un si beau garçon.

Mais comment se nomme t il ? me demandait on. Il s’appelle Quentin ! répondais je

Apparemment, ce nom semblait un vocable compliqué à prononcer, j’avais beau le répéter à plusieurs reprises, mais la plupart, trouvait impossible d’énoncer son nom correctement.

Cela devenait : Kotin, Kitin, et même Kotta, ce qui signifiait, poule, en grec.

Quentin devenait ma poule ! Mais vraisemblablement, avec ses cheveux blonds et son jeune âge, c’était encore un poussin !

Ma maison, toute menue, s’accrochait, s’appuyait contre un rocher.

Il y avait deux pièces, celle du bas qui servait jadis comme étable pour les animaux, à présent c’était une remise pour le bois.

Celle du haut, le bel étage, si je puis dire, servait aux humains (ainsi chacun vivait dans ses appartements)  Brigitte fut soulagée de la fatigue de son  périple, mais aussi de constater que ma demeure si exigüe soit elle, était malgré tout bien entretenue et confortable.

Dès le soir nous allâmes manger dans le petit cafénéion de Panayotta. (pour un prix  que j’avais convenu à l’avance) Le lendemain, nous étions prestement levés aux aurores pour ne pas rater l’unique bus de la journée qui allait à Sitia.

Sur ces routes isolées, le trafic n’était pas dense, c’est le moins que l’on pouvait dire, une voiture tout les trois quart d’heure, et encore, quand c’était l’heure de pointe.

A l’époque, à Sitia, je connaissais  un magasin (le dernier de sa catégorie) qui vendait des selles pour les mules et les chevaux, ainsi que des accessoires divers.

J’aimais discuter avec la patronne, dans sa sellerie qui sentait bon le cuir et le parfum des choses qui perdurent comme une longue nostalgie désuète.

Elle me racontait sur le ton de la plaisanterie et avec une pointe d’ironie lucide, que son commerce sera le dernier, l’ultime du canton, car plus personne  n’achèterait de paletots pour les mules et que bientôt sa sellerie deviendrait une sorte de musée.

La voiture et surtout les pick-up, remplaceraient petit à petit, cet ancestral moyen de locomotion.

Pourtant, lui fis je remarquer, dans l’arrière pays, on préconisait encore  son utilisation, surtout dans les endroits difficiles d’accès où seul le pied  d’une mule arrivait à se poser.

Après une brève visite de cette petite station balnéaire, nous partîmes Brigitte, Quentin et moi, en direction de la plage la plus proche, faisant une abondante moisson de soleil.

La récolte fut bonne, emportant avec nous du sable dans nos chaussures, et du sel jusque derrière les oreilles.

Nous rejoignions, fourbus mais heureux notre modeste logis.

Brigitte était confortablement installée dans le lit en fumant une cigarette et moi debout, le torse nu en train de faire la vaisselle. (je suis ceinture noire de vaisselle) Elle me dit  tout à coup : ça alors, tu es bien en chair, on pourrait dire que tu es mince comme un câble ! Je lui rétorqua : que la nourriture crétoise était plutôt roborative, et puis que j’avais la main leste avec l’huile d’olive et le vin ! Comme les excuses sont faites pour s’en servir, celles-ci devaient être élimées jusqu’à la corde.

Comment accuser l’air pur de la Crète ? ( un des meilleur de l’Europe) Les mézzés succulents, le vin qui ne faisait pas de manière lorsqu’il s’agissait de le boire, et puis cette sempiternelle huile d’olive, quasi sainte, et d’un usage multimillénaire ?

Le régime crétois avait fait ses preuves, mais j’étais plus gourmand que gourmet, un épicurien tendance dionysien !

Ainsi nous discutâmes agréablement.

Lorsque, je vis Marina ma voisine, accompagnée d’autre dames du village (une véritable délégation !) qui voulaient apparemment me donner quelque chose.

Ma porte était largement ouverte.

Christos, nous avons amené des biscuits fait maison pour souhaiter la bienvenue à ton amie et son fils ! Cinq femmes en noir portant un plateau de pâtisserie crétoise.

