Lorsqu’il fallait repeindre les cloches. / péripéties crétoises.

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C’est une belle journée en perspective.
Les plus gros travaux sont à présent terminés.
Le monastère a retrouvé son calme.
Plus de va et vient avec des brouettes chargées de ciment, ni le bruit du roulement de tambour de la bétonnière et la poussière voltigeant partout.
Le jasmin peut à nouveau remplir de ses molécules divinement parfumées l’air du parvis et de la pergola.
Il fait tellement chaud qu’une douce sensation indolente parcourt tous vos membres.
Cela fait une demi heure que la cloche a retenti, mais la lourde porte est restée impassible.
Alors, je décide de faire une visite au poulailler afin de dire bonjour à Skilakia le petit chien qui en est le gardien.
Je balaie l’endroit et ramasse les œufs qui sont disséminés.
Voila, Kalogria qui vient d’ouvrir, et qui s’amène avec son seau d’épluchures pour les poules. Bonjour Christos, me dit-elle, Il y a l’igoumène qui te cherche.
Je monte prestement les escaliers menant à la cuisine pour rencontrer le pope.
Je prends mon petit déjeuner avec lui. Ensuite il me montre le boulot à effectuer. Aujourd’hui, je te propose un travail assez facile, il s’agira de monter sur le toit de l’église pour aller repeindre à l’huile de lin, le clocher et la croix. M’explique t-il.
Je ne suis jamais très à l’aise sur une échelle et monter là haut, ne m’enchante guère.
Néanmoins j’obtempère.
Pour accéder à cet endroit ce n’est pas le plus compliqué.
Le toit est surmonté d’un dôme avec une grande croix, mais le clocher se situe à l’extérieur. (Comme bien souvent dans les églises orthodoxes)
La construction est conçue en trois arches qui abritent chacune d’elle une cloche.
Celles du bas sont aisées à faire, quand à la dernière, je suis à califourchon dessus.
Je tiens d’une main le pot d’huile de lin et de l’autre je manie la brosse.
Je me demande ce que je fais là haut car j’ai un de ces vertiges.
J’interpelle l’igoumène que je vois passer en bas en lui disant que j’ai peur de tomber.
N’ai crainte, si tu tombe, Dieu te prendra dans ses bras pour mieux atterrir.
Je ne suis pas très satisfais de sa réponse, et ne tiens pas à vérifier la véracité de ses propos.
Il a tout l’air de croire qu’il est impensable de chuter car je suis sous la protection de Saint- jean Prodromos et du vénérable monastère.
Je pourrai aussi en cas de besoin utiliser la longue corde qui sert à faire actionner les battants des cloches et ainsi descendre en rappel.
Je badigeonne tout l’ensemble, en faisant abstraction du vide au dessous de mes pieds.
Cette partie délicate du boulot se fait sous la supervision de l’igoumène. (supervision, c’est un pléonasme car le pope est myope !)
La récompense, c’est de pouvoir contempler le panorama époustouflant qui s’étale devant mes yeux, depuis mon perchoir.
La matinée est bien avancée et je sens le fumet de la cuisine qui monte narguer mes narines.
Après le repas, c’est la sacro-sainte sieste obligatoire.
L’après midi, je décide d’aller jusqu’à la petite plage en bas.
Skilakia est fou de joie de partir avec moi.
Dès que je suis un peu éloigné du monastère, j’enlève mon pantalon à l’abri d’un rocher, pour enfiler un short et mettre un ticheurte.
Cette plage, c’est ma préférée .Il n’y a peut-être pas de sable fin et des cocotiers à perte de vue, mais je peux mettre mes affaires sous l’ombrage d’un figuier. Je nage complètement nu et j’ai l’impression de rentrer dans un bain d’huile parfumée.
Car l’eau est à température idéale et c’est un véritable délice de se baigner.
Je suis sur cette plage depuis près de deux heures quand je vois arriver l’igoumène avec des jumelles en bandoulière.
Je suis surpris de voir le pope, car je n’ai pas l’habitude de le rencontrer à un tel endroit.
Prends garde que le chien ne s’enfuit pas ! Me dit-il. Quel idée de l’amener avec toi, tu ne pouvais pas le laisser dans sa niche ? Ajoute t-il
(Vous parlez d’une niche. C’est un baril de métal que l’on a découpé et à l’intérieur la chaleur est infernale) Oh, ce n’est pas grave et puis comme cela, il noiera ses puces. Lui répondis je évasivement.
Je sors de l’eau, et l’igoumène me voit dans mon tout premier costume couleur chair.
Oh là, fais attention que personne ne te remarque, tu sais comment ils sont dans la région, s’exclame t-il.
Je hausse les épaules.
J’imagine que le pope a du braquer ses jumelles dans la direction de cette petite plage et me voir barboter dans le plus simple appareil.
Cela explique sans doutes sa présence en ce lieu. (sans mauvaises intentions d’ailleurs)
Il a enlevé sa soutane tout en gardant son pantalon, (On a beau être un curé moderne, faut pas exagérer non plus !) et puis s’est mis à faire quelques brasses.
C’est un scoop, car c’est la première fois que je vois l’igoumène agir ainsi ! J’imagine mal Kalogria faire de même.
Cette brave vieille sœur est toujours revêtue d’une chape de vêtement de couleur sombre qui l’a recouvre des pieds à la tête.
A part les dimanches pour aller aux offices, je ne l’ai jamais vu changer d’habits.
Ses robes, avaient du être de couleur noire mais le soleil les ayant tellement délavées et usées, qu’elles paraissaient de couleur beige, et de beige devenaient gris foncé.
Avec le temps et la patience, le camaïeu de gris allait il progressivement redevenir blanc ?
La boucle est bouclée, le cycle est terminé. La lessive temporelle qui nettoie tout, avec le soleil, l’eau, et le vent.
Tous comptes faits, à part le suspens. (Et quand vous êtes suspendu, c’est aussi du suspens ?) Tombera t-il, tombera t-il pas ?
En haut du clocher, j’avais mes orteils qui se crispaient par la frousse.

J’ai fais le brave devant l’igoumène et Kalogria, qui m’ont qualifié de kalopédi*.
Je minimisais le niveau de mon trouillomètre.
Ensuite j’ai arrosé les fleurs, ce qui est un boulot plus dans mes cordes….Vivons dangereusement !
Pour terminer, j’ai été piler de la crotte de mule dans la grotte.
Pas loin du poulailler, se trouve une grotte où jadis l’on attachait les mules.
Pour faire cette tâche spéciale, je m’assois en tailleur et puis je mets quelques étrons séchés sur une grosse meule que je réduis en poudre à l’aide d’une pierre.
Ces excréments sont très vieux et ne sentent pratiquement plus, de surcroît, ils sont très bénéfiques pour le jardin.
Je ramène ma moisson de poudre de crotte de mule, (C’est rigolo, on dirait presque une injure….Espèce de poudre de crotte de mule !)
dans un sac qui servira à engraisser le jardin et faire enfler les bonnes côtes de nos bettes favorites.
Le soir, la lumière résiduelle du soleil associée à celle de la lune donne des reflets argentins et indigos à la mer au loin.
(kalopédi* : bon garçon, brave gars etc.)

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