Balade au village de Katsidoni (péripéties crétoises et autres flâneries/ réédition)

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( voici un petit souvenir de ma vie crétoise….billet qui sent bon le printemps…. Accompagnez moi si vous le souhaitez !

« A partir de dorénavant »

Par une belle journée de printemps, je décide d’aller jusqu’au village de Katsidoni en passant par le site archéologique de Préssos.
L’air est chargé de senteurs enivrantes qui m’entraînent délicieusement dans des rêveries indolentes et épicuriennes.
Les champs sont couverts de fleurs jaunes que l’on nomme oxalis ou pied-de-chèvre. (‘Boyadès’ en dialecte du terroir)
Plus loin sur la route, je rencontre Anatole vêtu d’un complet en lin écru et d’un panama sur la tête.
C’est un ancien officier de gendarmerie à la retraite, très gentil, d’une onctueuse douceur et d’une grande culture.
Malgré son age, il a encore de bonnes jambes et fait souvent la route à pieds jusqu’à son domaine.
J’avais travaillé pour lui dans ses terres qui furent jadis florissantes et biens entretenues.
A présent sa demeure n’était plus que ruines.
Mais on devinait encore sous les vestiges enserrés par le lierre, le jardin envahi d’acacias sauvages et les traces d’un verger malmené par les ronces, la splendeur d’un lieu qui fut jadis parmi les plus conséquent de la région.
Pour diverses raisons, de revers de fortunes, et aussi à cause de la guerre, cette propriété avait été laissée à l’abandon.
Un jour, j’avais été très surpris lorsque’ il avait récité par cœur et sans fautes,des poèmes entiers de Lamartine.( moi qui arrivais tout juste à dire le texte archi connu, le corbeau et le renard de La Fontaine, que tout le monde apprenait à l’école primaire)
Il me montre du bout de sa canne en faisant un large geste comme pour balayer un horizon à présent dominé par d’épaisses frondaisons et parsemé au loin d’oliveraies, l’étendue présumée de son domaine.
Tu vois d’ici, jusque là bas, où se trouve la petite chapelle de Agios Nicolaos, en passant par la bergerie de Yourgo et les vignes de papa Nikoli, s’étendaient mes terrains.
Nous parlons ainsi durant un moment puis Je laisse Anatole continuer sa route et moi de poursuivre ma petite promenade en évitant de passer par un certain sentier menant à un abreuvoir, car sûrement il y a cette mule qui barre la route.
C’est une mule qui a une oreille trouée et le derrière tout pelé à cause du frottement de la selle et que son propriétaire laisse attachée près de la source.
La dernière fois, elle bloquait tout le passage, il était impossible de passer par cet endroit.
En plus comme elle était hargneuse et avait la ruade facile, j’avais toujours peur d’attraper un mauvais coup de sabot ou encore de glisser sur ses excréments qui étaient nombreux et disséminés un peu partout sur l’étroit chemin.
En outre, l’eau suintait de la fontaine et coulait par terre rendant le sol dangereusement glissant.
J’avais beau m’égosiller en appelant le propriétaire pour venir détacher sa rosse de mule mais personne ne venait m’aider à sortir de ce pétrin.
J’ai du faire tout un détour en passant vers le haut en m’agrippant aux grosses racines de sauges et en me faisant griffer par les ronces.
Je voyais du haut du talus, cette mule qui me narguait (je crois même qu’elle devait sourire !) comme pour dire, tu n’oses pas venir, hein !
Etait elle si méchante cette bête ? Je crois que non, mais elle devait sentir que j’avais peur et profitait donc de l’occasion.
N’empêche qu’elle n’était pas belle à voir avec son cul pelé et l’état piteux de son oreille.
Alors, pour éviter de renouveler l’expérience, je passe outre cet endroit et marche plus loin pour enfin retrouver le site archéologique de Pressos.
Parlons en de ce site archéologique qui est dans un état quasi d’abandon.
Il persiste pourtant un beau fragment d’un long pan de mur qui a du être colossal.
Des vestiges d’une maison patricienne et de quelques mosaïques que l’on devine entre les touffes d’herbes.
Le reste des fondations sont quasi au raz du sol et il faut pas mal d’imagination pour se figurer l’ensemble.
Néanmoins cet endroit est empreint de poésie nostalgique.
