Parmi la sauge et le chardon ( péripéties crétoises et autres flâneries)

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« A partir de dorénavant »

Petit souvenir avant mon séjour dans les villages crétois et au monastère

Les circonstances qui m’amenèrent à travailler dans ce petit village de Pano-Episkopi, je ne m’en souviens guère, mais disons que j’avais notoirement tâté du raisin et de quelques travaux d’agriculture. Avant cela, j’étais à Sitia, la ville principale du district, la saison des vendanges touchait à sa fin et mes finances commençaient dangereusement à se tarir par manque de liquidité.

C’est qu’il faisait très chaud l’été et pour cause, j’allais souvent me désaltérer avec les bons produits locaux, dans le cafénéion de monsieur Roussos, où je dépensais consciencieusement et systématiquement mon argent.

Je sauvais quelques billets pour payer l’auberge de jeunesse qui était tenu par un certain Takis, (ancien pilote d’avion)  le reste du temps, je m’amusais, je flânais dans la nature. (lorsque je ne travaillais pas) J’allais dans les tavernes, je me baignais au bord de la mer, je chipais des figues dans les jardins.

Je mangeais d’incroyables pastèques, tellement grosses, que j’aurais pu y plonger la tête.

Ces énormes fruits que je dévorais en rotant joyeusement, enivré de leurs rubescentes chairs parfumées.

Je ne thésaurisais pas, faisant une large provision, une belle moisson, de cette nature crétoise, de son parfum fleuri, de sa merveilleuse huile d’olive,

(une des meilleur au monde) des paysages, de la montagne etc… J’étais immensément riche de tous ces petits riens, qui font que vous vous sentez tout simplement heureux de vivre.

Pour trouver un emploi de saisonnier, c’était facile, il suffisait de se montrer dans un des cafénéions fréquenté par les agriculteurs et les viticulteurs.

On discutait des modalités, du nombre de jours, de certaines commodités, et dès que l’on s’était mis d’accord sur le prix à convenir, on buvait de la tsikoudia* pour officialiser en quelque sortes le marché conclu.

Il aurait été très malséant de boire à la « barbare », c’est-à-dire, sans y adjoindre un
peu de mézzé*.

Je me souviens de ce champ, ( si on pouvait nommer cela un champ ) qu’il a fallu que je débroussaille.

Le terrain était grand comme cinq terrains de football, j’étais seul et le patron m’avait remis une pioche en main.

Tu vois les sauges et les ronces qui encombrent la place et bien je voudrais que tu m’enlèves cela, car j’y compte planter des oliviers !

Puis, il allât dans le coffre de son pick up, il ressortit un jerrycan d’eau et un gros paquet emballé dans un essuie, et il ajouta : Voila de quoi boire, et ton pic-nique, je reviendrai vers 18h, bon courage !

Vraiment, quelle délicate attention, un jerrycan d’eau !

Je ne suis pas un radiateur non plus, répondis je en rigolant !

Oui mon gars, mais nous sommes encore le matin, tu verras lorsque le soleil tapera. (il est vrai que le soleil par moment en Crète tape dur, je dirai même qu’il vous tabasse !)

J’avais surestimé ma capacité à faire ce travail.

Fallait voir la taille des sauges, elles étaient presque devenues des arbustes et leurs racines fouillaient profondément dans la terre.

Quand aux chardons, les plus modestes mesuraient quand même un bon mètre cinquante !

Je n’avais même pas une paire de gant et je m’esquintais à couper les racines tortueuses et profondes des chardons (dont certains me dépassaient par la taille !)

De l’eau ! un jerrycan d’eau, je n’en revenais pas !

Il aurait pu au moins ajouter un peu de vin ce pingre ! maugréais je

Je ne suis pas un cheval ou un âne !

A propos d’âne, il y en avait un dans le champ voisin, qui se massait le dos contre un caroubier.

Ouais, toi au moins t’es à l’ombre mon pote ! lui dis je

Oh, et puis zut, j’en ai marre, voila cinq heures que je m’échine à raser ce terrain et je ne vois pas encore le bout.

Tans pis, j’allais perdre ma journée, mais bon ! Sous le soleil sans un miette d’ombre et puis faire une besogne de forçat, ce n’était pas fait pour moi.

Quand mon affendiko ( patron en grec) revint, il était évidemment pas très content, de plus il me vit en train de causer avec l’âne mon voisin.

Et bien mon gars, ce n’est pas fini ?

Fait trop chaud et puis quelle lassitude, il n’y a personne ici, pas une maison, que des pierres, des chardons de la poussière, je n’en pouvais plus ! lui répondis je

Finalement, il devait se rendre à l’évidence, ( et par la même occasion à Sitia) qu’une seule personne, armée d’une pioche, n’arriverait pas au bout de ce terrain.

Il paya mon dû un peu à contre cœur , et puis me reconduisit jusqu’à Sitia.

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  1. Riche de petits rien qui font que l’on est simplement heureux….quelle richesse inégalable, une richesse à la portée de tous.
    Bon dimanche Christian

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