Chypres…. ses patates et ses pastèques.

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J’ai beaucoup aimé l’île de Chypre.
Son climat assez stable et ses hivers étonnamment doux.
J’étais parti du Pirée.
Après une traversée de deux jours, en faisant escale à Rhodes, je voyais au loin, posées sur l’immensité azuréenne de la mer, la majesté grandiose des Monts Troodos* et les neiges des sommets miroitant au soleil.
Le débarquement sur cette île ne pouvait pas mieux tomber, c’était le jour de mon anniversaire.
Je m’offrais donc Chypre comme cadeau.
Je ne me souviens plus si mon ami Yourgo m’attendait sur le quai.
Quoiqu’il en soit, je dirigeai mes pas vers l’auberge de jeunesse de Limassol.
Yourgo en était le responsable.
Une fois de plus, j’avais laissé Bruxelles la grisonnante, (je dis cela dans un sens météorologique) pour tenir compagnie à Hélios qui souvent se baigne dans le bassin méditerranéen.
Pour moi cette île représentait la porte d’entrée vers l’Asie Mineure et présageait ce que pouvait être le Liban dans toute sa splendeur végétal et ses riches montagnes.
(Surtout lorsque je contemplai, un peu plus tard certains exemplaires imposants de cèdres situés sur le Monts Troodos)
Mon intention était de rester dans cette île et de travailler avec Yourgo, pour le compte de l’auberge de jeunesse de Limassol
Mais à cause de certaines raisons administratives, il s’était révélé assez difficile de mettre sur pieds ce projet, et je ne disposais que d’un permis de séjour de trois mois.
Dans les premiers temps, je visitai un peu l’arrière pays.
J’ai un souvenir précis d’une balade sur le site archéologique de Kourion*.
Il faisait une telle chaleur, que j’étais comme hypnotisé, et tentais de discerner à travers l’aveuglante clarté ensoleillée, la pénombre d’une fraîcheur propice où j’aurai pu étaler le doux miel d’une sieste prolongée.
Le théâtre de Kourion était très bien conservé.
L’acoustique tout bonnement sublime, et le son paraissant comme amplifié par la rumeur de la mer toute proche.
C’est là, allongé sur un gradin et abrité sous une petite arcade que je m’endormis.
Mon sommeil s’emméla dans des circonvolutions oniriques, emportant avec volupté les méandres des souvenirs imprimés dans la masse des pierres et l’intemporalité mnémonique des siècles.
Une force indicible régnait dans ce lieu, d’une résonance particulière.
Le bruits des vagues suggérant comme le lointain murmure d’un public.
Pareillement, le marbre vibrait et semblait rendre l’écho des voix qui s’étaient tues depuis des centaines d’années.
Je revivais dans ce théâtre tous les événements avec une perception idéale.
J’entendais le bruit du galop des chevaux, le cliquetis caractéristique des vieilles charrues à bœufs, la tonitruante chaleur des applaudissements des spectateurs, les acteurs clamant leurs textes.
Ensuite, je sorti de cette douce flânerie antique, avec un immense bien être, en ayant le sentiment d’avoir entrevu une partie des mystères pérennes de la vie.
Pourtant, le jour de ma visite, il n’y eut guère plus de cinq ou six touristes arpentant ce site archéologique. (et le gardien somnolait dans sa cabine, la casquette posée sur le nez)  Où ce situait la frontière entre la réalité et le rêve ?
Était ce simplement le soleil qui avait trop chauffé ma pauvre cafetière ?

Ces lieux empreints d’une véritable antiquité, étaient chargés d’une intense poésie que je pouvais lire entre les pierres et les volutes diaphanes d’une brise Caressante et tiède.
Mais la réalité allait souvent surgir à mes yeux dans sa plus prosaïque crudité et les aléas matériels de la vie.
Dans mes recherches d’un quelconque émolument, il m’arrivait de tomber dans des situations incongrues ou indésirables.