Je vis ces braves villageoises, jetant des regards curieux, introspectifs, à l’entour, pour constater à leur grand étonnement, que j’étais occuper à faire la vaisselle, tandis que Brigitte était mollement allongée sur le lit, tirant de longues bouffées sur sa cigarette.

Je pensais immédiatement : ça y est, le journal allait bientôt être édité et demain tout Agios-Spiridon serait au courant de l’affaire ! Vous vous rendez compte ! ce pauvre Christos qui faisait la vaisselle et cette femme ‘vautrée’ sur le lit et en plus qui fumait une cigarette !

Dans les vieux patelins, ce n’était pas toujours facile de changer les mentalités.

Pour elles, les rôles étaient inversés, car c’était à la femme de s’occuper de la vaisselle et de préparer le repas pour l’homme.

Evidemment, je ne m’en formalisait pas, considérant Brigitte et Quentin comme mes chers et précieux hôtes.

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Souvenirs de ma maison à Epano-Episkopi

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Souvenirs de ma maison à Epano-Episkopi en Crète.

L’endroit où je demeurais à Epano-Episkopi, n’était pas à proprement dire une maison, mais une grande pièce servant de débarras pour les machines agricoles.
Yourgo ‘Caféneion’ me l’avait prêté aimablement.
Le premier jour où je pris possession de mon logis, il fallut enjamber un gros motoculteur qui barrait le chemin.
Des sacs d’engrais étaient couchés sur le lit.
L’odeur de la machine imprégnait le lieu à l’instar d’un garage.
Par terre, posé sur du papier journal, se trouvait le moteur d’une moto, tout gluant d’huile et de cambouis.
Les longues toiles de  poussière qui collaient au plafond imploraient le passage d’un balai. Il n’y avait pas d’électricité, ni d’eau.
A l’aide de Yourgo et de son père, nous avions exproprié le matériel agricole obsolète ainsi que les débris de la moto.

Idem, les sacs d’urées et de phosphates qui encombraient le lit.
Tantôt, je t’amènerai une lampe à pétrole, un balai, et puis un seau et des couvertures, me précisa Yourgo.
Dehors, il y avait une sorte de gros tonneau qui recueillait l’eau de pluie.
Je me servis de cette eau  stagnante mais relativement propre pour laver le sol.
J’avais réussi à rendre cette demeure tout à fait viable et agréable.
Une vigne était adossée contre le mur et une partie de pampre dépassait de la fenêtre, formant ainsi un brise-vue naturel qui donnait un aspect charmant et bucolique.
C’est dans cet endroit, en m’éclairant à la lampe à pétrole, (je me serais cru au temps du Far- West) que j’avais dévoré de mon plus bel appétit littéraire, le livre de Hans Georg Wunderlich : The  secret of Crete.
J’étais ébloui et fasciné par cette lecture et me mettais à rêver.
Allais- je faire de grandes découvertes à l’instar de Wunderlich ou même d’Arthur Evans ?  Surtout que Yannis, m’avait narré des histoires mi sérieuses mi fantastiques, relatant l’exhumation inopinée de la tombe d’un guerrier, dont le masque funéraire était en or massif , entouré d’un tas de joyaux, de vases, et d’autres objets tous très bien conservés.
Dans quel pourcentage se situait la vérité et où commençait la légende ?
Ne confondait-il pas avec les masques d’or trouvés à Mycènes dans le Péloponnèse ?
La vérité se cachait-elle au fond de son verre de raki ? et non dans le tréfonds d’une improbable grotte ?
Prétendument, que certains trésors dormaient encore quelque part dans une caverne, ou un labyrinthe, et qu’il suffisait d’en dénicher l’entrée, pour un jour devenir riche et célèbre.
Notre expédition dans l’une d’elle, tourna court.
Je pensais en particulier à la grotte aux brebis de Yannis, où nous avions cru suffoquer d’angoisse lorsque nous nous étions retrouvés piégés dans les entrailles de la terre.
(pour ne pas perdre la face, aucun de nous n’aurait avoué la peur aussi légitime soit-elle, qui nous avait cernés de ses bras invisibles et froids)
Le craquement soudain, puis le jaillissement d’une frêle lumière provoquée par une allumette que Yannis avait fait surgir entre ses doigts, avait paru alors à nos yeux comme un phare nous guidant à bon port vers la sortie.
Une autre fois, nous étions retournés dans cette fameuse grotte, dûment munis de torches électriques, pour ne pas refaire l’expérience de nyctalope. (nyctalope ? restons polis !)
Sans le savoir, dans notre première tentative, nous étions arrivés au terme de cette excavation.
Le creusement du tunnel s’arrêtait net devant la paroi rocheuse et ne menait nulle part.
Nous avions déployé un plus grand trésor d’imagination que ne pouvait contenir cette caverne. C’était de notre imaginaire que nous étions les plus riches.
La réalité était aussi patente et désespérément dure que cette roche qui nous barrait le chemin. Quand même, quelles raisons avaient poussés des hommes à construire un tel souterrain qui  apparemment ne servait à rien ?
Nous sûmes la vérité lorsque nous revînmes au village.
Nul n’avait entendu parler d’un quelconque trésor caché dans cette caverne.
Un vieux du village se souvenait que pendant la guerre, ce souterrain avait été choisi pour servir de poudrière et probablement cacher des canons et des armes.
Et que cette excavation avait aussi été utilisée par les palikares* comme cachette, durant la guerre de l’indépendance contre les turcs.
Personne ne pouvait dire avec précision, quand cet ouvrage avait été crée.
Nous fûmes un peu déçus de la disparition ,ou plus précisément de la »non réalité » du trésor.
Alors, nous nous consolâmes avec un peu de vin. (qui aimait tant faire la glissade dans nos gosiers).
N’allez pas croire non plus que toute cette histoire nous avait rendu tristes comme une pierre….. précieuse ?
Les plus belles richesses de la Crète étant, les abondants oliviers, l’air pur, l’accueil de ses habitants, les innombrables fleurs, le soleil etc.…

