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Le jardin de Manoli. Péripéties crétoises.

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Au village de Agios-Spiridon, il y avait Manoli Sikianakis qui était mon grand ami et patron.

Il fut d’ailleurs le premier à m’engager. Quoiqu’au début je ne le trouvais guère engageant, plutôt assez sec de caractère mais pas de tour de taille, puisqu’il faisait allègrement, si je puis dire, dans les 120 kilos (casquette comprise) Après la première impression passée, nous avions rapidement sympathisé, car il était d’un commerce agréable. ( mais je n’étais pas le genre grincheux non plus !)

Sa femme se nommait Callioppi et paraissait une brindille à côté de lui et son périmètre ventral.

Sikanakis, que l’on pourrai traduire par «  la petite figue. »

Les noms de familles se terminant souvent par ‘akis ‘ en Crète.

Manoli, possédait quelques terrains en bas du village et parfois nous y allions, pas pour y faire un pique-nique, mais pour y travailler. Ou plutôt, non, pour que JE travaille.

Car Manoli souffrait du cœur et en plus avait le diabète. IL ne pouvait pas trop rester debout et amenait donc sa chaise, tandis que moi je m’échinait à bêcher le jardin et lui de me donner les directives.

« Non pas comme ça, mais comment tu tiens ta bêche ?, c’est pas un plumeau, arrête tu massacre les patates ! et etc… »

A la fin nous rentrions épuisés, lui de m’avoir expliqué la façon qu’il voulait que l’on fasse le jardin et moi de devoir recommencer à chaque fois ma ligne de patate et patati et patata

Mais ça c’était au début, car ensuite je devenais un pro du buttage de ces appétissant tubercules.

Manoli souffrait probablement du diabète, mais sûrement pas de tendinite pour attraper les bouteille qui passaient à proximité.

Je dis ça avec beaucoup d’affection teintée d’ironie ou d’ironie teintée d’affection, si vous voulez.

D’ailleurs le moment le plus agréable, c’était à l’heure du déjeuner, lorsque Manoli, sortait la petite bouteille de tsikoudia, hors de son linge humide maintenant sa fraîcheur.

Puis nous faisions ‘ Glou glou glou «  comme les dindons plus loin ( sauf qu’ils ne buvaient de tsikoudia)

Et puis nous explorions le petit panier d’osier qui recelait les bonnes choses que Calliopi avait préparée.

J’ai dis plus haut, qu’il souffrait du diabète mais cela ne l’empêchait pas de s’envoyer moult cognac. « Christos, tu continues le travail, moi j’ai un rendez vous important, je ne serai pas long. » Puis des heures passaient et je ne voyais toujours pas mon ‘ patron ‘ revenir.

Las, je terminais mon œuvre sans mon ‘professeur en patatologie ‘ et retournais à pieds au village.

Et puis j’apprenais, qu’il s’était disputé avec le patron du bistrot pour diverses raisons,des litiges anciens concernant la distribution de l’eau pour les parcelles de la commune, ou des contentieux non résolus.

Son rendez vous important, c’était surtout d’aller picoler, d’assécher quelques verres de cognac.

Callioppi, confite de dévotion, acceptait tout (ou presque) de son tempétueux mari.

Par exemple, elle entretenait divers petits autels disséminés un peu partout dans la maison.

Devant chaque icône, elle disposait une petite bougie,et brûlait de l’encens.

Puis lorsque Manoli rentrait un peu émèché et qu’il osait allumer son cigarillo à la flamme de la petite chandelle de l’icône, c’était «  too much » pour la pauvre Callioppi qui traitait alors son mari «  d’impie communiste. »

Lui haussait les épaules en rigolant puis il mettait de la musique sur son ‘ cassétophone ‘ Ensuite l’atmosphère se détendait un peu. Ensuite, Callioppi me disait ‘ tant pis, c’est comme ça, c’est mon destin, c’est Dieu qui a voulu que j’ai cet homme pour mari, je ne peux rien y faire !

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