Rare sont les touristes qui s’égarent jusqu’ici, excepté sans doutes les brebis et les chèvres de Yourgo qui sont je présume, moins sensibles à la beauté architecturale.
Elles se contentent simplement de semer de petites pralines noires qui ressemblent aux olives, (le goût en moins !) et de virevolter de gauche à droite en sautillant.
Je me met à l’ombre sous un platane et déballe mon pique nique en compagnie de Yourgo le berger qui me donne un gros morceau de fêta.
Il m’indique un meilleur chemin pour rejoindre le village de Katsidoni qui est la raison de ma petite pérégrination.
Au bout d’un certain temps, j’atteins presque mon but.
Je dois encore passer par la rivière et ensuite une petite forêt d’orangers dont l’odeur exquise embaume toute la vallée et me rend joyeux et gai.
Me voila parvenu au village .
L’endroit parait désert. J’avise une sorte de treille dont le toit est composé de feuilles de palmier et qui m’a semblé être un caféneion.
Mais vraisemblablement personne n’habite ici.
Enfin apparaît un monsieur âgé qui descend l’unique ruelle de ce bourg , et me demande gentiment ce que je fais dans les parages.
Je lui dis que je cherche un bistro ( caféneion) car j’ai envie de boire un café.
Oh mon enfant, il n’y a pas de caféneion au village, du moins il n’y en a plus.
Et celui du bas avec la treille, que je viens de voir en passant ?
Bah, celui là ça fait dix ans qu’il est fermé, mais viens plutôt boire le café chez moi à la maison. J’accepte son offre et me retrouve chez lui.
Sa petite demeure ne possède que deux pièces de plain-pied.
Le sol de la pièce principale est simplement recouvert de ciment.
Le mobilier est assez modeste car à part une table, 4 ou 5 chaises, une icône de la vierge Marie, un grand lit, une armoire et un vieux fusil accroché au mur, je ne vois rien d’autres.
Reste un instant ici me dit il, je vais appeler ma mère qui va te préparer un café.
Ce détail me surprend un peu car il m’a précisé tout à l’heure qu’il avait 82 ans !
Si lui a 82 ans quelle age à donc sa mère ?
Cette brave femme me prépare un café à l’authentique, dans une sorte de petit récipient (que l’on nomme ibrik ou briki) et qui est lentement chauffé sur de la cendre chaude.
La boisson est prête quand une légère écume commence à monter, à se boursoufler.
La journée passe ainsi, calmement. Nous discutons assis à l’ombre d’un vénérable platane. Tout aussi vénérable que mon hôtesse.
Par la suite, je rencontre quelques connaissances du village de Agios Spiridon qui veulent bien me ramener à bord de leur pick-up, car le soir tombe et je n’ai pas le temps de retourner via le sentier.
Ils ont du boire quelques bonnes rasades de raki car ils sont hilares et bien, éméchés.
Je n’ai pas d’autres choix que celui d’accepter leur proposition.
En démarrant trop vite, ils ont quasi ‘déraciné’ le pylône de la compagnie du téléphone.
Cela ne les inquiètes pas outre mesure, au contraire, ça les fait hurler de rire !
En rentrant chez moi, je pense encore à cette dame et son fils octogénaire et puis à l’ensemble de cette belle journée de printemps.



Crédit photo : Copyright © 2009 Vamos Traditional Village – Traditional Guest Houses Chania Crete Greece

(Vidéo :Elenihellas)

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  1. c’est bien le qualificatif de « bucolique » qui peut s’appliquer à la description de cette journée ?
    Un doute me taraude ! « Un gendarme d’une onctueuse douceur »… Il n’était pas originaire de St Tropez ? Ce n’était pas louis de Funès ?
    Comme tu dis qu’il s’appelait Anatole, je pense me tromper ! 😳
    et la vidéo ? Je suis surprise (pourquoi, je n’en sais rien !) de voir tant de verdure ! C’est où ? Bisous. Il est tard… je vais me faire gronder !

  2. Merci pour cette tranche de promenade parsemée d’histoires et d’anecdote succulentes; merci pour ce petit bout de voyage à travers landes et bosquets parfumés et merci pour les rencontre partagées en chemin.
    Bonne journée

  3. Et l’age de la mere ? tu ne nous le dis pas !
    Jolie balade !
    Ce grand garcon de 82 ans avait besoin de sa maman pour preparer un cafe ! Que va-t-il faire quand elle sera morte ??
    Le pauvre….! Il sera temps pour lui de songer a se marier….

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