Palikares* = soldats grecs qui combattirent durant la guerre de l’indépendance de la Grèce (1821-1830 )

En passant à Brindisi

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Dans ce présent billet, je vous raconterai une péripétie survenue à Brindisi en Italie.

Je revenais de Grèce (une fois de plus) et pour certaines raisons que je vous expliquerai peut être un jour, j’étais sans le sou.

Donc me voila en Italie, et la dernière pizza margarita est déjà un lointain souvenir

N’ayant plus d’argent, et n’osant demander de l’aide, je me demandais bien ce que j’allais pouvoir manger.
Nous étions en été, et j’avais l’opportunité (ou vraisemblablement le culot) d’emprunter par ci par là, quelque fruits ou légumes dans les champs.
Un jour, en faisant ainsi mon marché sauvage dans un grand terrain regorgeant de fabuleux trésors succulents, tels que des orangers, des figuiers, des tomates etc.…
Je vis un énorme chien fonçant vers moi, les babines retroussées et maculées de bave fumante….. Disons qu’il allait bon train, telle une locomotive folle écumant de la vapeur et un peu énervée du sifflet !
Par chance son maître se trouvait dans les parages et pu intervenir à temps avant que celui-ci ne déchire le fond de la culotte (je parle du chien  évidemment)
Apparemment, il voulait en découdre avec moi…. Surtout mon pantalon !
Que viens tu faire ici ? Me dit le propriétaire du jardin.
Il tenait son chien à l’aide d’une grosse corde (j’étais tellement près que j’aurais pu lire la marque de son collier….. le collier du chien bien entendu ! mais bon, je ne vais pas à chaque fois vous précisez la chose ; je continue  le récit ?)
J’expliquais brièvement les raisons opportunes de l’insidieux hasard m’ayant fait choir dans son potager.

La faim me poussant à commettre cet acte délictueux, au regard des objets convoités et tellement appétissants à mes yeux.

