La colère « igoumènesque »

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« A partir de dorénavant »

Voici encore un petit texte des « péripéties crétoises et autres flâneries »  ( réédition) Une péripétie nerveuse, tumultueuse.

Un matin, j’eus une altercation m’opposant à l’igoumène dans le monastère où je travaillais.
Mais pour bien comprendre l’affaire, il faudrait que je vous explique depuis le début, ce qui avait déclenché l’ire de notre homme d’église.
La veille au soir, j’entendis vers 23h30 des bruits de moto se rapprochant et nonobstant se dirigeant vers le monastère.
N’étant pas très accoutumé à recevoir de la visite à pareille heure, je fus donc un peu surpris.
Pour bien saisir le contexte, sachez que je ne dormais pas à vrai dire dans l’enceinte du monastère, mais dans une cellule à l’extérieur.
J’avais donc interpellé ces gens en leur demandant ce qu’ils faisaient ici et quelles étaient leurs intentions. Evidemment tout cela d’une manière très accorte.
J’appris qu’ils venaient de loin et étaient donc recrus de fatigue.
Ayant aperçu de la lumière, il arrivèrent dans ces lieux, afin d’obtenir l’hospitalité.
C’était un couple de jeunes personnes.
Je rétorquai que je n’avais pas en principe l’autorisation de les faire loger, n’appartenant pas au monastère mais seulement engagé à différents travaux.
J’étais donc pris dans la tenaille de l’alternative.
Il fallait agir et prendre une décision et peser le positif et le négatif d’un tel choix, avec les conséquences adéquates qui s’ensuivaient.
Dans la balance de la logique, le poids de la raison ne penchait pas vers l’inégalité.
De fait, j’optai pour une solution brève et rapide, celle de faire loger ces deux personnes dans une cellule inoccupée.
Pour sûr, il y avait assez de place pour accueillir un jamboree de scouts !
Tout ce passât bien, jusqu’au lendemain.
Vers huit heures du matin, l’igoumène aperçut inévitablement la moto sur le parking et me demanda : Que fait-elle ici ? A qui appartient-elle ?
Sans malice, je lui expliquais ; qu’elle appartenait à un couple à qui j’avais  accordé l’hospitalité hier soir.
C’est alors qu’il s’était mis dans une colère aussi noire que sa soutane.
Les mots qui sortirent de sa bouche n’évoquaient guère une quelconque charité chrétienne, car ses propos étaient très violents.
Il parlait de me casser la tête, de me taper dessus jusqu’à ce que mort s’ensuive et autres délicatesses !
J’ai un certain sang froid, mais une chose que je déteste, c’est de voir un type gueuler  comme ça, pareil à un dément, comme si je lui avait arraché la barbe à mains nues !
Je lui demandais de se calmer et de me parler plus calmement et posément.
Il continuait à vociférer :  » Et si jamais c’était des voleurs que tu avais hébergés, tu oublies que nous avons des icônes précieuses etc.…  »
Il est vrai que je n’avais pas réfléchi à cette probable éventualité.
J’avouais n’avoir pas fais une analyse première avant de faire dormir ces gens, qui  je le rappelle, étaient rompus de fatigue.
Non, je ne leur avait point demandé d’où ils venaient et pourquoi etc…
J’avais vu des humains cherchant un peu de sommeil et par bonté d’âme, donné la permission de dormir quelque temps.
Il rétorqua que cela n’était pas le problème et qu’il aurait fallu que je lui demande d’abord la permission .
Que je n’avais pas le droit d’agir à ma guise, que je n’étais pas le chef etc.…
Mais tu dormais sans doutes à cette heure du soir et je n’avais pas osé te déranger pour ne pas troubler ton sommeil ! Lui dis je.
Il semblait se calmer un peu, lorsque je déclarais refuser de travailler, s’il n’arrêtait pas ses réprimandes. Nous embarquâmes dans son combi volks- wagen, lorsqu’il repris sa crise.

Il fallait que je tremble, que je rentre ma tête sous mes épaules, que je plie l’échine  etc.…
La goutte allait-elle déborder de l’amphore, de la jarre, de la cuve, du cratère ?
Pendant une fraction de seconde, un vent de folie traversa ma tête.
Je me disais, et maintenant que vais-je faire ?
Lui taper sur le caisson jusqu’à  faire choir toutes ses dents à cet espèce d’oiseau noir, puis l’emballer dans un grand sac poubelle que je jetterai à la mer ?
Alors, je me suis mis à éructer mais sur une autre gamme, (une voix de stentor !) qu’il en était devenu blême.
Ainsi nous fûmes au même diapason.
Je gueulais surtout pour couvrir son despotisme.
Nous baignâmes en plein drame racinien.(La Thébaïde revue et corrigée)
Tout cela pour deux malheureuses personnes qui un soir voulurent dormir dans la maison de Dieu.
Mais comme dit si bien le philosophe Hume  «  Un homme, dans un accès de colère est animé de manière très différente que celui qui pense seulement à cette émotion »
Par la suite nous regrettâmes ce stupide incident, cette colère orgasmique et démesurée, si peu digne d’adultes comme nous.
Voila donc une tempête inévitable, lorsqu’on vit en communauté.
Notre chef des moines s’était il levé de la sandale gauche ?
Heureusement, la plupart du temps l’humeur était au beau fixe et ce genre d’accident fort rare.


( Photo trouvée sur : Bellespic.eu )

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  1. Eh bien, effectivement, pas facile du tout cet homme d’église…
    Dans le Nord de la Grèce, province de Florina, il y en avait un (devenu évêque) qui n’était pas cool du tout aussi… Nous avons dû faire baptiser notre fille dans une autre province, à cause des délires de cet homme ! Et oui, pauvre française catholique mariée avec un grec orthodoxe, non pas à l’église, mais dans une simple mairie, ben il n’aimait pas et refusait que notre fille soit baptisée orthodoxe à cause d’un mariage civil !
    Bonne journée

  2. mais quel énergumène cet igoumène ! pas de quoi fouetter un chat et je suppose que si tes protégés s’étaient rendus coupable d’un méfait, ils auraient été vite rattrapés.
    Comment ? Brigitte a corrigé tes fautes ? 😀
    Avait-elle chaussé les bons lorgnons ? 😀
    Ah tu as une gentille copine, je peux te le dire ! 😀
    Bisous Christian.
    PS : Avant d’envoyer, je vais vérifier si, par hasard, je n’en aurais pas fait quelques-unes aussi !

  3. Brigitte travaillait comme correctrice dans une maison d’édition.
    Et justement : ORTHOGRAPHE… signifie l’écriture droite. ( pas nécessairement raide pour autant)
    Je fais surtout des fautes par manque d’attention.
    Merci d’être venue par le monastère aujourd’hui.
    BIEN LE BONJOUR DANS TA MAISONNÉE

  4. Voilà bien un drôle d’énergumène que cet igoumène qui préfère ces icones aux humains, qui gueule de suite se prenant pour un dieu.
    J’admire ton calme, moi, je lui aurais certainement claqué la porte.

  5. Pas facile de claquer une lourde porte de monastère en chêne !
    L’igoumène n’était pas constamment dans ces humeurs décrites plus haut.
    Quoique d’aucuns le nommait officieusement « l’Ayatollah »…. mais plus par boutade !

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