Ma rencontre avec Kosta fut tout a fait inattendue.
Je marchais le long d’une route, sans but précis.
Lorsque je décidai de faire un peu de stop, car le soleil commençait déjà à affoler le thermomètre, et j’avais grandement envie de me retrouver le plus vite possible avec les orteils (et le reste) barbotant dans l’eau.
J’avais à peine exécuté, le mouvement de haut en bas avec les mains, comme il est conseillé dans la région (et en Grèce) lorsqu’on fait du stop, qu’il arrêta sa voiture à ma hauteur.
Car,aussi étrange que cela puisse paraître, lever son pouce en l’air comme l’usage le prescrit dans le reste de l’Europe, est souvent assimilé à une insulte.
Pareillement, la main tendue et les doigts écartés signifiant « va au diable ! »
Lever le pouce risquerait d’être décodé comme une injure similaire à  « Va te faire foutre ! » Et vos tentatives gestuelles sembleraient guère consensuelles pour un autochtones ou du moins très peu élégantes.
Donc il fallait ménager les susceptibilités des autochtones.
Sa voiture s’arrêta à  ma hauteur et nous partîmes vers Lady’s Mile bay*, la plage la plus proche de Limassol.
Nous sympathisâmes assez vite.
J’appris ainsi qu’il cherchait du personnel pour l’aider dans ses cultures.
Nous prîmes rendez vous assez rapidement, et le lendemain, il vint me chercher à l’auberge de jeunesse.
Le travail était agréable mais épuisant, Il s’agissait de cueillir des pastèques. (certains devaient peser minimum 10 kilos)
A l’instar d’un lourd ballon de rugby, vous deviez les lancer à un type en haut d’un camion.
Je travaillais en équipe avec un suisse.
Il fallait retenir son souffle en réceptionnant  convenablement ce pesant fruit dans vos bras en évitant de basculer en arrière par l’impact  du choc.
Mais dis donc, ne lanceuu pas trop viteuu, la pastèqueu me demandait le suisse, j’arriveuu pas à suivreuu me disait il !
Si ça continueuu, je vais porter plainte à l’ambassade Suisse, en disant que je me fais canarder à coup de pastèque par un belge !
On rigolait bien à ce moment là et plus d’une fois !
Un autre boulot tout aussi champêtre, consistait à planter les pommes de terre.
J’effectuais cette tâche avec une norvégienne dont les rotondités généreuses se cachaient derrière une salopette en blue jeans.
La machine à planter les patates ressemblait à une sorte de gros tracteur pourvu à l’avant d’une rangée de socs qui pratiquaient des trous dans la terre et à l’arrière d’un système qui refermait ceux ci après le passage des patates.
C’était Fiona la norvégienne qui pilotait ce drôle d’engin bruyant.
Pendant qu’elle conduisait, je devais prendre une patate dans un grand récipient et la jeter dans un genre de disque muni d’un trou qui passait régulièrement devant moi.
Je devais viser dans le trou susdit, et il ne fallait pas traîner car la machine bouffait les patates à un rythme effréné.
Un moment d’inattention et c’était toute une ligne qu’il s’agissait de refaire.
Ce curieux engin fonctionnait à la patate, et j’ignorais à combien de patates à l’heure nous étions. Mais nous allions bon train.
Le bruit tonitruant de cet engin particulier, persistait dans vos oreilles en vous rendant légèrement abrutis, de plus fallait voir la poussière que cela soulevait.
Alors, comment cela s’est passé ? me questionnait Kosta.
Pas de problème, c’est un travail relax, nous sommes assis toute la journée le cul sur une chaise comme dans un bureau ! Plaisantai je.
Outre ses activités paysannes, Kosta dans ses loisirs, jouait du bouzouki à l’occasion de fêtes de mariage ou de baptême.
Nous allions fréquemment dans les petits villages pittoresques de la montagne où le vin et la joie de vivre s’écoulaient avec cette insouciance toute méditerranéenne.
Troodos : Point culminant de l’ile de Chypre  (2000 mètres )
Kourion: Site archéologique important, théâtre bien conservé et nombreuses mosaïques.
Lady’s Mile Bay : Plage touristique ( pas loin de la base militaire anglaise)

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  1. ah que j’aurais voulu assister à ces travaux d’Hercule ! Pardon de Christian. Le rêve et la réalité cohabitent bien chez toi…. l’évocation des combats antiques ne t’empêche pas de surveiller de près les « rotondités » cachées voluptueusement sous le jean de la norvégienne. Cela ne m’étonne plus que tu aies du mal à viser le trou de cette machine patatoesque infernale. Un plaisir de lire tes délires. Dans le genre roman historique et science fiction à la fois, je n’arrive pas à les classer ! lol bisous. et merci pour cet intermède dans ma journée de ménagère ! Oui, monsieur, aujourd’hui J’ESSAIE de m’occuper de l’intendance de la maison et pour ce faire, je file de ce bureau où je passe trop de temps.

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