Mais surtout à mon estomac qui en avait marre de rouler à vide et que nonobstant, je remplissais ce sac posé à côté de moi, qui était la conséquence de cette petite affaire qui présentement nous préoccupait….. Bref ! Je crevais la dalle, putaiiin !
Finalement, le brave homme ne se mit pas en colère et accepta que j’emporte ma modeste rapine (3 ou 4 tomates et une chétive salade.)
Cela ne valait pas le coup de se faire déchiqueter par les crocs d’un dogue énorme, fou de rage, et qui  tournoyait férocement autour de sa laisse.
L’homme finalement arriva à calmer le chien et m’offrit même quelques kakis,
en me demandant de ne plus revenir dans sa propriété.
Dans mes balades, j’avais remarqué qu’il y avait un dortoir attenant à la gare de Brindisi, et il me vint une idée.
Il était hors de question de retourner à l’hôtel, de toutes façons je n’avais plus d’argent, et certainement pas envie de dormir dans la loge du réceptionniste à la face lunaire (il me faisait irrésistiblement penser à un personnage de Fellini)
Je n’osais plus dormir sur la plage car j’avais toujours peur qu’une vague un peu plus forte que les autres puisse m’emporter.
En outre, le bruit incessant des vagues, la noria des vespas qui passaient sans arrêts, et l’odeur de pizzas narguant mes narines.
Un peu plus tard dans la soirée, je revins subrepticement dans les parages de la gare qui était déserte à cette heure là.
Le dortoir était une grande bâtisse pourvue d’un côté d’une rangée d’éviers et de douches, et de l’autre de chambres.
Par chance, le bâtiment n’était pas verrouillé
Je me disais, au point où j’en suis, je vais d’abord prendre une douche, j’aviserai ensuite.
Après une petite ablution et propre comme une lire neuve, (l’euro n’existant pas encore) j’essayais systématiquement d’ouvrir chaque porte, essayant en vain de pénétrer, étant halluciné de fatigue.
Mais comble de déveine, toutes étaient fermées
J’étais près à abandonner, lorsque, après moult essais, une porte s’ouvrit enfin sur une petite chambre.
Ce bon lit semblait  telle une invitation impérieuse à rejoindre les bras de Morphée, j’obtempérais à ce commandement sans autres délais et m’endormis du sommeil du juste, en pensant aux petits aléas de la journée.
Mes rêves se peuplèrent de chiens et de locomotives écumantes, transportant une cargaison de kakis et de tomates cerises.
C’est aux petites heures du matin lorsque même le coq somnole encore sur son perchoir, que j’entendis des pas se rapprochant de la chambre.
La clenche fit un demi tour et moi je me glissais dans les couvertures pour ne pas voir ça !
Imaginez, l’air hébété du brave type qui venait probablement de faire une longue journée de travail dans la compagnie des trains et qui trouvait déjà quelqu’un dans son lit !
J’allais quand même pas lui dire…..Allez, je me pousse un peu pour te faire de la place !
Mes explications oiseuses dans une langue qui ne comprenait pas, ajoutaient de l’absurde à cette scène qui virait à présent à la commedia dell arte
Il ne savait pas s’il devait se fâcher ou bien rire de cette situation  particulière.
Néanmoins vu mon aspect inoffensif, il devait se dire qu’il avait affaire à un drôle de coco mais pas dangereux.
Il me reconduisit gentiment devant son chef de service.
Le chef de la gare de Brindisi, m’intima l’ordre de ne plus revenir dans les parages, sinon, il irait prévenir les carabinieri.
Alors, je repris mon sac à dos et mon courage.
J’étais malgré tout content car j’avais (presque) réussi à passer une bonne nuit

PS: je vous expliquerai une autre fois,comment j’ai dormi pendant plusieurs jours dans une caserne militaire désaffectée et comment j’ai failli être pris pour un espion  si si !!

