Nuit câline

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Dans l’éventualité d’un voyage prochain en Grèce, j’avais réussi à vendre quelques bouquins pour une certaine somme, ce qui me permettait d’être un peu plus à l’aise durant mon séjour.
(C’était l’époque où je ne vivais plus d’une manière régulière en Crète.)
Je n’envisageais pas des vacances dans un camp de concentration touristique, n’aimant guère le tourisme de masse.
J’ai horreur de me retrouver sur une plage archi comble avec d’autres humains.
Rôtir toute la journée à l’instar d’une côtelette badigeonnée d’huile,cela n’était pas fait pour moi et en règle générale, je fuyais ce genre d’endroit.
J’aimais l’errance, et découvrir à fur et à mesure les paysages et les gens.
Pendant longtemps, je partis ainsi,sans carte, ni boussole, au hasard des routes en m’adressant à l’autochtone ou en flairant le sentier.
Je marchais sur des routes isolées avec pour seul point de repère, la connaissance de la langue grec.
Les chemins en disaient long (et parfois très longs) sur l’issu d’un parcours.
L’humble marcheur n’étant que sa partie qui en émerge, le chemin se fabriquant à fur et à mesure…. A mesure humaine dirai je.
Ce qui est important dans un trekking, c’est le poids que vous transportez.
Je m’arrangeais toujours pour réduire au minimum la charge que j’aurai inévitablement sur le dos, sans compter l’eau et les vivres.
Ainsi, outre les vêtements que je portais sur moi, j’amenais un ticheurte de rechange, un short,deux slips et trois ou quatre paires de chaussettes ( et un petit pull pour les nuits fraîches en montagne ) et c’était à peu près tout ce que j’avais comme linge.
Un gros morceau de savon de Marseille me suffisait pour la toilette et la lessive, le reste de l’espace étant occupé par le sac de couchage, la tente et la nourriture.
Cela faisait rire mon neveu Quentin, lorsque je lui disais que j’amenais uniquement deux slips pour un séjour de près de deux mois.
Je lui expliquais la raison. » Tu sais en Grèce, il peut faire très chaud, alors après une journée de marche, dès que tu trouves un endroit pour te reposer, tu laves en vitesse ton slip et ton ticheurte et l’affaire est réglée. »
Bien souvent, il m’arrivait de revêtir mon ticheurte qui était encore mouillé et cela me prodiguait une sorte de divine aération et du courage pour reprendre la route éclaboussée de soleil.
Le seul petit problème, c’était de trouver des sources d’eau en suffisance.
J’en transportais suffisamment pour éviter ce genre d’incident.
Quoique, Il y a parfois des couacs !
Je me souviens de cette fameuse journée qui avait failli mal terminée.
Ayant passé la nuit sous une barque, j’avais été provisoirement protégé des moustiques et d’un éventuel orage.
Depuis cette embarcation, j’avais un excellent point de vue panoramique sur l’ensemble de la plage qui était déserte.
Parti de bon matin, j’étais tout content, ayant repéré une modeste petite source.
Des gouttes suintaient péniblement d’une anorexique fontaine et j’avais du patienter une demie heure pour faire le plein, mais l’eau paresseuse qui en sortait, représentait pour moi, un petit pactole et la possibilité de poursuivre ma route à travers la forêt toute proche. (Sans eau sous un soleil implacable, impossible de poursuivre un périple)
Je marchais pendant des heures à l’ombre des arbres, m’accordant une toute petite demie heure pour casser la croûte.
Cette forêt me semblait interminable et il n’y avait pas âme qui vive.
Ce qui est une expression complètement erronée, car l’ensemble de cette forêt
était à l’instar d’une immense âme vivante, qui vibrait, respirait, exhalant la transpiration résineuse et parfumée des nombreux cèdres ou autres conifères.
Ce n’est que vers 19h, que je sortis enfin de ce temple végétal et que j’aperçus le premier village.
J’avais donc fais le tour du cadran horaire et j’étais loin d’avoir épuisé toutes mes ressources.
Content malgré tout de retrouver mes semblables bipèdes, après avoir arpenté de long en large cette longue et fastidieuse forêt.
M’exprimant dans le meilleur grec possible, je demandais la permission pour pouvoir passer la nuit sur le parvis de l’église.
J’agissais souvent ainsi, présumant que c’était le meilleur abri, étant en quelque sorte sous la protection de l’église et l’honneur des villageois.
Il n’y a pas de souci à dormir sur le parvis, mais si tu continues à marcher pendant moins d’une heure dans cette direction, tu trouveras un monastère et cela sera plus confortable pour toi, si tu souhaites y passer la nuit ! Me conseilla un vieux du village.
Dans un premier temps, j’estimais que j’avais assez marché et en conséquence, que je pouvais voir cela demain.
Mais, il me restait un regain d’énergie, et trotter encore pendant une petite heure ne représentait pas pour moi un effort insurmontable.
Quoiqu’il en soit, lorsque vous marchez beaucoup, il arrive ce phénomène qui dépasse la fatigue et vous met dans un état euphorique. (Grâce aux endorphines fabriquées par le corps humain ,tous les randonneurs tant soit peu chevronnés connaissent cela)
Ce brave paysan, allait certainement ignorer la suite de l’histoire.
Figurez vous que je ne trouvais jamais ce monastère !
Je commençais, à être abruti de fatigue car au bout de trois heures, toujours pas le moindre édifice religieux ou le pan d’une soutane.
Le soir tombait presque sans prévenir. (Ce qui est souvent le cas en Grèce et dans les pays méditerranéens)
Je n’avais que la lueur blafarde de la Lune pour me guider et de surcroît, je commençais à avoir soif. (Et oui, pensant n’avoir plus qu’une petite heure de marche à faire, j’avais vidé ma gourde pour ne pas m’encombrer du poids de l’eau)
Je m’en voulais de n’avoir pas écouter la petite voix de ma conscience qui m’avait suggéré de rester au village, tandis que maintenant l’angoisse petit à petit et sournoisement venait effleurer mon esprit.
Car j’étais bel et bien perdu dans cette montagne et le danger résidait dans le fait que je risquais à tout moment de tomber dans un trou.
Le comble, c’est que mon imagination me jouait des tours et j’avais le net sentiment d’être poursuivi par une meute de chiens.
Je sentais presque le souffle de leurs narines frémissantes, s’approchant, dangereusement de mes fesses.
La perspective de finir lacérer par des chiens furieux (et grecs) ne m’enthousiasmant guère !
Dans la pénombre, je distinguais sur mon chemin, une sorte de bergerie où je trouvais un grand bidon rempli d’eau, mais l’odeur suspecte qui s’en dégagea me dissuada d’y tremper les lèvres. (Quoi choisir être dévoré par des chiens ou crever d’une hépatite féroce ?)
Car, il y avait bien eu des chiens, je n’avais point rêvé, j’entendais leurs abois et leurs grognements.
J’avais ainsi erré pendant toute la nuit en tournant en rond, revenant souvent sur mes pas….. Oh non pas encore cette foutue bergerie !
Enfin, mon ange gardien qui justement devait être de garde ce soir là, pris pitié de mon désarroi et me mis sur la bonne route.
Il fut quand même épaulé par mon bon sens qui me dictait le raisonnement suivant : Si tu continues sur cette large route de terre et que tu ne la quittes pas tu devrais en principe revenir vers un village.
L’ironie dans tout cela , c’est que je voyais au loin les lumières de la ville de Volos, qui paraissait toute proche, alors qu’elle devait être éloignée d’au moins vingt kilomètres.
Enfin,j’aperçu un petit édifice qui s’avérait être une petite église et, oh bonheur incommensurable, j’entendis le gai murmure, la plus belle et céleste musique qui soit, celle d’une fontaine qui coulait à proximité.
Je m’abreuvais avec une joie toute enfantine, je m’enivrais littéralement de cette eau qui non seulement me désaltéra, mais me lava de toutes mes angoisses passées dans la montagne.
Je parvins encore dans un sursaut d’énergie à monter ma tente, l’estomac ballonné par toute l’eau que j’avais bue !
J’avais donc arpenté la montagne pendant toute la nuit !
Le lendemain, à la lumière naissante, je réalisais enfin où je me trouvais.
Je ne devais pas être beau à voir avec mes jambes toutes noires et griffées par les ronces.
C’est sur cette route en terre, que je tentais de faire un peu de stop, ayant entendu le bruit d’une voiture se dirigeant dans ma direction.
Le véhicule s’arrêta net devant moi.
J’eus juste le temps de me contempler dans le rétroviseur ; on aurait dit un diable échevelé, car j’avais la figure toute noire et striée par les morsures diverses des ronces de la nuit dernière, de plus je saignais un peu.
Pensaient ils avoir vu une apparition ou peut être un satyre ?
Les gens dans la voiture, me regardèrent d’une drôle de façon puis démarrèrent en trombe, sans demander leur reste !
Il est vrai que je n’étais pas très présentable, comme ça à six heures du matin, avec mon short en lambeau et mon look en général.
Je décidais donc de me faire un brin de toilette à la fontaine …. Et puis zut si personne ne désirait me prendre en voiture !
Le jour et la nuit d’avant j’avais marché sans arrêt pendant au moins vingt deux heures, ce n’était pas quatre pauvres heures de marche supplémentaires qui allait me décourager…. Au point où j’en étais !
La leçon qu’il faut retenir dans tout cela c’est : Toujours écouter la petite voix de sa conscience et puis ne jamais oublier de prendre de l’eau avec soi !

