La fête au monastère ( Péripéties crétoises et autres flâneries/réédition)

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Voici un récit lorsque je vivais ( et travaillais) dans un monastère en Crète. Un monastère est un endroit très calme et serein.   Beaucoup connaissent ces histoires que j’avais consigné dans mon ex blog.   J’attends une meilleure inspiration pour écrire des choses nouvelles, chaque chose en son temps.

Je parlais du calme olympien du monastère, mais devrais dire : Cet assourdissant silence ?
Par la même occasion je vous sers un bel exemple d’oxymore.
C’est un mot rarement utilisé, et je me suis dis qu’il était temps qu’il se dérouillait un peu les pieds et sorte de l’enfermement du dictionnaire.
(Et les pieds pour les poètes, c’est très important !)
Un silence, que vous auriez pu percevoir distinctement le battement de votre pouls et le flux incessant qui vient heurter, tambouriner contre vos tempes.
Cette formidable pression de la vie qui circule indépendamment de vous.
Lors des fêtes religieuses, le monastère était plein comme un œuf …de Pâques et l’on serait cru dans un hôtel.
Bien sûr, on ne pouvait pas afficher complet, nous étions dans un lieu vénérable et sacré.
Les fidèles ou les pèlerins, avaient de quoi se restaurer.
C’était à la bonne franquette ou plus exactement à la ‘bonne grecque’ et chacun apportait ses réserves.
Les braves paysans de la région, venus pour la fête du Saint patron Ioannis Prodromos, transportaient leurs vins dans des jerricanes.
Les festivités duraient au moins trois jours, et il fallait être sûr de ne pas tomber en panne de liquide ! (Donc, ça buvait et saucissonnait sec !)
Il y avait entre autre, ce marathon de prière qui commençait vers la mi journée, pour ne s’achever que le lendemain vers 8 ou 9h du matin.
Sans arrêts les gens priaient, et les popes se relayaient pour dire la messe.
La veille, les igoumènes des autres monastères étaient venus avec leurs acolytes.
Et voila l’igoumène du monastère de Toplou du nome de Sitia, suivi de l’igoumène du monastère d’Agia Triada du nome de la Canée.
En vous présentant les choses ainsi, j’ai l’impression de vous parler d’équipes sportives, ce qui était un peu le cas, vu ce genre de championnat de prière !
Dans l’église, le crâne du moine Gérontoyannis, (Très populaire dans la région, pour avoir effectuer maintes guérisons miraculeuses) était serti dans une châsse en argent massif et les gens faisaient la file pour embrasser ce précieux crâne qui dépassait de cette drôle de boite.
Le lieu de prière était si imprégné d’encens que l’odeur en devenait obsédante, et de longues volutes de fumées bleutées s’échappaient par la lourde porte en frôlant, se dissipant dans l’atmosphère, telle une brume mystique.
L’ambiance était très bonne enfant et tout le monde partageait son assiette sans se soucier de savoir qui vous étiez.
Quand même les questions fusaient à mon égard, les gens étaient curieux de comprendre comment un ‘xénos’ pouvait travailler dans un monastère, combien de temps j’étais ici etc.…. et toutes sortes de questions auxquelles je répondais de bonne grâce.
Comme tout cela était suivi de moult libations, je n’osais pas refuser et c’est en usant d’infimes diplomaties que j’arrivais finalement à m’extraire d’un groupe, après avoir bu quelques gobelets de vin et mangé un p’tit morceau.
Malgré cela, je ne pouvais pas faire un pas sans que l’on m’interpelle à nouveau  en m’enjoignant de venir trinquer et manger et ainsi de suite…
A ce rythme là, j’avais déjà les cloches qui sonnaient dans ma tête et je me sentais tellement gai  que j’avais un irrépressible envie d’embrasser tout le monde, car je trouvais tout le monde super sympa ! (Je réprimais malgré tout cette frénésie empathique, en me disant que cela risquait d être mal compris)
Alors pour me dégourdir les jambes et l’esprit, je pris Skilakia le chien qui surveillait le poulailler du monastère, et je fis une petite balade avec lui jusqu’en bas, près d’une petite plage où nous pouvions entendre les rumeurs de la fête et sentir le doux sillage de son parfum dans le lointain.

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  1. Voici une photo ( trouvée sur le net) du monastère de Kapsa que l’on nomme aussi Agios Ioannis Prodromos.
    C’est précisément l’endroit où j’ai vécu.
    ici vous avez une vue de la cour du monastère.

  2. Je suis encore et toujours etonnee de constater ta formidable facilite d’adaptation a tous rassemblements humains….et ce avec une veritable gentillesse ! Je me sens un ours mal leche par rapport a cela …!
    La photo du monastere est tres belle et tout-a-fait realiste, j’ose le dire puisque j’ai eu le plaisir d’y aller….

  3. Même si je l’ai certainement déjà lu, c’est toujours avec un réel plaisir que je parcours tes récits si vivants et réels; parsemés de bons mots et d’anecdotes savoureuses.

  4. Tous les chemins igoumènent à toi…. ha ha ha ! C’est excellent !
    Au monastère, on devait boire au moins trois verres.
    Au nom du père, au nom du fils, et au nom du Saint esprit….. Amen….. oui, c’est ça amène toi avec cette bouteille !
    Je constate que je parle souvent de boire et manger dans mes péripéties.

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