Archives Mensuelles: avril 2011

La chronique des Belles Lettres ( 2005-2006)

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« A partir de dorénavant »

Michel Desgranges

La Chronique des Belles Lettres est une très libre promenade autour de livres d’hier et d’aujourd’hui, mêlée de réflexions historiques et de jugements amoraux.

L’on y trouvera notamment, au hasard des sujets abordés :Heidegger était-il un fou littéraire ? Quelques pipoles. Des femmes pour le Khan. Qui est Arabe ? Éloge du plomb. Otium versus negotium. Le jugement des cygnes. Cuisson du voleur. De l’influence de Platon sur mes pantalons. Secrets de sultans. Mon actrice préférée. Défaite du monisme.Uriner face au soleil. Retour à Hésiode. Fier d’être un pourceau. Le rire des haruspices. Jacobinisme et calvinisme. Histoires perdues, histoire retrouvée, histoire romancée. Nonnes en chaleur. Ignace et Confucius. Mon corps est à moi.
Et des souvenirs sur deux amis : Philippe Muray et Pierre Vidal-Naquet.

Michel Desgranges a été romancier (publié chez Grasset et au Rocher) et éditeur. Désormais, il lit, collectionne les films et s’intéresse aux garde-temps et aux instruments d’écriture. (préface de l’éditeur)

Langue français
337 p. (2007)
ISBN-10 2251443266
ISBN-13 978-2-251-44326-3
Prix 19,00 €

L’orangeraie du village

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« A partir de dorénavant »

Voici, un modeste récit que j’ai retrouvé dans un coin perdu de ma mémé, de ma mémoire ! Je ne me souvenais plus de l’avoir écrit…..Je vous invite à faire une petite balade parmi les agrumes.

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Vivre dans un petit village reculé n’était pas toujours chose aisé.

Il y avait des compensations bien sûr, des moments fantastiques, puis des jours sombres, des orages passagers où l’incertitude flottait dans l’air telle une nuée d’oiseaux de malheur, lorsque je pataugeais dans la boue de mes angoisses existentielles.

Heureusement, j’arrivais toujours à surmonter cela grâce à la légèreté d’un cœur joyeux et confiant, d’une ineffable joie guidée par un optimisme inexpugnable.

Dire que j’étais un indécrottable optimiste ne serait pas exact non plus.

Disons que j’arrivais à relativiser les situations et surtout de prendre le parti d’en rire.

J’évitais d’être comme un bateau en péril sur un océan de contingences, ballotté par l’existence, sans pouvoir interférer, de décider de la suite de l’histoire.

Puis de changer de cap, s’il s’avérait utile ou nécessaire.

Une dame du village m’avait demandé, si je pouvais venir arroser ses orangers, une fois par semaine ( je crois me souvenir que c’était tout les mardis) Nous étions dans une période creuse, je n’avais pas trop d’ouvrage.

J’acceptais de bonne grâce, sans même jeter d’abord un coup d’œil dans le jardin ou de discuter de mon éventuel salaire.

Le premier jour, le travail fut difficile, car en fait d’orangeraie, je trouvais une jungle de ronces et d’orties enlaçant les troncs d’arbres.

C’est à coup de pioche et de machette, que je parvins à dégager les orangers de leurs étreintes acérées.

Je revins quelques heures plus tard, complètement éreinté, le visage fardé de terre, les jambes toutes griffées par les ronces, électrisées par les picotements, les morsures acides  des orties.

Omettant de dire à ma patronne, qu’il s’en fallut de peu, que toute l’orangeraie ne parte en fumée.

Car en effet, ayant fait des fagots avec les branches, j’y avais bouté le feu.

Ce feu couvait depuis un certain temps, puis se mit subitement à prendre de l’importance en s’approchant dangereusement des orangers.

C’est à l’aide de branchages verts et en jetant de la terre et de l’eau, que je parvins à contenir l’ardeur de celui-ci.

J’ai su plus tard, l’imprudence de faire du feu lorsque le sol est sec et qu’il souffle un peu de vent.

Heureusement, j’avais une fontaine à proximité.

Imaginez un seul instant, la plantation ravagée !

Pour mon premier jour de travail, c’eût été un coup de maître, assurément !