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  1. tu commniques bien cette errance au seuil d’une dure marche , cette uphorie provoquée par les andomorphines, les doutes..la soif, l’errance et puis la joie de cette eau fraîche

    j’ai noté une phrase que j’ai adorée: L’humble marcheur n’étant que sa partie qui en émerge, le chemin se fabriquant à fur et à mesure…. A mesure humaine dirai je.

  2. je ne connaissais pas ce texte, et je suis bien contente de finir ma soirée sur l’ordi par celui-là qui m’a donné un bon moment de plaisir. Je suis un peu comme Quentin… du coup, j’ai rigolé 2 fois !
    La première en lisant que tu n’amenais que 2 slips (ah bon ? Un seul n’est donc pas suffisant ? Je te taquine !) et la deuxième fois, en lisant que Quentin s’était moqué de toi pour la même raison ! Ne crois pas un instant que je n’ai retenu que cette anecdote ! 😀
    Tout m’a plu ! Sauf la perspective de ces chiens menaçants qui m’auraient faite flipper et claquer des dents. (tant pis pour le slip… il y en a un de propre dans le sac, non ? :D)
    bisous Christian. Extinction des feux, je ne marche pas demain, je cours après la balle jaune ! 😀

  3. Dès la première phrase, j’ai suivi tes pas … « Marche ou crêve loll  » Une autre constatation, c’est qu’il ne faut pas se fier aux apprences … Et puis que tu aies un slip ou pas … qu’importe après tout ! L’important c’est ta chaleur humaine ! Merci Christian

  4. j’avais vu « suggestion de livres »
    je cherche!
    Merci encore pour tous ces récits .
    je les imagine enregistrés .. j’écouterais … j’aime les voix
    j’aime aussi lire à voix haute pour les autres..un jour j’irai peut-être le faire pour les aveugles

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