Petite histoire du village d’Epano-Episkopi

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( voici un billet que j’avais commis sur mon ex blog, et qui raconte une anecdote survenue du temps où j’habitais encore en Crète…. si vous le souhaitez, je vous invites à vous y promener)

Au village d’Epano-épiskopi, j’habitais dans une toute petite maison composée d’une pièce.
Un modeste logis coincé entre deux vignobles.
Mes plus proches voisins étaient des dindons que j’entendais glousser dès le matin d’une manière très expressive et particulièrement sonore.
Cette symphonie matutinale débutait par le chant inévitable des coqs, du pépiement des oiseaux divers et multiples, des chiens du voisinage qui se mettaient à aboyer, du bêlement des moutons et des chèvres, du braiement des ânes et pour finir le brouhaha lointain et confus des activités humaines.
Après cette aubade pastorale terminée, le calme retombait sur la campagne pendant quelques temps, jusqu’à ce que les stridulations lancinantes et ininterrompues des cigales reprennent en chœurs leurs longs chants estivaux.
Je m’amusais à contempler les dindons que je trouvais fascinants et assez rigolos.
Cette façon qu’ils avaient de faire enfler cette sorte de jabot rouge écarlate qui par ailleurs pendouillait la plupart du temps, et semblait comme un ballon de baudruche tout fripé et dégonflé.
Le propriétaire de ces volatiles m’avait expliqué que durant la pariade à la mi-février, on voyait ces curieux oiseaux qui commençaient à trépigner, à piaffer, en maintenant leurs ailes pendantes, agités de curieux frémissements convulsifs, tout en faisant la roue. ( on aurait dit qu’ils étaient sous pression)
Leurs gloussements particuliers, suffisaient à faire plonger les femelles dans un état proche de l’extase. (Voulez vous encore un transe de dindonneau ?)
Parfois, il y avait des brebis  qui passaient juste sous ma fenêtre, accompagnées de Yannis le berger.
Il possédait un vaste enclos dans une grotte pas loin du site archéologique de Néa-pressos.
Quand l’envie me prenait, je le suivais volontiers.
Par ailleurs, j’avais remarqué un singulier rituel.
Dès qu’il arrivait sur les lieux après avoir fait rentré toutes les bêtes, il se mettait à pisser devant elles, bien en évidence.
Cet acte là pouvait sembler anodin, mais un jour, ne pouvant plus me retenir, non pas de pisser, mais de lui poser la question qui me tarabustait.
 »  Dis, Yannis pourquoi tu fais pipi devant ton troupeau ?   » Lui demandai- je
Il me répondit, que c’était évident comme le nez au milieu de la figure.
Tu vois, j’urine pour leur montrer que c’est moi le patron !
J’ignorais si sa réponse était une boutade.
Mais néanmoins, je savais que l’urine chez les animaux servait à délimiter le territoire, et à affirmer une suprématie sur les autres femelles ou mâles.
Mais j’arrête de vous parler de pisse !
Pissons à autre chose….heu, je voulais dire, passons à autre chose !
Cette grotte dont je parlais plus haut, faisait fonction d’abri pour les animaux et c’était là également où se tenait en saison, le salon de coiffure des moutons. (C’est-à-dire la tondaison)
Yannis m’avait montré un tunnel creusé à même la roche et qui s’enfonçait très profondément dans la falaise.
Un jour, ayant eu la curiosité de l’explorer jusqu’au bout, nous nous étions munis de chandelles pour aller faire une expédition.
Ce tunnel semblait très long. Nous avions parcourus au moins cinq cent mètres, lorsque un coup de vent soudain, venant de l’extérieur vint éteindre nos bougies, nous plongeant dans une obscurité d’encre. Evidemment, aucun de nous avait songé à cette éventualité ni même à une stupide boite d’allumettes.
Tu as du feu ? Me demanda Yannis avec un tremblement dans la voix qui trahissait une légère inquiétude.
Non, malheureusement je ne fume pas ! Lui rétorquai- je.
Nous nous étions contenté d’allumer les chandelles sans songer à prendre le briquet avec nous. Dans ce tunnel, nous marchions en tâtonnant la paroi de nos mains, tout en allant vers ce qu’il nous semblait la sortie.
L’obscurité était tellement épaisse que j’avais l’impression d’immatérialité, d’incorporalité, comme un esprit enveloppé d’un tégument de ténèbres.
Ma voix, les battements de mon cœur, étant les seules choses qui émergeaient de cette opacité profonde telle la proue d’un navire dans une tempête noire et menaçante.
J’étais occupé à ces pensées pour le moins dantesques, lorsque j’entendis Yannis pousser un cri de joie. Hourra ! J’ai trouvé une boite d’allumettes dans ma poche.
Le craquement inopiné et inespéré d’un ridicule petit morceau de bois enduit de souffre permit de mettre le feu à un vieux morceau de papier journal que notre brave berger tint à l’instar d’une fugace torche jusqu’à la sortie de la grotte.
La fulgurante clarté de l’extérieur et la chaleur de l’été s’imposèrent à nous d’une manière violente et suave

