Petite histoire du village d’Epano-Episkopi

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( voici un billet que j’avais commis sur mon ex blog, et qui raconte une anecdote survenue du temps où j’habitais encore en Crète…. si vous le souhaitez, je vous invites à vous y promener)

Au village d’Epano-épiskopi, j’habitais dans une toute petite maison composée d’une pièce.
Un modeste logis coincé entre deux vignobles.
Mes plus proches voisins étaient des dindons que j’entendais glousser dès le matin d’une manière très expressive et particulièrement sonore.
Cette symphonie matutinale débutait par le chant inévitable des coqs, du pépiement des oiseaux divers et multiples, des chiens du voisinage qui se mettaient à aboyer, du bêlement des moutons et des chèvres, du braiement des ânes et pour finir le brouhaha lointain et confus des activités humaines.
Après cette aubade pastorale terminée, le calme retombait sur la campagne pendant quelques temps, jusqu’à ce que les stridulations lancinantes et ininterrompues des cigales reprennent en chœurs leurs longs chants estivaux.
Je m’amusais à contempler les dindons que je trouvais fascinants et assez rigolos.
Cette façon qu’ils avaient de faire enfler cette sorte de jabot rouge écarlate qui par ailleurs pendouillait la plupart du temps, et semblait comme un ballon de baudruche tout fripé et dégonflé.
Le propriétaire de ces volatiles m’avait expliqué que durant la pariade à la mi-février, on voyait ces curieux oiseaux qui commençaient à trépigner, à piaffer, en maintenant leurs ailes pendantes, agités de curieux frémissements convulsifs, tout en faisant la roue. ( on aurait dit qu’ils étaient sous pression)
Leurs gloussements particuliers, suffisaient à faire plonger les femelles dans un état proche de l’extase. (Voulez vous encore un transe de dindonneau ?)
Parfois, il y avait des brebis  qui passaient juste sous ma fenêtre, accompagnées de Yannis le berger.
Il possédait un vaste enclos dans une grotte pas loin du site archéologique de Néa-pressos.
Quand l’envie me prenait, je le suivais volontiers.
Par ailleurs, j’avais remarqué un singulier rituel.
Dès qu’il arrivait sur les lieux après avoir fait rentré toutes les bêtes, il se mettait à pisser devant elles, bien en évidence.
Cet acte là pouvait sembler anodin, mais un jour, ne pouvant plus me retenir, non pas de pisser, mais de lui poser la question qui me tarabustait.
 »  Dis, Yannis pourquoi tu fais pipi devant ton troupeau ?   » Lui demandai- je
Il me répondit, que c’était évident comme le nez au milieu de la figure.
Tu vois, j’urine pour leur montrer que c’est moi le patron !
J’ignorais si sa réponse était une boutade.
Mais néanmoins, je savais que l’urine chez les animaux servait à délimiter le territoire, et à affirmer une suprématie sur les autres femelles ou mâles.
Mais j’arrête de vous parler de pisse !
Pissons à autre chose….heu, je voulais dire, passons à autre chose !
Cette grotte dont je parlais plus haut, faisait fonction d’abri pour les animaux et c’était là également où se tenait en saison, le salon de coiffure des moutons. (C’est-à-dire la tondaison)
Yannis m’avait montré un tunnel creusé à même la roche et qui s’enfonçait très profondément dans la falaise.
Un jour, ayant eu la curiosité de l’explorer jusqu’au bout, nous nous étions munis de chandelles pour aller faire une expédition.
Ce tunnel semblait très long. Nous avions parcourus au moins cinq cent mètres, lorsque un coup de vent soudain, venant de l’extérieur vint éteindre nos bougies, nous plongeant dans une obscurité d’encre. Evidemment, aucun de nous avait songé à cette éventualité ni même à une stupide boite d’allumettes.
Tu as du feu ? Me demanda Yannis avec un tremblement dans la voix qui trahissait une légère inquiétude.
Non, malheureusement je ne fume pas ! Lui rétorquai- je.
Nous nous étions contenté d’allumer les chandelles sans songer à prendre le briquet avec nous. Dans ce tunnel, nous marchions en tâtonnant la paroi de nos mains, tout en allant vers ce qu’il nous semblait la sortie.
L’obscurité était tellement épaisse que j’avais l’impression d’immatérialité, d’incorporalité, comme un esprit enveloppé d’un tégument de ténèbres.
Ma voix, les battements de mon cœur, étant les seules choses qui émergeaient de cette opacité profonde telle la proue d’un navire dans une tempête noire et menaçante.
J’étais occupé à ces pensées pour le moins dantesques, lorsque j’entendis Yannis pousser un cri de joie. Hourra ! J’ai trouvé une boite d’allumettes dans ma poche.
Le craquement inopiné et inespéré d’un ridicule petit morceau de bois enduit de souffre permit de mettre le feu à un vieux morceau de papier journal que notre brave berger tint à l’instar d’une fugace torche jusqu’à la sortie de la grotte.
La fulgurante clarté de l’extérieur et la chaleur de l’été s’imposèrent à nous d’une manière violente et suave

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  1. je ne connaissais pas ce récit et suis restée assez perplexe. Je te livre la première réflexion (je n’ose employer le mot « étincelle » puisque je n’avais pas encore lu le récit de tes errances dans la grotte !) qui a jailli dans ma petite tête de belette: Mais alors, les dindons (tiens, j’avais tapé « dondon » :D) seraient-ils un des chaînons de notre humanité ?
    La description que tu en fais est plus que troublante ! Que de similitudes avec le comportement de certains bipèdes et pas tous à jabots ! 😀
    On nous a parlé des singes mais jamais des dindons (je fais attention à l’orthographe, pas d’erreur cette fois !) ! Comme c’est curieux.
    Bisous Christian. Encore un bon moment de détente avec toi ! 😀

  2. comme toujours, un plaisir de te lire..
    comme toujours: un belle création d’ambiance et le souci du détail du mot juste .

    Jo? j’ai pensé aux dindes de Noël..c’est pas malin, hein?
    je préfère ta réflexion…plus constructive!
    Faut aussi toujours avoir un briquet sur soi !!!

    Merci Et doux noël

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