Les autres jours, je me contentais d’arroser les arbres ( pas à l’essence évidemment !) et puis de faire une bonne petite sieste, après avoir mangé ce que m’avait préparé la dame.

En quittant le domaine, je cueillais trois ou quatre oranges généreusement gorgées du soleil crétois, que je dégustais sur le chemin du retour.

En fait, il n’y avait pas beaucoup de travail ( à part lorsqu’il s’agissait de nettoyer le terrain) Je pense que cette brave femme, voulait surtout de la compagnie et puis causer un peu.

Je l’écoutais attentivement, fidèle et patient comme un chien.

Me parlant de la ville de Smyrne, des grecs de l’Asie Mineure, de l’exil forcé, de la grande catastrophe de 1922, du génocide etc… Elle était encore une jeune enfant à l’époque, mais se souvenait de tout, et c’est avec une émotion toujours vive qu’elle me racontait son passée.

Puis finalement avec un sourire un peu triste, s’adressant à moi, en haussant les épaules « Bah, c’est de l’histoire ancienne, je t’embête sûrement avec tout cela ! » Ce  n’était  pas le cas, je trouvais son récit intéressant même si parfois je devais faire un effort pour comprendre le dialecte crétois qu’elle utilisait en mélangeant le grec.

Ensuite, elle me servait un plat de lentilles avec de l’aneth et de la sauce tomate, ou du riz pilaf avec des keftédès, puis sortait une petite carafe de raki ou une bouteille de vin.

(le vin de ses vignes) Mon prodigieux salaire se résumait à une poignée d’oranges, un bon plat chaud, du raki et du vin.

Souvent j’oubliais de réclamer mes sous, mais cela n’avait aucune importance, j’étais heureux ainsi.  Et le mardi suivant, je revenais avec la bêche sur l’épaule.

(Photo trouvée sur le blog de Marilou / Marilou et Remi en Grèce)

Mythe et histoire dans l’antiquité grecque / Claude Calame

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« A partir de dorénavant »

Cyrène au ciel percé, Cyrène et ses trois récoltes annuelles de fruits, Cyrène nourricière de troupeaux en ses riches pâturages. Poètes et historiographes ont rivalisé d’invention pour faire de la fertile et prospère colonie grecque de Libye une terre de l’Âge d’or.
Mais Cyrène, c’est aussi le nom de la jeune nymphe tueuse de lions qu’Apollon, amoureux, emmène de Thessalie en Libye pour s’unir à elle sur le site de la future cité grecque, autour de l’eau jaillissante qui porte le même nom. C’est encore une terre lointaine qu’il faut ancrer au continent par un autre récit métaphorique, animé par les Argonautes. C’est enfin ce territoire civique dont le balbutiant Battos, conduit par la voix oraculaire d’Apollon Pythien, trace le plan en forme de nef, pour être héroïsé à sa poupe.
Dans plusieurs entrelacs narratifs et métaphoriques d’une extraordinaire richesse les Grecs ont tissé la mémoire poétique d’un acte de fondation essentiel, consacré par un culte héroïque. Au gré des circonstances historiques, selon les occasions rituelles, en relation avec les genres qui les portent à leur public, ces différentes configurations du temps, de l’espace et de l’événement ne cessent de se métamorphoser. Mythe, légende, conte ou histoire ?
L’occasion est trop belle pour ne pas montrer qu’en dépit de sa dénomination hellène, le mythe n’est pas une catégorie indigène. Pour les Grecs, les récits de fondation font partie de cette « archéologie » qui soumet l’histoire des temps anciens à la spéculation symbolique pour l’offrir à la communauté de croyance qui l’entretient sous une forme en général rituelle, avec une efficacité politique et religieuse renouvelée.  Telle est la double visée de cet essai : tenter une critique du concept moderne de mythe tout en restituant dans leurs profondeur sémantique, et avec leurs fonctions poétiques et sociales, les créations fictionnelles suscitées par les relations mémorielles des Grecs avec le passé de la plus « mythique » de leurs colonies. (préface de l’éditeur) / photo : Crdp d’Alsace /

(Photo ci dessous : Images  Foster et Partner)


Langue français
288 p. Bibliographie. (2011)
ISBN-10 2-251-32459-3
ISBN-13 978-2-251-32459-3
Prix 25,00 €