Hommage à Jacqueline de Romilly

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Jacqueline de Romilly  est décédée ce samedi 18 décembre 2010

Jacqueline de Romilly, membre de l'Académie française, pose dans son appartement, le 12 février 2003 à Paris.

Jacqueline de Romilly, membre de l’Académie française, pose dans son appartement, le 12 février 2003 à Paris. AFP/ALEXANDRE FERNANDES

L’académicienne Jacqueline de Romilly, spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, est morte  samedi à l’âge de 97 ans, indique, dimanche, son éditeur Bernard de Fallois. Née le 26 mars 1913 à Chartres (Eure-et-Loir) d’un père professeur de philosophie et d’une mère romancière, Jacqueline David a très vite été première : deux fois lauréate du Concours général, ouvert pour la première fois aux femmes en 1930, elle sera la première femme reçue à l’Ecole normale supérieure en 1933, puis à l’agrégation de lettres en 1936.

Professeur de lycée à partir de 1939, elle est nommée maître de conférences (1949), puis professeur titulaire (1951) à la faculté des lettres de Lille, avant d’être professeur de langue et littérature grecques à la faculté des lettres de Paris (1957-1973).

Elle a été la première femme professeur au Collège de France pour chaire « La Grèce et la formation de la pensée morale et politique » (1973-1984) puis la première femme élue à l’Académie des inscriptions et belles lettres (1975). Spécialiste de la civilisation et de la langue grecques, elle est l’auteur de très nombreux ouvrages sur cette période, notamment sur l’historien Thucydide, le théâtre d’Eschyle et d’Euripide et la guerre du Péloponnèse.

retrouver ce média sur www.ina.fr

Jacqueline de Romilly, qui incarnait l’enseignement des études grecques classiques en France ainsi qu’une conception exigeante et humaniste de la culture, a écrit, en plus de 60 ans, de très nombreux ouvrages. En 1988, elle était devenue la deuxième femme élue à l’Académie française, après Marguerite Yourcenar. Elle en était la doyenne  depuis la mort de Claude Lévi-Strauss en 2009. Membre correspondant étranger de l’Académie d’Athènes, elle avait obtenu la nationalité grecque en 1995 et avait été nommée ambassadrice de l’hellénisme en 2000.

« C’est une perte pour notre pays », a réagi sur France Info Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie Française. « C’est une femme qui a porté toute sa vie la langue et la culture grecques parce qu’elle considérait (…) que c’était une éducation (…) à la compréhension de la liberté de l’individu, de l’attachement à la démocratie », a-t-elle souligné.

« Elle a souffert énormément depuis quelques dizaines d’années de voir l’étude de cette langue décliner, et cela a été pour elle un immense chagrin », a-t-elle ajouté, jugeant que le meilleur hommage à lui rendre « serait d’attacher plus d’importance désormais à la langue grecque dont elle a été le plus grand défenseur dans notre pays ».

Une œuvre prolifique

L’universitaire a défendu ardemment l’enseignement littéraire et celui des langues dites « mortes ». Après son plaidoyer L’Enseignement en détresse (1984), elle fonde en 1992 une association pour la sauvegarde des enseignements littéraires. Mme de Romilly a notamment publié des essais comme Histoire et raison chez Thucydide (1956), La douceur de la pensée grecque (1979), un Que sais-je? sur Homère (1986), une biographie d’Alcibiade (1995), mais aussi un roman, Ouverture à cœur (1990), et des nouvelles qui évoquent ses souvenirs : Les Oeufs de Pâques (1993) et Laisse flotter les rubans (1999).

