Les élégies de Maximien

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MAXIMIEN : Élégies 

Maximien est un poète bien mystérieux et fuyant, à l’image de son œuvre en perpétuel mouvement. Les six élégies qui nous sont parvenues, datées le plus souvent du début du VIe siècle, se présentent d’abord comme une vaste déploration sur l’insoutenable vieillesse qui accable le poète et sur l’amour déçu. Mais cette poésie cultive aussi une veine profondément ludique, incarnée notamment par la cinquième élégie, qui réécrit une scène de fiasco ovidienne et présente la laudatio funebris parodique du sexe défaillant du poète. De la déploration funèbre au pastiche savoureux, on chercherait en vain une unité réelle dans cette poésie « baroque ». Le lecteur y découvre plutôt l’habile souplesse d’un poète dont l’êthos multiple donne des visages inconciliables à la poésie.
Pour mettre en perspective la valeur littéraire, ainsi que la portée anthropologique et idéologique des Élégies de Maximien, le présent volume propose aussi enfin, en annexes, une traduction commentée de pièces poétiques importantes qui n’avaient pas, jusqu’alors, fait l’objet d’une traduction française publiée : l’
Appendix Maximiani et l’Épithalamepour Maximus d’Ennode de Pavie.

Ancien élève de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégé de lettres classiques, Benjamin Goldlust est maître de conférences en langue et littérature latines à l’Université Lyon III – Jean Moulin et membre de l’UMR HiSoMa (5189). Ses travaux de recherche concernent principalement la littérature latine de l’Antiquité tardive. Il est notamment le co-éditeur de Le païen, le chrétien et le profane. Recherches sur l’Antiquité tardive (Paris, 2009) et l’auteur de Rhétorique et poétique de Macrobe dans les Saturnales (Turnhout, 2010).

Collection : la roue à livres , vol n: 27  / Editions : Les Belles Lettres / Support Livre broché

Nb de pages 224 p. / ISBN-10 2-251-33968-X

ISBN-13 978-2-251-33968-9 / Prix : 27 euros 

ISBN-13 978-2-251-33968-9 / Prix : 27 euros 

 

Extrait de l’élégie 1


» Pourquoi, vieillesse odieuse, pourquoi ne pas hâter la fin de ma carrière? Pourquoi demeurer obstinément dans ce corps abattu? Ah! je t’en conjure, délivre ma vie de cette prison affreuse: car la mort est un repos pour moi, vivre est un tourment. Je ne suis plus ce que j’étais; je survis à la meilleure partie de mon être; ce qui en reste languit et déplaît. Le jour me pèse dans l’infortune, et il empoisonne pour moi le bonheur même. Oui, il est un mal plus triste que le trépas; c’est de vouloir mourir.

Tandis que la fraîcheur de la jeunesse activait en moi l’âme et la pensée, je fus célèbre dans tout l’univers par mon éloquence. Poète, je créai souvent de doux mensonges, et je dus à la fiction des titres réels à la gloire. Orateur, j’ai cueilli au barreau des couronnes nombreuses, et plus d’une fois je reçus la juste récompense de mes accents. Mais aujourd’hui tout est mort dans mes membres glacés: car, hélas! qu’elle est légère, la part du vieillard à la vie!

Alors encore j’avais cette taille riche et élevée qui plaît à défaut même de bien d’autres avantages, et cette fleur de santé plus précieuse que l’or, et qui rehausse l’éclat du génie. Quand j’ai voulu essayer sur mon arc mes flèches rapides, ma proie est tombée sous mes coups. Si j’ai préféré environner de mes chiens d’épaisses forêts, j’ai renversé, et non sans gloire, de nombreuses victimes. Si j’ai voulu par un caprice tenter une pénible lutte, j’ai pu saisir des membres glissants et les étreindre dans mes bras nerveux. Tantôt je dépassais tous mes rivaux dans ma course agile; tantôt j’étouffais sous les miens leurs chants tragiques. L’heureux mélange de tant de qualités rehaussait encore leur mérite, comme l’art brille davantage sous mille formes variées. Tout ce qui a coutume de plaire, quand on le considère en lui-même, plaît mieux encore, quand il emprunte un nouvel éclat aux objets qui l’entourent.

A tous ces dons de la nature se joignait un tempérament invincible qui méprisait tout atteinte. Je supportais tête nue et le vent et la pluie; ni le froid ni les chaleurs du solstice ne pouvaient m’accabler; j’affrontais au cœur de l’hiver les eaux glacées du Tibre, et j’osais me confier à la mer en courroux. Le moindre sommeil me reposait de mes fatigues, la moindre nourriture rendait à mon corps sa vigueur. Mais si je rencontrais tout à coup un hôte qui aimât à boire, ou si un jour de fête me faisait prendre la coupe eu main, Bacchus, étonné de mon ardeur, me cédait lui-même la victoire, et l’athlète, vingt fois victorieux, se retirait vaincu. C’est une entreprise difficile, de plier son âme à de tels exercices, et de l’accoutumer ainsi à deux choses opposées. C’est, dit-on, ce concours de toutes les qualités qui mérita jadis à Socrate la palme sur ses rivaux; c’est lui qui fit la gloire du rigide Caton. Le vice n’est pas dans la chose même, mais dans l’abus qu’on en peut faire. « 

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  1. je souris car je ne peux m’empêcher de rapprocher avec malice certains groupes de mots :
    « insoutenable vieillesse et amour déçu »
    « sexe défaillant du poète » et « habile souplesse du poète » ! Est-ce bien du même q’u’il s’agit ? 😀
    Sacré Benjamin ! Un prénom prédestiné ! 😀 Bisous

  2. « Le vice n’est pas dans la chose même, mais dans l’abus qu’on en peut faire »… Maximien a dû omettre de se compter dans la liste de ses vices.

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