L’orangeraie du village

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« A partir de dorénavant »

Voici, un modeste récit que j’ai retrouvé dans un coin perdu de ma mémé, de ma mémoire ! Je ne me souvenais plus de l’avoir écrit…..Je vous invite à faire une petite balade parmi les agrumes.

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Vivre dans un petit village reculé n’était pas toujours chose aisé.

Il y avait des compensations bien sûr, des moments fantastiques, puis des jours sombres, des orages passagers où l’incertitude flottait dans l’air telle une nuée d’oiseaux de malheur, lorsque je pataugeais dans la boue de mes angoisses existentielles.

Heureusement, j’arrivais toujours à surmonter cela grâce à la légèreté d’un cœur joyeux et confiant, d’une ineffable joie guidée par un optimisme inexpugnable.

Dire que j’étais un indécrottable optimiste ne serait pas exact non plus.

Disons que j’arrivais à relativiser les situations et surtout de prendre le parti d’en rire.

J’évitais d’être comme un bateau en péril sur un océan de contingences, ballotté par l’existence, sans pouvoir interférer, de décider de la suite de l’histoire.

Puis de changer de cap, s’il s’avérait utile ou nécessaire.

Une dame du village m’avait demandé, si je pouvais venir arroser ses orangers, une fois par semaine ( je crois me souvenir que c’était tout les mardis) Nous étions dans une période creuse, je n’avais pas trop d’ouvrage.

J’acceptais de bonne grâce, sans même jeter d’abord un coup d’œil dans le jardin ou de discuter de mon éventuel salaire.

Le premier jour, le travail fut difficile, car en fait d’orangeraie, je trouvais une jungle de ronces et d’orties enlaçant les troncs d’arbres.

C’est à coup de pioche et de machette, que je parvins à dégager les orangers de leurs étreintes acérées.

Je revins quelques heures plus tard, complètement éreinté, le visage fardé de terre, les jambes toutes griffées par les ronces, électrisées par les picotements, les morsures acides  des orties.

Omettant de dire à ma patronne, qu’il s’en fallut de peu, que toute l’orangeraie ne parte en fumée.

Car en effet, ayant fait des fagots avec les branches, j’y avais bouté le feu.

Ce feu couvait depuis un certain temps, puis se mit subitement à prendre de l’importance en s’approchant dangereusement des orangers.

C’est à l’aide de branchages verts et en jetant de la terre et de l’eau, que je parvins à contenir l’ardeur de celui-ci.

J’ai su plus tard, l’imprudence de faire du feu lorsque le sol est sec et qu’il souffle un peu de vent.

Heureusement, j’avais une fontaine à proximité.

Imaginez un seul instant, la plantation ravagée !

Pour mon premier jour de travail, c’eût été un coup de maître, assurément !

Les autres jours, je me contentais d’arroser les arbres ( pas à l’essence évidemment !) et puis de faire une bonne petite sieste, après avoir mangé ce que m’avait préparé la dame.

En quittant le domaine, je cueillais trois ou quatre oranges généreusement gorgées du soleil crétois, que je dégustais sur le chemin du retour.

En fait, il n’y avait pas beaucoup de travail ( à part lorsqu’il s’agissait de nettoyer le terrain) Je pense que cette brave femme, voulait surtout de la compagnie et puis causer un peu.

Je l’écoutais attentivement, fidèle et patient comme un chien.

Me parlant de la ville de Smyrne, des grecs de l’Asie Mineure, de l’exil forcé, de la grande catastrophe de 1922, du génocide etc… Elle était encore une jeune enfant à l’époque, mais se souvenait de tout, et c’est avec une émotion toujours vive qu’elle me racontait son passée.

Puis finalement avec un sourire un peu triste, s’adressant à moi, en haussant les épaules « Bah, c’est de l’histoire ancienne, je t’embête sûrement avec tout cela ! » Ce  n’était  pas le cas, je trouvais son récit intéressant même si parfois je devais faire un effort pour comprendre le dialecte crétois qu’elle utilisait en mélangeant le grec.

Ensuite, elle me servait un plat de lentilles avec de l’aneth et de la sauce tomate, ou du riz pilaf avec des keftédès, puis sortait une petite carafe de raki ou une bouteille de vin.

(le vin de ses vignes) Mon prodigieux salaire se résumait à une poignée d’oranges, un bon plat chaud, du raki et du vin.

Souvent j’oubliais de réclamer mes sous, mais cela n’avait aucune importance, j’étais heureux ainsi.  Et le mardi suivant, je revenais avec la bêche sur l’épaule.

(Photo trouvée sur le blog de Marilou / Marilou et Remi en Grèce)

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  1. Je vous ai apporté des orages…. heu ! non , des oranges !
    Désolé Mamie lily mais j’ai eu un problème pour envoyer mon texte, tout est rentré dans l’ordre.
    PS : et comme je dis toujours , vaut mieux un jus d’orange qu’un jus d’oronge !

  2. Je ne voudrais pas avoir de pensées triviales mais je trouve suspecte cette femme qui te demande de venir arroser SES oranges !
    Et tu réponds par l’affirmative sans réfléchir une seconde.
    Je trouve ça un peu « fort de café » ! Laisse donc ta « mémé » tranquille, tu as une très bonne mémoire, tu te souviens de tout et dans les détails.
    Tu lui as tout raconté à ta « mémé » ? 😀
    Et à nous, tu as tout raconté? 😀 Hum !

  3. Belle philosophie et tout compte fait cela nous arrange que tu sois payé en anecdotes, nous en sortons plus riches et sans débroussaillage.
    Bonne journée Christos

  4. Un beau récit Christian,
    J’ai vu des orangers en Espagne mais en ville rien à voir,
    par contre les senteurs étaient bien là !!
    me suis demandée si quelqu’un de la Ville venait faire la récolte. 😉

  5. Il faut toujours s’arrêter à l’orange. Et prendre le temps, comme tu le fîs…

    J’aurais bien proposé, du même album (« Odes », de 1979), la danse du feu… mais on restera aux oranges (« Nerantzula – le petit oranger), par Papas et Vangelis.

  6. Merci L’Ornitho, pour cette délicieuse musique interprétée par Irène Pappas.
    J’ai ajouté dans mon article, une vidéo de Irène Pappas….que je trouve sublime.
    Merci à tous pour vos sympathiques commentaires.

  7. Des Rêves d’Orées passées sous Feux ,
    Quand l’Arbre d’Hors passe à l’Orange ,
    Auprès des Fruits , Trouver Berger ,
    Sous la Grande Ourse penser à Mère ,
    En Beau Verger Séme Graines de Nuits ,
    Laisse les Songes Hâler Lumières .
    NéO~

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