Chypres…. ses patates et ses pastèques.

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J’ai beaucoup aimé l’île de Chypre.
Son climat assez stable et ses hivers étonnamment doux.
J’étais parti du Pirée.
Après une traversée de deux jours, en faisant escale à Rhodes, je voyais au loin, posées sur l’immensité azuréenne de la mer, la majesté grandiose des Monts Troodos* et les neiges des sommets miroitant au soleil.
Le débarquement sur cette île ne pouvait pas mieux tomber, c’était le jour de mon anniversaire.
Je m’offrais donc Chypre comme cadeau.
Je ne me souviens plus si mon ami Yourgo m’attendait sur le quai.
Quoiqu’il en soit, je dirigeai mes pas vers l’auberge de jeunesse de Limassol.
Yourgo en était le responsable.
Une fois de plus, j’avais laissé Bruxelles la grisonnante, (je dis cela dans un sens météorologique) pour tenir compagnie à Hélios qui souvent se baigne dans le bassin méditerranéen.
Pour moi cette île représentait la porte d’entrée vers l’Asie Mineure et présageait ce que pouvait être le Liban dans toute sa splendeur végétal et ses riches montagnes.
(Surtout lorsque je contemplai, un peu plus tard certains exemplaires imposants de cèdres situés sur le Monts Troodos)
Mon intention était de rester dans cette île et de travailler avec Yourgo, pour le compte de l’auberge de jeunesse de Limassol
Mais à cause de certaines raisons administratives, il s’était révélé assez difficile de mettre sur pieds ce projet, et je ne disposais que d’un permis de séjour de trois mois.
Dans les premiers temps, je visitai un peu l’arrière pays.
J’ai un souvenir précis d’une balade sur le site archéologique de Kourion*.
Il faisait une telle chaleur, que j’étais comme hypnotisé, et tentais de discerner à travers l’aveuglante clarté ensoleillée, la pénombre d’une fraîcheur propice où j’aurai pu étaler le doux miel d’une sieste prolongée.
Le théâtre de Kourion était très bien conservé.
L’acoustique tout bonnement sublime, et le son paraissant comme amplifié par la rumeur de la mer toute proche.
C’est là, allongé sur un gradin et abrité sous une petite arcade que je m’endormis.
Mon sommeil s’emméla dans des circonvolutions oniriques, emportant avec volupté les méandres des souvenirs imprimés dans la masse des pierres et l’intemporalité mnémonique des siècles.
Une force indicible régnait dans ce lieu, d’une résonance particulière.
Le bruits des vagues suggérant comme le lointain murmure d’un public.
Pareillement, le marbre vibrait et semblait rendre l’écho des voix qui s’étaient tues depuis des centaines d’années.
Je revivais dans ce théâtre tous les événements avec une perception idéale.
J’entendais le bruit du galop des chevaux, le cliquetis caractéristique des vieilles charrues à bœufs, la tonitruante chaleur des applaudissements des spectateurs, les acteurs clamant leurs textes.
Ensuite, je sorti de cette douce flânerie antique, avec un immense bien être, en ayant le sentiment d’avoir entrevu une partie des mystères pérennes de la vie.
Pourtant, le jour de ma visite, il n’y eut guère plus de cinq ou six touristes arpentant ce site archéologique. (et le gardien somnolait dans sa cabine, la casquette posée sur le nez)  Où ce situait la frontière entre la réalité et le rêve ?
Était ce simplement le soleil qui avait trop chauffé ma pauvre cafetière ?

Ces lieux empreints d’une véritable antiquité, étaient chargés d’une intense poésie que je pouvais lire entre les pierres et les volutes diaphanes d’une brise Caressante et tiède.
Mais la réalité allait souvent surgir à mes yeux dans sa plus prosaïque crudité et les aléas matériels de la vie.
Dans mes recherches d’un quelconque émolument, il m’arrivait de tomber dans des situations incongrues ou indésirables.

Ma rencontre avec Kosta fut tout a fait inattendue.
Je marchais le long d’une route, sans but précis.
Lorsque je décidai de faire un peu de stop, car le soleil commençait déjà à affoler le thermomètre, et j’avais grandement envie de me retrouver le plus vite possible avec les orteils (et le reste) barbotant dans l’eau.
J’avais à peine exécuté, le mouvement de haut en bas avec les mains, comme il est conseillé dans la région (et en Grèce) lorsqu’on fait du stop, qu’il arrêta sa voiture à ma hauteur.
Car,aussi étrange que cela puisse paraître, lever son pouce en l’air comme l’usage le prescrit dans le reste de l’Europe, est souvent assimilé à une insulte.
Pareillement, la main tendue et les doigts écartés signifiant « va au diable ! »
Lever le pouce risquerait d’être décodé comme une injure similaire à  « Va te faire foutre ! » Et vos tentatives gestuelles sembleraient guère consensuelles pour un autochtones ou du moins très peu élégantes.
Donc il fallait ménager les susceptibilités des autochtones.
Sa voiture s’arrêta à  ma hauteur et nous partîmes vers Lady’s Mile bay*, la plage la plus proche de Limassol.
Nous sympathisâmes assez vite.
J’appris ainsi qu’il cherchait du personnel pour l’aider dans ses cultures.
Nous prîmes rendez vous assez rapidement, et le lendemain, il vint me chercher à l’auberge de jeunesse.
Le travail était agréable mais épuisant, Il s’agissait de cueillir des pastèques. (certains devaient peser minimum 10 kilos)
A l’instar d’un lourd ballon de rugby, vous deviez les lancer à un type en haut d’un camion.
Je travaillais en équipe avec un suisse.
Il fallait retenir son souffle en réceptionnant  convenablement ce pesant fruit dans vos bras en évitant de basculer en arrière par l’impact  du choc.
Mais dis donc, ne lanceuu pas trop viteuu, la pastèqueu me demandait le suisse, j’arriveuu pas à suivreuu me disait il !
Si ça continueuu, je vais porter plainte à l’ambassade Suisse, en disant que je me fais canarder à coup de pastèque par un belge !
On rigolait bien à ce moment là et plus d’une fois !
Un autre boulot tout aussi champêtre, consistait à planter les pommes de terre.
J’effectuais cette tâche avec une norvégienne dont les rotondités généreuses se cachaient derrière une salopette en blue jeans.
La machine à planter les patates ressemblait à une sorte de gros tracteur pourvu à l’avant d’une rangée de socs qui pratiquaient des trous dans la terre et à l’arrière d’un système qui refermait ceux ci après le passage des patates.
C’était Fiona la norvégienne qui pilotait ce drôle d’engin bruyant.
Pendant qu’elle conduisait, je devais prendre une patate dans un grand récipient et la jeter dans un genre de disque muni d’un trou qui passait régulièrement devant moi.
Je devais viser dans le trou susdit, et il ne fallait pas traîner car la machine bouffait les patates à un rythme effréné.
Un moment d’inattention et c’était toute une ligne qu’il s’agissait de refaire.
Ce curieux engin fonctionnait à la patate, et j’ignorais à combien de patates à l’heure nous étions. Mais nous allions bon train.
Le bruit tonitruant de cet engin particulier, persistait dans vos oreilles en vous rendant légèrement abrutis, de plus fallait voir la poussière que cela soulevait.
Alors, comment cela s’est passé ? me questionnait Kosta.
Pas de problème, c’est un travail relax, nous sommes assis toute la journée le cul sur une chaise comme dans un bureau ! Plaisantai je.
Outre ses activités paysannes, Kosta dans ses loisirs, jouait du bouzouki à l’occasion de fêtes de mariage ou de baptême.
Nous allions fréquemment dans les petits villages pittoresques de la montagne où le vin et la joie de vivre s’écoulaient avec cette insouciance toute méditerranéenne.
Troodos : Point culminant de l’ile de Chypre  (2000 mètres )
Kourion: Site archéologique important, théâtre bien conservé et nombreuses mosaïques.
Lady’s Mile Bay : Plage touristique ( pas loin de la base militaire anglaise)